‹ Napoléon et l'Europe, fragments historiquesChapitre 30 sur 139 · LIV. II, CHAP. VII · texte numérisé non relu

LIV. II, CHAP. VII

Napoléon , autant qu'il était en lui , et prit la ferme résolution de travailler à mettre un terme à une domination qui, après avoir pris son origine dans des lauriers, finissait par se perdre dans la boue!! • Ah! M. l'abbé!

U faut remarquer que l'humeur de M. de Pradt ne se manifesta que lorsqu'il fut renvoyé de son ambassade de Varsovie, où il ne fit rien de bien* La manière dont il fut éponduit contribua sans doute à augmenter son exaspération.

Tous ceux qui le connaissent savent qu'il est le plus intrépide parleur du monde'. Or, k son retour de Aussie, Napoléon s'arrêta à Varsovie. Il fit appeler son ambassadeur , qui ne laissa pas échapper une si belle occasion. L'empereur se mit à écrire sur le coin de la cheminée , et 'M. de Pradt , qui s'imaginait que c'était pour noter ce qu'il disait, ne tarissait pas. Mais l'empereur donnait l'ordre de le renvoyer dans son diocèse. M. de Pradt ne pardonna pas. Il prit dès

restauration de la royauté en France , le 3i mars i8i4; p&r M. de Pradt, ancien archevêque deMalInes. Deuxième édition. Paris, Rosa , 1833.

■ Si l'on m'accusait de vouloir tomber sQr les personnes , dans cette partie de mon ouvrage , je demanderais pour toute Justificatron qu'on voulût bien lire l'ouvrage de M. de Pradt; il est d'ailleurs fort curieux.

7^ NAPOEioir XT l'eu&ope.

lofs , lui qui était une grande puissance ^ la réaolution de détrôner Napoléon. Le fait est qu'il ne fut pas plu3 tôt arrivé à Malines qu'il conspira* M. de Pradt reproche des actes arbitraires à Napoléon , mais qu'eût-il dit , si j^apoléon l'eut fait arrêter ? Napoléon eût pourtant bien fait, car, sans examiner quel était son droit au trône , il devait vouloir tout ce qui pouvait le maintenir; et son premier soin était de se débarrasser de ceux qui voulaient le renverser.

M. de Pradt nous apprend que « les alliés, en- »trés par un côté de la France reculé des autres » parties de cette vaste contrée , ignoraient abso* » lument ce qui se passait ; qu'étonnés de ne re* > cevoir aucune manifestation des sentiments de »la nation, se sentant sur un terrain tout neuf, >au milieu d'éléments absolument inconnus , ils » désiraient s'appuyer des connaissances des per* » sonnes qu'ils supposaient être les mieux infor*- »mées de l'état intérieur de la France. » C'était M. de Talleyrand, M. le duc de Dalberg', et M. l'abbé de Pradt. Ces messieurs étaient sans doute bien disposés à éclairer les souverains sur les sentiments des Français, >.. Un si grand sen-

* M. de Dalberg , né en Aiiemagiie, n'était au Mrvice de France que depuis trois ans.

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titenè pouvait pas rest^ sans récompense, et M. de PMNit dit quW avait poussé FaMerOiôn jusqu'à pùun^ir à iNirai^emr^ s* il eût été càm* promis par tissÈte des é(^nementSé..\

• A «on arrivée * Paris , M. de Pradt remar- »qaa que l'exaspération poi*tait entre antres ichc^ses snr la soène qui avait suivi la clôture du •eorps législatif 9 et sur quelques sorties violentes i austquels Napoléon s'était livré. »

Je Virils de dire que daiis sa position Napoléon devait nécéssairetnetit prendre dés précautions pour sa sûreté , et que ces précautions pouvaient porter même sur les individus. La suite a prouvé qu'il n'avait pas été assez sévère.

M. l'abbé de Pradt n'a pas dit ce qui avait amené la clôture du cotps législatif , parceque ion but était de trouver des torts à Napoléon , et que c'en serait un très grand d'avoir, sans motif, renvoyé les chambres. Il faut donc réparer cette omission. Tous les l^rançais n'avaient pas , comme M. de Pradt, l'honneur d'être en contact Avec Fennemi , et leur avenir assuré. Dans leur position ils ne voyaient qu'une seule voie de âalut , ts^étâit de s'unir le plus intimement possible, et de tomber en masse sur les arméejs coa-

' 0uM9 ooateatirM pai b fntichiae de cet anw.

