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l30 IfAPOLÉOIf ET L*EUROPE.
par le baron de Serdobin ont en partie répondu d'avance à toutes les accusations. Elles ont représenté sous son vrai jour la conduite loyale quç Tempereur a suivie dans tous ses rapports avec la France , elles ont donné sur le but de nos armements des explications confirmées à un point qui semble même avoir dépassé les espérances de l'empereur Napoléon, puisque malgré les mouvements menaçants de ses armées au-delà d'une ligne où, pour la sécurité de nos frontières, elles auraient dû s'arrêter, tout chez nous se trouve encore dans le même état qu au départ du dernier courrier. En effet , pas un homme n'est entré en Prusse , ni sur le territoire du duché de Varsovie , et aucun nouvel obstacle n'entrave de notre part le maintien de la paix. Au contraire , les dernières instructions que le prince de Koupakin a reçues lui fournissent tous les moyens de terminer nos différents et d'entamer cette négociation que votre cour a désirée. Nous avons appris avec plaisir l'accueil que l'empereur Napoléon a fait à nos propositions ; la réponse officielle que votre excellence y fera, et que le prince de.Kourakin'nous annonce, ré-> soudra définitivement l'importante question de la paix ou de la guerre. La modération qui caractérise celle que j'ai l'honneur de vous adresser aujourd'hui vous offre, M. le "duc, un sûr garant que l'on ne manquera pas de saisir chez nous toutes les nuances qu'elle pourra présenter en faveur de la paix. Sa majesté en a trouvé une bien agréable dans la démarche faite auprès du gouvernement britannique. Elle est sensible à l'attention
PIÈGSS SUR Lk GUERRE DE RUSSIE. l5l
que l'empereur Napoléon a eue dé Ten informer, elle appréciera toujours les sacrifices qae ce souverain fera poui* la conclusion cle la paix générale : a ses yeux il n'y en a pas qui soient assez considérables pour obte* nit un aussi grand et beau résultat.
J ai rbonneur d'ofirir à votre excellent , eto%
Comte de RoMAictow.
Béponse de lord Castlereagh, secrétaire d*état pôuf les affaires étrangères de S. M. Britannique, à la lettre du ministre des relations extérieures , du 1 7 avril.
( Traduction. ]
Londres ^ bureau des âCPairet étttiùfjèHt^ s3 afril i6i9«
MoHSIEtR,
La lettre de votre excellence , du 17 dé ce mois, a été reçue et mise sous les yeux du prince régent.
Son altesse royale a senti qu'elle devait à son hon« neur, avant de m'autoriser à entrer en explication sur l'ouverture que votre excellence a transmise, de fixer le sens précis attaché par le gouvernement de France au passage suivant de la lettre de votre excellence. « La dynastie actuelle serait déclarée indépendante, etVEs"* pagne régie paf une constitution nationale des oortès.
Si, comme son altesse royale le craint, le sens de cette proposition est que Tautorité royale d*£spagne et son gouyernciment établi par les cortès seront reconnus comme résidant dans le frère du. chef du gouvernement français et les cortès formées sous son autorite , et non dans le souverain légitime Ferdinand VU et ses héritiers, et rassemblée extraordinaire des cortès , maintenant investie du pouvoir du gouvernement dans ce royaume, en son nom et sous son autorité, il rti'est ordonné de déclarer franchement et explicitement à votre excellence , que des engagements de bonne foi ne permettent pas à son altesse royale de recevoir une proposition de paix fondée sur une telle base.
Si cependant les expressions ci-dessus citées s'appliquaient au gouvernement actuel d'Espagne, exerçant l'autorité au nom de Ferdinand VII: sur l'assurance qu'en donnera votre excellence , le prince régent est disposé à s'expliquer pleinement sur la base qui a été transmise pour être prise en considération par son altesse royale, son désir le plus empressé étant, de coticert avec ses alliés, de contribuer au repos de l'Europe , et de travailler à ime paix qui puisse être à la fois honorable, non seulement pour la Grande-Bretagne et la France, mais encore ppur ceux des états avec lesquels chacime de ces puissances a des rapports d'amitié.
Après avoir exposé sans réserve les sentiments du princQ régent sur un point sur lequel il est si nécessaire de s'entendre avant d'entrer dans une discussion ulté-
PI^.C£S SUR l'affaire DE RUSSIE. l33
rieure, je me conformerai aux instructions de son altesse royale, en évitant de faire des observations inutiles et des récriminations sur les objets accessoires de votre lettre. Je puis heureusement m'en l'apporter, pour la justification de la conduite que la Grande-Bretagne a tenue, aux différentes époques rappelées par votre excellence, à la correspondance qui eut lieu aflors, et aux jugen;ients que le monde a depuis portés.
