‹ Napoléon et l'Europe, fragments historiquesChapitre 138 sur 139 · LIV. III, CHAP. VII · texte numérisé non relu

LIV. III, CHAP. VII

Les peuples sont religieux , mais ils ne veulent pas que la religion serve de prétexte pour les asservir ; ils ne veulent pas que les hommes d'église, franchissimt le seuil^du temple, viennent s'emparer du sceptre des rois.

Les peuples sont monarchiques, essentiellement monarchiques; car s'ils n'étaient pas monarchiques , ils seraient républicains, et les partisans de la république sont moins nombreux en Europe que les partisans de l'aristocratie ; c'est assez les réduire. Mais les peuples veulent des constitutions, parceque les constitutions profitent à tous , et que l'absolutisme ne profite qu'à une seule classe. Les constitutionnels veulent des monarchies fondées sur des lois; l'aristocratie veut des monarchies fondées sur le caprice et l'arbitraire. Ainsi cent cinquante-huit millions d'hommes en Europe veulent le règne des lois j deux millions d'hommes veulent le règne du bon plaisir. Avec les peuples, les gouvernements sont assurés d'une longue paix; avec les exceptions, ils sont assurés dune longue suite de querelles. II faut espérer qu'ils sauront enfin choisir, et qu'ils se lasseront d'être éternellement battus par les opinions.

Il faut toujours en revenir à ce point principal,

que l'intérêt des gouvernements ne' saurait être II. 27

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que rintérét du plus grand nombre, car on ne persuadera jamais à un homme, quelque borné qu'il soit, que l'intérêt de l'Europe repose sur la tête de quelques individus éparpillés sur sa . surface.

Les Anglais ont fait leur révolution pour avoir une constitution ; laristocratie n'en voulait pas.

La France a fait sa révolution pour avoir um constitution; la noblesse et le clergé n'en voulaient pas.

L'Espagne a fait sa révolution pour avoir une constitution ; le clergé n'en a pas voulu : la guerre civile s'est déclarée, la France a rétabli l'ordre; le pouvoir absolu a repris sa place, mais les symptômes de troubles se manifestent de nouveau, et la catastrophe est inévitable si on ne la prévient pas.

Naples et le Piémont ont fait leur révolution pour avoir une constitution; l'oligarchie autri- 'çhienne seule l'a combattue par la force des armes. \

La Russie, sur laquelle pénètre à peine un rayon de lumière, demande à grands cris l'éta* blissement d'un pacte social; le nom d'autocrate la blesse.

Les Polonais ne supportent le joug que parce-

qu'ils ont une représentation nationale.

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