‹ Napoléon et l'Europe, fragments historiquesChapitre 31 sur 139 · LIV. II, CHAP, VU · texte numérisé non relu

LIV. II, CHAP, VU

» M. le prince de Talleyrand était placé à la gau«* B che du roi de Prusse^i M. le baron Louis et

• M. le baron de Pradi étaient auprès de lui;

• l'empereur Alexandre, faisant face à l'assem-

• blée , allait et venait.

» Lorsque mon tour de parler fut venu , dit » M. de Pradt , j'éclatai par la déclaration que » nous étions tous royalistes , que toute la France » l'était comme nous '. »

L'empereur Alexandre , d'après ces assuran*^ ces, déclara qu'il ne traiterait plus avec Tempe* reur Napoléon , et ces messieurs , qui ne lais* saient rien échapper, ayant observé que Napoléon seul se trouvait exclus par cette déclaration, qui n'atteignait pas sa famille, l'empereur ajouta, « ni avec aucun membre de sa famille, »

On obtint d'Alexandre que cette déclaration fût rendue publique, ce qui fut bientôt fait par les soins des frères Michaud , qui étaient à la porte de la salle du conseil.

ff Enfin , dit M. de Pradt , après le^ conseil , 1 nous mimes tous nos soins à empêcher l'effet 1 des représentations que les négociateui*s , au » nom de Napoléon , pourraient chercher à pro-

* Il faut noter que M. de Pradt alBrmaîtun fait qui poa* vait étreyrai, mais qu*il ne Gon&aittaitassurtfjiitntpal*

88 iTAPOL^oir ET l'europe.

• daîre. Si nous ne pûmes les empêcher d'arri- » ver , on parvint du moins à abréger leur se*.

• jour, et à en atténuer l'effet. Dès que nous » fumes sortis du conseil , M. le baron Louis et

> moi , nous travaillâmes à nous assurer d'uïi » des généraux les plus influents , et nous dépê-

• châmes vers lui.

»M. le général Dessolles, app^é d'une retraite »dont le motif avait été glorieux au poste de » commandant de la garde nationale de Paria ,

> signala sa rentrée aux affaires par la plus

> courageuse opposition à l'adoption des de- » mandes de Napoléon. »

Telles sont les révélations de l'ancien archevêque de Mali nés ; mais il ne nous a pas tout dit , il faut donc réparer son omission.

Il y avait deux comités de conspirateurs. L'un composé d'anciens^ nobles et de quelques affiliés plébéiens ; l'autre composé d'hommes chargés des bienfaits de l'empereur. Chacun de ces comités agissait à Paris , en province et à Châtillon. Les royalistes voulaient renverser le trône impérial pour i'eplacer les Bourbons , avec lesquels ils devaient se relever; c'était tout simple. Les autres voulaient détruire le gouvernement qui les avait élevés ; c'était différent. Je ne parlerai que de ces derniers.

tlV. Il, CHAP. VII. 89

À leur tête se trouvaient des hommes qui avaient occupé des places éminentes sous l'empire. Mais ils étaient disgraciés , et leur vengeance ne connut pas de bornes. Ils espéraient, en rendant des services aux princes , ressaisir ^ le pouvoir et rétablir des fortunes faites vingt fois , et vingt fois dissipées.

Deux causes les animaient donc , le désir de la vengeance , la soif de l'or et des dignités.

Leur premier soin fut de répandre de fausses nouvelles, ensuite d'intriguer au congrès de Châtillon , après de chercher des traîtres.

Aux fables par eux inventées, ils joignirent toutes les absurdités débitées dans les journaux anglais. Ces journaux , la police les recevait tous , elle les faisait traduire. Un employé fut gagné. Il communiqua les traductions ; alors l'un des plus actifs conspirateurs, le plus fertile en expédients, acheta des caract;ères d'imprimerie, et seul , dans sa chambre , il se livrait au travail. La nuit venue , il parcourait les rues de Paris avec ses pamphlets sous sa soutane , et les lançait sous les portes cochères.

A Châtillon , l'on cherchait à pénétrer le secret des négociations , et à influencer lés négociateurs , pour empêcher le traité de se faire. Les nouvelles fabriquées à Paris y étaient répan-

go NAPOLEON ET L'fUROPE.

dues, et les émissaires allaient et venaient à Paris , à Châtillon , au quartier-général des souverains alliés.

Cependant toutes ces manœuvres ne produi*saient aucun résultat. Le sort de l'empire était * au bout des baïonnettes. Il fallait diminuer les forces de l'empereur , pour qu'il succombât plus sûrement. On décida l'envoi auprès d'un chef militaire, d'un homme qui lui tenait par des liens de famille. Cet homme portait la livrée du palais , et deux clefs en sautoir ornaient son habit. Il s'est chargé d'obtenir la défection d'un ancien compagnon, d'un homme qui doit tout à Napoléon. Mais cette fois le succès ne répondit pas à l'attente , le corrupteur ne rapporta que des refus.

Mais Paris va être occupé par l'ennemi. Les conspirateurs n'ont rien fait d'utile, quelle récompense peuvent-ils 'attendre? et si les alliés traitaient avec Napoléon , ne seraient-ils pas les seules victimes de leurs machinations? Il faut donc tenter la fortune pour la dernière fois, se jeter aux genoux des souverains, les implorer. M. de Talleyrand devait suivre l'impératrice, comme membre du conseil de régence; d'abord il refuse sous différents prétextes ; mais les ordres du ministre de la police étaient sans réplique ^

Page 1