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lents , les lumières nécessaires à cette direction , se trouvent au même degré dans le peuple et dans la classe privilégiée ; et l'on pourrait dire à un plus haut degré dans le peuple, sans crainte d'être démenti ; car le peuple n'épargne ni peines ni soins pour s'instruire, tandis que l'étude est regardée par certains hommes titrés comme un travail servile au-dessous de leur dignités
Tout ce qui peut soutenir un trône et lui donner de la splendeur se trouve donc dans le peuple; dès lors un gouvernement bien entendu doit être tout* populaire. Cependant on dit que l'aristocratie est monarchique. Est-ce que le peuple n'est pas monarchique ? Si le peuple est monarchique^ pourquoi dire que l'aristocratie seule soit monarchique? pourquoi établir des distinctions, des privilèges? Si l'intérêt du gouvernement veut qu'il y ait une aristocratie, et si l'intérêt de l'aristocratie demande des privilèges , il en résulte que l'intérêt du gouvernement n'est pas le même que l'intérêt de la nation. Cette conclusion est le résultat des projets et des demandes des hommes qui se disent monarchiques. Je ne présume pas que jamais un démocrate se soit donné des armes plus puissantes.
Pour croire que la grande propriété puisse être utile au bien-être d'une nation et à la sûreté du
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trône, il faudrait n'avoir vu que des grandes propriétés et n'avoir pas l'idée de leur division ; il faudrait ne pas savoir ce qu'était la France au dix-septième siècle, ni ce que sont l'Angleterre, la Russie, rAUemagne et l'Espagne.
£n Angleterre, la réunion du sol dans les mêmes mains est une cause incessante de misère , et la moitié du peuple est condamnée à mourir de faim ou à voler pour vivre* Otez à l'Angleterre sa marine, elle disparaîtra bientôt.
L'Allemagne est riche; ses habitants sont industrieux , mais elle recèle des propriétés immenses que l'on parcourrait à peine dans plusieurs jours. Qu'en résulte-t-il? C'est que la terre cultivée n'étant pas en rapport avec le nombre des habitants, ceux-ci sont obligée de s'expatrier, et d'aller dans un autre hémisphère chercher ce qu'on pouvait leur donner chez eux.
La Russie renferme dans sa vaste étendue dos ppovii][ces d'une grande fertilité , et qui, livrées au peuple , seraient une source inépuisable de ri^ chesses ; ces provinces appartiennent à quelques individus. La terre manque à la population, et la population manque à la terre : de là toutes les conséquences de l'agglomération , peu de produits, point d'industrie. Si dans l'intérieur Yon excepte Moscou , Smolensk , Kiow et quelques
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autres viU^ ; si sur les côtes on excepte Riga , Pétersbourg , Arkhangel , le reste de la Russie est sans mouvement et sans vie. Aussi , proportion gardée , la Russie est-elle le pays le plus pauvre de rSurope.
Allons en Espagne. L'i^spagne a. vécu jusques dans ces derniers temps de ses fermages colo-*piaux; mais les fermiers sont redevenus propriétaires ; ils ne paient plus, he territoine de !'£&* pagne est fertile ; bien cultivé , il produirait au-delà des besoins du peuple et du gouvernemenU On pourrait exporter une infinité de produits de tous genre. Mais la terre appartien t presque exclu- * sivement à la noblesse et aux moines. De là des contrées tout entières sans culture, sans un arbre, si ce ne sont quelques oliviers, dont on ne sait pas tirer parti ; de là aussi la plus profonde misère qui puisse affliger une nation.
Le gouvernement espagnol n'a pas besoin de faire cette grande propriété tant monarchique, elle existe chez lui au suprême degré; dès lors il doit être solidement établi. C'est le principe que Ton professe , voyons ses conséquences.
La réunion du sol dans une même main a anéanti. l'industrie en Espagne, le défaat d'industrie a causé l'indigence du peuple, l'indigence du peuple a causé l'indigence de l'état. La terre
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se lèvera-t-elle pour marcher au secours du trône^ ou bien s*entr'ouvrira-t-eUe pour engloutir ceux qui voudraient l'attaquer? Il est possible qu'on le croie en Espagne; mais si cela n'arrive pas^ où sont donc les ressources du gouvernement espagnol? Il n'en a aucune. S'il laisse la propriété dans la main des moines , il n'a pas le premier n^aravédis pour faire face aux premières dépenses, alors une révolution est inévitable. S'il veut arracher les propriétés aux moines, ceux*ci s'appuieront sur le peuple, auquel ils jettent quelques os de leur table; alors encore une révolution est inévitable. Ainsi, à moins d'une grande énergie de caractère dans les hommes appelés à la direction des affaires de la Péninsule , le gouvernement doit être soumis à l'ordre monacal. Voilà une situation glorieuse , à laquelle sans doute s'efforceront d'atteindre quelques politiques voisins.
De quelque côté que l'on tourne les yeux , on voit qu'il n'y a de tranquillité et de sûreté pour les gouvernements que dans leur alliance franche et sincère avec les peuples , parcequ'avec les peuples se trouvent la richesse, les lumières et la force.
Deux causes apparentes empêchent cette alliance; c'est que les peuples ne sont pas religieux , c'est qu'ils ne sont pas monarchiques !...