I. S, Tatislcheir
grand Napoléon me traite avec une haine implacable qui ne caractérise pas le grand homme. Il a déclaré que sans mon renvoi du service il n'entrerait dans aucune négociation, qu'il préférait faire quarante ans la guerre si j'y restais. Vous pensez quel est le parti que j'ai pris'.»
Le 12 juillet, derrière Napoléon en route sur Dresde, Berthier signa avec Kalkreuth une convention d'évacuation". Mais comme cette évacuation fut liée au paiement de contributions diverses et nombreuses dont le montant ne fut pas fixé, en réalité la Prusse ne fut pas évacuée, ni l'Allemagne : la France se trouva soulagée longtemps des frais d'entretien de la Grande-Armée, qui demeura sous les armes pour assurer l'exécution des récents traités.
Ainsi, avant de rentrer en France, Napoléon fixa les cantonnements des différents corps : Davout au duché de Varsovie ; Soult dans la Vieille-Prusse, de Kœnigsberg à l'Oder ; Mortier, dans la Haute et Basse-Silésie ; Brune, en Poméranie.
Alors les ordres impériaux se précipitèrent pour assurer l'exécution immédiate des clauses de la paix : lettre au roi de Saxe pour l'inviter à prendre possession de Varsovie ; lettre à Jérôme pour lui annoncer sa promotion au trône de Westphalie et lui ordonner de préparer une constitution, « afin d'effacer les ridicules distinctions de l'ancien régime » : c'était le commencement de la transformation sociale de l'Allemagne selon les lois françaises ; ordre au roi Joseph de prendre toutes les mesures nécessaires à l'occupation de Corfou ; ordre pour l'adjudant-commandant Guilleminot, chargé de se rendre à \^ iddin pour assurer la signature d'un armistice entre les troupes russes et turques ; ordres aux différents ports pour la réception des vaisseaux russes rentrant dans les eaux russes,
I. Ranke, V. 53o (en date du 10 juill. 1807). •1. Correspondance de Napoléon, XV, 407, 4ii'
soins à prendre pour leur éviter tout accident, tout retard : le tsar dut être content de ces dispositions amicales ; lettre à Marmont, dès le 8 juillet, pour lui demander des renseignements précis et détaillés sur les routes des Balkans et sur les moyens d'y faire passer une armée. Le général Gardane partait pour la Perse, avec mission d'étudier la route de llnde.
Après avoir quitté le tsar Alexandre à Tilsit le 9 juillet, Napoléon resta à Kœnigsberg du 10 au i3, et commença aussitôt de tout remettre en mouvement dans son empire,
« Je suis logé, écrivait-il à Fouché, dans le vieux château
qui a servi de berceau à la monarchie prussienne Cet ar-
chifou de roi de Suède vient de dénoncer l'armistice : c'est bien dommage qu'on ne puisse pas mettre un gaillard comme cela aux petites maisons. » Et il donna des ordres pour le rendre inoffensif.
Il expédia Savary à Saint-Pétersbourg pour se renseigner sur toutes choses, (( sur les événements de la campagne, sur les partis qui divisent la Cour, sur les changements qui pourraient avoir lieu dans le ministère. » — « Toutes les lettres qu'il fera passer par la poste, il aura soin de les écrire comme si elles devaient être lues par l'Empereur Alexandre. » Il convient de ne point oublier cela lorsqu'on lit la correspondance de Savary.
Napoléon arriva à Dresde le i^ juillet, après 100 heures de voiture, écrivait-il à l'impératrice; 92, selon une lettre à Berthier, et c'est encore beaucoup.
Il écrivit à l'empereur d'Autriche : « La paix qui vient d'être heureusement rétablie entre l'empereur de Russie, le roi de Prusse et moi, me fait espérer des jours plus pros-
-iOO L ALLEMAGNE ET L OCCIDENT APRES TILSIT
pères pour le continent. Il n'a pas dépendu de moi que votre médiation n'ait eu son effet; elle eût épargné bien du sang. Votre Majesté veut-elle permettre que je la remercie des bonnes dispositions qu'elle m'a montrées dans cette circonstance ? » Il ne semble pas qu il y ait la moindre ironie dans ce langage.
Il donna à Clarke des instructions au sujet du personnel à employer dans le royaume de Westphalie : «Je pense qu il sera difficile que Schulenburg s'attache au royaume de Westphalie. Quant à Stein, j'ignore ce qu'il est, le roi de Prusse en a dit beaucoup de mal. S'il n'est pas trop vieux. je pense qu'il serait avantageux de se l'attacher. » Il ne tarda pas à s'apercevoir que Stein n'était pas usé.
Il envoya dans toutes les directions des ordres militaires pour la répartition et le cantonnement des troupes; il se tint en correspondance avec le gouvernement de Saint-Pétersbourg pour l'exécution des arrangements de Tilsit.
De Dresde même, il envoya des instructions à Talleyrand pour que l'on s'occupât « sans retard de faire fermer tous les ports du Portugal à 1 Angleterre » . — « Il faut que le !"■ septembre les ports du Portugal soient fermés à l'Angleterre ; à défaut de quoi je déclare la guerre au Portugal... Expédier un courrier à Madrid, pour que mon ambassadeur voie le prince de la Paix, à l'effet de conclure une convention pour que les ports du Portugal soient fermés à l'Angleterre au i"'" septembre. A défaut de quoi, les ministres d'Espagne et de France se retireront de Lisbonne et les deux puissances déclareront la guerre au Portugal. »
Sans doute dès lors l'Empereur renonçait à tout accord avec l'Angleterre, puisqu il s'occupait des formalités suprêmes à accomplir pour assurer la dissolution définitive de l'Ordre de Malte et réserver au roi de Naples le droit d en conférer la décoration .
Il fit passer des ordres à Alquier, son ambassadeur à Rome,
pour finir « toutes les petites querelles » avec le pape ' : « Il ajoutera dans une note que je suis fort indigné et irrité des menaces qu'on me fait de m'excommunier, de me déclarer déchu du trône ; qu'il ne leur reste plus qu'à me mettre dans un monastère et à me faire fouetter comme Louis le Débonnaire. » En vérité, il n'était pas question de cela; mais ces dispositions annonçaient qu'il serait fort difficile d'éviter une rupture entre le Sacerdoce et l'Empire, l'Empereur désormais trop puissant pour laisser au pape même une part du gouvernement de la terre.
Il y a en tout cela les linéaments des nouvelles entreprises impériales'^.
Mais le principal événement dont le souvenir se rattache à ce séjour de Dresde, c'est le règlement, au moins provisoire, des affaires de Pologne. La Pologne n'avait été, depuis léna, qu'une marche militaire ; elle n'avait été organisée que pour la guerre, et on ne lui avait demandé que des troupes et des vivres. La paix signée, il fallait lui donner une autre organisation. En s'arrètant à Dresde, l'Empereur semblait avoir voulu s'en entretenir avee le roi de Saxe, grand-duc de Varsovie. La commission provisoire de gouvernement y vint aussi, prête à fournir à Napoléon tous renseignements utiles, s'il en demandait. Il semble qu'elle avait des préférences pour la constitution du 3 mai 1791, sauf modifications.
D'ailleurs, autour d'elle, il y avait beaucoup d'émulés de Jean- Jacques Rousseau, agitant les projets les plus variés qui tous ne pouvaient manquer d'assurer le bonheur de la Pologne régénérée.
Car il n'y était pas seulement question d'une constitution politique, de la création d'une diète et de diétines ; il s'agissait peut-être davantage de refondre la société polonaise