M. LE COMTE
Vous avez vu , par la lettre que j'ai eu Thonneur de vous écrire, le 20 du mois dernier, que la déclaratioa faite par le prince Kourakin, le 3o avril, et la demande réitérée de ses passe-ports , avaient paru à sa majesté des démarches tellement fortes, tellement décisives dans la circonstance, tellement opposées au langage que cet ambassadeur avait tenu jusqu'alors, quelle avait de la peine à croire qu'il n'eût pas pris beaucoup sur lui. Nous avons appris depuis que le gouvernement russe avait fait connaître aux divers cabinets la condition imposée à sa majesté de l'évacuation du territoire prussien, comme un préalable indispensable de toute négociation.
La lettre que vous m'avez fait Tbonneur de m'écrire, le 22 mai, m'annonce que cette déclaration est, connue à Saint-Pétersbourg, et je la trouve en même temps indiquée dans les papiers anglais, comme vous pouvez vous en assurer en lisant la feuille ci-jointe.
On ne peut donc plus douter, monsieur le comte, que le prince Kourakin n'ait parfaitement compris ses iSistructions, et ne s'y soit conformé dans sa déclara-
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tion du 3o avril y et lorsqu'il a fait et renouvelé la demande de ses passe-ports.
Les démarches du prince Kourakin avaient déterminé sa majesté à partir de Paris ; la publicité qui leur a été donnée lui a fait sentir la nécessité de quitter Dresde, et de se rapprocher de son armée.
Elle avait espéré que, jusquau dernier moment, des pourparlers pourraient encore avoir lieu; mais cet espoir cesse d'exister lorsqu'elle voit que les propositions qu on aurait réellement à lui faire sont incompatibles avec son honneur. Â Âusterlitz , lorsque l'armée russe avait été détruite, lorsque l'empereur Alexandre voyait la sûreté même de sa personne exposée ; à Tilsitt , lorsqu'il ne lui restait plus aucun moyen de soutenir la lutte dans laquelle toutes les forces de son empire avaient succombé , sa majesté ne lui a proposé aucune condition dont son honneur pût s'ofienser.
Il est aujourd'hui trop certain, monsieur le comte , que le gouvernement est résolu à la guerre , pour qu'il convienne que vous restiez plus long-temps à Pétersbourg ; sa majesté vous ordonne de demander vos passe-ports , et de repasser là frontière. Vous en ferez la demande en adressant à M. le comte de Soltikoff la note dont la minute est ci-jointe.
J'ai l'honneur, etc.
Le duc de Bassaico.
Note de M. le comte Lauriston à M* le cofnte
SoUîkoff.
Le prince Kourakin , après avoii* fait les communicationâ qui lui ont été apportées par le dernier courrier qu'il a reçu de Russie, ayant demandé ses passeports , et ayant réitéré trois fois sa demande , sa majesté les lui a fait remettre. Elle m'ordonne de demander les miens, ma mission se trouvant finie, puisque la demande que le prince de Kourakin a faite de ses passe-ports a décidé la rupture, et que S. M. l'empereur et roi se considère de cette époque en état de guerre avec la Russie.
Lettre du ministre des relations exiérieureë à M* le
prince Kourakin,
TborDy le la juin 181 a«
, Monsieur l^mbassadeur ,
Par votre note du 5o avril, vous, avez déclaré qu'un arrangement'entre nos deux cours était impossible, si sa majesté Tempereur et roi n'adhérait pas préalablement à la demande péremptoire de l'entière évacuation des états prussiens.
Lorsque votre excellence m anijoriça verbalement
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cette démarche , je ne lui en dissimulai pas toutes les conséquences. Après la bataille d'Austerlitz ^ où lar» mée russe était cernée; après la bataille de Friedland, où elle avait été défaite, sa majesté montra son estime pour la valeur de cette armée , pour la grandeur de la nation russe , et pour le caractère de Tempereur Alexandre, en n'exigeant rien 'de contraire à Thon* neur. Il n'était pas possible de penser que, dans les circonstances actuelles de l'Europe , votre souverain | qui ne méconnaît sans doute ni le caractère de l'empereur ni celui de la nation française , si fidèle à l'honneur, voulût déshonorer la France. S. M. l'empereur et roi ne pouvait donc voir dans la condition de l'évacuation de la Prusse, comme préalable de toute négociation, qu'un refus positif de négocier.
Vous avez confirmé cette opinion, M. l'ambassadeur, par la demande que vous avez faite de vos passe-ports , le 7 mai , et que vous avez réitérée le ii
et le 24*
J'ai cependant différé de répondre à votre excellence , parcequç sa majesté aimait à se persuader encore que vous étiez allé au-delà de vos instructions en donnant une note , en établissant comme une condi* tion formelle ce qui pourrait être le résultat' de la négociation, et en coupant cours à touta discussion par la demande de vos passe-ports.
Mais lorsque les dépêches de M. le comte Lauriston , les rapports qui parviennent des diverses cours, les publications même de» papiers iingUii nous
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ont appris cfue votre gouvemement a informé sa capitale et toute l'Europe de la résolution qu'il a prise de n'entrer dans aucune négociation avant que les trou* pes françaises aient rétrogradé jusqu'à l'Elbe, j'ai reconnu, M. l'ambassadeur, que je m'étais trompé, et j'ai dû rendre justice à votre expérience et à vos lumières, qui vous eussent empécbé de vous porter à une démarche aussi extrême , si votre gouvemement ne vous en avait pas fait un devoir absolu.
Sa majesté, ne pouvant plus douter des intentions de votre cour, m'a ordonné de vous envoyer vos passe - porls , dont elle considère la demande réitérée connue une déclaration de guerre.
Tai l'honneur , etc.
Le duc de Bassano.