LIV. II, CHAP. I
9 peut traiter avec moi d'une manière conforme à » son rang; elle traitera avant un mois dans une
» situation bien différente Je prie votre ma-
9 jesté de ne voir dans cette lettre que le désir w d'épargner le sang des hommes, et d'éviter à lune nation, qui géographiquement ne saurait »étre l'ennemie de la mienne, l'amer repentir » d'avoir trop écouté des sentiments éphémè- 9 res, etc., etc. »
l*els étaient les sentiments de Napoléon : et on l'a accusé de rechercher la guerre , de ne pas compter avec la vie des hommes !
Le langage tenu par la Prusse ne lui convenait pas, mais elle était animée par Tesprit de la troisième coalition : alors aussi on voulait chasser lies Français de l'Allemagne ; alors on voulait les chasser de l'Italie et du Piémont, et ôter à la France tous ses alliés.
L'empereur Napoléon n'ayant pu maintenir l'état de paix dut se résigner à la guerre : il fit refluer en Allemagne ses bfaves troupes qui revenaient en France chercher le repos dont elles avaient besoin , après leur glorieuse campagne de i8o5. Jl les guida lui-même dans le chemin de l'honneur et de la victoire : les Prussiens furent défait;» dans la mémorable bataille de Jena, et les Russes qui vinrent, mais trop tard, à leur
6 NAPotioir £T l'curope.
secours , furent écrasés à Eylau et à Friedland. Il fallut encore s'hunxilier de^vant le vainqueur. Alexandre demanda la paix, elle fut accordée et signée à Tilsitt, le 7 juillet 1 807.
Le roi de Prusse n'avait plus un soldat, il ne lui restait pas un village , les Français victo» rieux étaient partout , maîtres de tout ; un seul mot, et la monarchie prussienne n'existait plus: Napoléon ne le dit pas ce mot, et Frédéric-Guillaume resta* sur son trône.
Après le traité de Presbourg, l'empereur Napoléon , qui voulait opposer une barrière à l'Autriche, avait créé les royaumes de Bavière et de Wurtemberg; après la paix de Tilsitt, il voulut élever une digue contre la Prusse et la Russie , et créa les royaumes de Saxe et de Westphalie. C'était enfermer le Nord de l'Europe dans ses limites et le forcer à la paix.
Mais la paix, on n*en voulait pas. Ce n'était pas seulement Napoléon qu'on voulait abattre, ce n'était pas seulement l'empire français qu'on voulait détruire , c'était la révolution que l'on voulait proscrire , et le siècle que l'on voulait faire rétrograder.
Le comte de Liverpool disait dans la chambre des pairs, le 13 novembre 18249 ^^ proposant la lecture du biU relatif au prêt fait par
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l'Angleterre à l'Autriche : « Quant à Torigine de la dette , le capital fut transmis à l'Autriche , pour la soutenir dans la guerre qi^elle faisait à nos ennemis communs , et dans laquelle elle n'a jamais cédé qu'à l'extrême nécessité , et s'est toujours montrée prête à reprendre les armes dès qu'il lui a été possible. »
On n'avait pas besoin de cet aveu public du
ministère anglais pour savoir que l'Autriche n'a
jamais voulu de paix ; mais il découvre les moyens
' dont on se servit pour armer les peuples contre
les peuples.
L'Autriche, que nous avons déjà vue tant de fois sous les armes, tant de fois vaincue et forcée de demander grâce, va'bientôt reparaître. Lapaix qu'elle avait sollicitée et jurée n'était pour elle, et selon son habitude, qu'un moyen de se préparer à de nouveaux combats. Elle s'était reposée de la campagne de 1 8o5 , elle avait réparé $es pertes : Napoléon était à Madrid, occupé d'une guerre dont il sera fait mention dans un descha^ pitres suivants. L'Autriche arme soudain, et, comptant sur 1 eloignement de l'empereur et la dispersion de ses troupes, elle commença les hostilités sans déclaration préalable. Napoléon accourut en toute hâte, réunit une armée, commanda les immortelles manœuvres du Danube ,
8 îïAPOLÉoir ET l'europe.
franchit ce fleuve à Vienne , et vainquit les Au- • trichiens dans les p{aines de Wagram.
Que devait attendre François II ? Il avait manque à sa parole donnée à Léoben et à Canripo- Formio ; il avait manqué à sa parole donnée à Llinéville; il avait manqué à sa parole donnée à Presbourg; il avait manqué à la foi des traités; il av^it manqué à tous les usages reçus chez les nations civilisées. Il n'avait plus d'armée, il n'avait plus d'états! eh bien! dans son inépuisable bonté, ou plutôt dans son extrême faiblesse , Napoléon rendit à l'empereur d'Autriche sa couronne , et signa avec lui la paix de Vienne. Napoléon croyait faire pardonner sa gloire, et acquérir des amis àiorcè de générosité : il s'est trompé. . .
Quelles que fussent les idées de Napoléon , il était à la tête du siècle et marchait avec l'Europe nouvelle contre l'Europe ancienne. Les puissances continentales par principes, et l'Angleterre par système, devaient être ses ennemies. L'Angleterre veut bien se mettre à la tête du mouvement qui s'opère , mais elle ne souffrirait pas qu'une autre puissance , et surtout la France, prît cette place. Napoléon devait donc vaincre l'Europe ou succomber , comme les peuples succomberont dans la lutte des prin-