80 HAPOLiON ET l'eUROPE.

Usées. L^empereur avait deixiandé une levée de trois cent mille hommes, pour remplacer ceux que le sort des armes avait trahi«* C'était à la fin de 1 8 1 3. Le temps pressait ; quelques législateurs^ qui,, jusque là, s'étaient contentés de recevoir leurs 10,000 francs, mus par de$ selntiments qui avaient peut-être une grande affinité, avec ceux de M. dé Pradt , se réunirent, et voulurent, par des demandes intempestives , s'opposer à l'action du gouvernement : Napoléon les renvoya, et il fit bien. Quelques uns déclamèrent contre cette mesure, mais beaucoup applaudirent. Ce n'était pas le; cas de vider nos querelles intérieures. ^ M. l'abbé de Pradt, dont le zèle était extrême, ne balança pas à s'ouvrir « devant M. le duc de » Dalberg et AI. le baron Louis , dont les lumières »et le patriotisme ne pouvaient que retracer. ou 9 enflammer ses sentiments propres. » Mais le héros de M. de Pradt était M. de Talleyrapd.

M. de Talleyrand était, d'après M. de Pradt, éloigné des affaires depuis l'entreprise contre l'Espagne, qu'il avait désapprouvée. Napoléon dit au contraire que M; de Talleyrand l'a poussé à cette guerre, mais qu'il eut l'art de faire croire qu'il avait voulu Ten dissuader.

M. de Pradt met encore au nombre des causes de l'éloignement de M. de Talleyrand son împro-

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bation donnée à la guerre d'Autriche ; mais tout le monde sait que c'est l'Autriche qui a voulu I9 guerre , qui l'a commencée , même sans déclaration. Napoléon ne pouvait donc l'éviter , ni rester tranquille ',

M. de Pradt dit que la retraite de M. de Talleyrand a laissa de vifs regrets , et qu'il était arrivé »à ce degré d'opinion, que chaque nouvelle » chute faisait dire vulgairement que si M. de •Talleyrand était en place elle n'aurait pas lieu. » Quand un homme en est là , il est bien fort ^ et »// ne lui faut qu'une occasion pour devenir le » maître de son pays. »

Cependant M. de Talleyrand était si modeste, qu'il ne se doutait pas de sa puissance; c'est M. de Pradt , à qui rien ne peut échapper, qui la lui a fait connaître. T^mdis qu'il prenait ce soin , le ministre de la police survint; mais, dit M. de Pradt c je le connaissais trop pour en concevoir » le moindre ombrage. Il eut la discrétion de ne > m'en rien témoigner tant qu'il fut en place , et • c'est seulement depuis qu'il a cessé ses fonc- » tiens qu'il m'a rappelé cette rencontre, et qu'il » m'a dit que dès lors il avait pressenti mes inten-

> M. de Pradt parle sans douté delà guerre de 1809. SI c'ëtaitde celle de i8o5 , JNapoléoa ne Ta pas cherciiée non plus. II. 6

9S^ NAPOLÉON ET L*ÊUROP£.

«tioiis, comme aussi qu'il avait été vivement » gourmande à Blois poUr ne nous avoir pas fait » arrêter. » Ce n est pas la seule fois que*)e ministre eut connaissance des intrigues des conspirateurs : a Un jour , M. de Pradt ne craignit pas de • remonter jusqu'à lui, et d'y arriver par des in- . > sinuations sur sa situation personnelle. * Il est vrai que le ministre répondit à l'insinuateur : < Ne me tenez pas un pareil langage , je ne puis «l'entendre; vous îne génériez....» D'aprè§cela, on fit bien de gourmander le ministre ^ car son devoir était de -faire arrêter les ennemis de son maître. Les alliés étaient aux portes de Paris , et l'on ne devait pas venir conspirer impunément jusque dans les salons de la police.

Après s'être donné beaucoup de mouvement, le Si mars, M. de Pradt se rendit sur les cinq heures chez M. de Talleyrand, qui lui apprit que l'empereur Alexandre avait daigné désigner sa maison pour son logement , et qu'il allait l'honorer de sa présence. L'empereur étant arrivé , M. de Talleyrand lui présenta M. de Pradt et M. le baron Louis , qui était aussi en campagne Contre Napoléon. Ce fut un beau jour pour l'ancien ambassadeur à Varsovie ! L'empereur de Russie le salua avec une gracieuse majesté ; ]e roi de Pmtsse le reconnut, et lui dit i « M« l'arche*

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» véqiie , je vous ai vu à Dresde. j> M. de Nesseirode lui dit : « Je suis très aise de vous voir; nous vous

■ cherchions. » Enfin , le prince de Schwarlzenberg s'exprima avec reconnaissance sur ce que, en Pologne, l'archevêque avait fait pour son armée.

« M. de Nesselrode entama la conférence avec

■ M. de Talleyrand, et M. de Schwartzenberg » articula expressément à M. le duc de Dalberg >que lui. et M. de Metternich pensaient que la » Continuation de l'existence souveraine de ÎTapo* » léon en France était incompatible avec le repos »de l'Europe, et que, Napoléon vivant , il n'y » avait rien de mieux à faire que de se fixer au re- » tour de l'ancienne dynastie en France , dès que ce » retour paraîtrait être le vœu de la majorité de » la France , et que l'armée voudrait le partager. »

Ceci est dur dans la bouche des ministres du père de l'impératrice; mais M. de Pradt a-t-il bien entendu ?

L'empereur Alexandre dit à M. de Talleyrand t qu'il n'avait pas voulu arrêter une détermina-

• tîon définitive, auparavant d'en avoir conféré » avec lui ; qu'il y ava^t trois partis à prendre.

» 1* Faire la paix avec Napoléon, en prenant

• toute sûreté contre lui.

^ » 2* Établir la régence.

» 3° Rappeler la maison de Bourbon.

84 TfAPOLÉOir ET L'eUROPE.

• M. de Talleyrand s'attacha à faire sentir les » inconvénients des deux premières propositions, » et à les ruiner dans l'esprit du conseil devant » lequel il parlait. Il passa à l'établissement de la » troisième , comme la seule chose qui convînt » et qui fût désirée. »

«On ne lui contesta pas les convenances,

> continue M. de Pradt, mais bien V existence 9 d'un désir dont on n avait pas trouvé la mani" tfestation sur toute la route traversée par Var- 9méey dans laquelle ^ au contraire, la population li s' était prononcée d'une manière hostile.

» On appuyait sur la résistance dç l'armée, qui >se trouvait au même degré dans les corps de

> nouvelle levée et dans les vétérans.

» On avait vu , il y avait peu de jours , à Fère-

> Champenoise , un corps de plusieurs milliers 1 d'hommes arrachés tout fraîchement à la char- »rue, se battre jusqu'au dernier contre les trou- » pes alliées, au milieu desquelles ils étaient tom.- » bés. Surpris , enveloppés , il fallut que l'empe- » reur Alexandre arrachât leurs débris à la mort, «qu'ils continuaient de braver.

• On résistait donc à l'idée que le rappel de la

> maison de Bourbon ne fut pas contrarié par vies dispositions d'un très grand nombre de » personnes. • .

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En demandant l'établissement de la troisième proposition de l'empereur Aleîtandre, c'est-à-dire le rétablissement de la maison de Bourbon , comme la seule chose qui convint et qui fût désirée, M. de Talleyrand ajouta, « et qui finit

• pour tous et avec tous, en mettant un terme » désiré à la tyrannie, et en donnant des garanties

• aussi fortement désirées pour la liberté, sous li des princes d'un caractère connu par la modé^ li ration y instruits par le malheur, et par un long.

• séjour dans une terre toute de liberté'. »

« L'empereur Alexandre , continue M. de

• Pradt, demanda à M. de Talleyrand quels

• moyens il se proposait d'employer pour arri-

• ver au résultat qu'il annonçait. Il répondit que

• ce seraient les autorités constituées, et qu'il

• se portait fort pour le sénat ; que l'impulsion

• donnée par celui-ci serait suivie par Paris et » par toute ia France. »

Sans, doute M. de Talleyrand devait être sûr que le sénat feVait tout ce qu'on lui demande-

* La Wpublîque s^afiermîra au milieu de tant de chocs , ou nous serons abîmes dans la confusion , dans la destruction de tous; ou la royauté reviendra nous asservir, mais avec un surcroit de rage et de tyrannie, »„

. Le citoyen Talleyrand à %es concitoyens. Moniteur du 29 messidor an YII.

86 NApo];.£pii MT l'euaope. '

raît, car son esprit était de suivre le mouvement , de quelque côté qu'il vînt.

« Cependant , quelles que fussent les raisons » que M. de Talleyrand allégua , et quelque con-

> fiance que l'on eût dans l'influence qu'il était 9 dans le cas d'exercer sur le sénat , la résistance » durait encore, et ce fut pour la vaincre qu'il crut » devoir s'étayer du témoignage de M. le baron » Louis et de celui de M. de Pradt, et qu'il pro- » posa à l'empereur de Russie de les interroger » comme dés personnes que , depuis plusieun » mois y il avait vues occupées des mêmes intéi rets et de la recherche des moyens de les mé- » nager y > c'est-à-dire comme des personnes qui , depuis plusieurs mois , conspiraient contre le gouvernement de qui elles tenaient leurs dignités.

f Cette proposition ayant été aéceptée , M. de • Talleyrand introduisit ces deux messieurs dans » la pièce où se tenait le conseil. On se trouva 9 rangé de manière que , du côté droit , le roi de «Prusse et le prince de Schwartzenberg fussent «les plus rapprochés du meuble d'ornement 9 qui est au milieu de l'appartement. M. le duc »de Dalberg était à la droite de M. le prince de » Schwartzenberg ; MM. de Nesselrode , Pozzo dî

> Borgo , le prince de Lichtenstein , suivaient ;

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