Quant au caractère particulier que la guerre a malheureusement pris et aux principes exclusifs et arbitraires que votre, excellence signale comme ayant marqué ses progrès , en niant, en ce qui concerne le gouvernement britannique, que ces maux lui doivent être attribués, je suis autorisé à assurer à votre excellence qu'il déplore sincèrement leur existence comme aggravant inutilement les calamités de la guerre, et que son désir le plus vif, soit en paix, soit en guerre avec la France, est de voir les relations entre les nations rendues aux principes libéraux et accoutumés des temps précédents.
Je saisis cette occasion d'offrir à \otte excellence les assurances de ma haute considération.
Signé Gastlereagh.
|34 KAPOLiorr »t l'exjrope.
Lettre du ministre des relations extérieures à M. U comte Lauriston j ambassadeur de S. Af. /. et B., à Saint-Pétersbourg.
Dre»de, le %p m^ï i9i9«
M. hB COMTB,
J'ai Thonneur de voua envoyer les copies des deux nptes du prince Konrakin en date des 5o aYiil et 7 mai;
D'une note que j'ai adressée à cet ambassadeur, le p du même mois, et de la réponse quil m*a faite le même jour;
Et enfin, d'une note du 1 1 mai, qui m'est parvenue hier , et par laquelle le prince Kourakin renouvelle sa demande la plus pressante pour obtenir ses passeports. S. M. ne peut cas croire , M. le comte , que cet ambassadeur n'ait pas pris beaucoup sur liû; elle juge convenable que vous demandiez, par une note adressée à M. le comte Soitikoff , des passe^ports pour vous rendre auprès de M. le comte de Romanzoff à Wilna, ou dans tout autre lieu de rendez-vous qui vous serait assigné. Vous annoncerez à M. le comte Soltikoff , que les communications dont vous êtes chargé, et que vous ne pouvez faire qu'au chancelier , ou à l'empereur lui-même, sont aussi importantes que pressantes.
Vous montrerez à M. le comte de Romanzoff toutes
PIÈGES SUA LA GUERKE DE RUSSIE. l55
les pièces que je vous envoie. Vous exprimerez Fétonnement que S. M. a dû éprouver lorsque je lui ai rendu compte des démarches si inattendues et si contraires aux dispositions que Tempereur Alexandre vous avait manifestées à vous-même ; lorsqu'elle a vu que, dans les notçs de l'ambassadeur de Russie, on présentait l'évacuation de la Prusse comme une condition sur laquelle la France n'avait pas même à délibérer; condition telle que S. M. n'en avait jamais proposé de semblables , après les plus grandes victoires ; lorsqu'enfin, en réclamant l'indépendance de la Prusse, on viole son indépendance, puisqu'on exige la destruction des engagements politiques qu'elle a contractés, en usant du droit qui appartient à tous les souverains. Vous ferez sentir, M. le comte, combien les notés du prince Kourakin sont opposées, par leur forme et par leur contenu, aux dispiositions pacifiques dont cet ambassadeur donnait l'assurance ; par quel esprit de conciliation S. M. est portée à penser qu'en les présentant et qu'en y joignant la demande réitérée de ses passe-ports , il est allé au-delà de ce qui lui était prescrit, et avec quel regret si elles étaient véritablement l'expression des intentions el le résultat des ordres de Pétersbourg, S. M. verrait s'évanouir tout espoir de parvenir par une négociation qu'elle a constamment provoquée, depuis près de deux ans, à arranger enfin les différents qui divisent les deux
' pays.
Vous insisterez , Mt le comte j pour obtenir des ex»
l36 NAPOLEON £T l'eUROPE.
plications qui puissent laisser encore la voie ouverte à un accommodement.
J*ai rhonneur, etc.
Le duc DE Bassàno.
Lettre de M» le comte de Ramanzoff à M» le comte
de Lauriston.
Wilna , 27 mai au soir (8 jaîn) 181a.
Monsieur l'ambassade vr,
S. M. I. vient d être informée , par le comte de Soltykoff , que votre excellence avait demandé à pouvoir se rendre près d'elle, afin de pouvoir s'acquitter en personne des ordres qu'elle venait de recevoir de la part de l'empereur son maître.
Quoiqu'au milieu de ses troupes, S. M. eût trouvé plaisir à se détacher un moment de ses occupations présentes pour recevoir près d'elle l'ambassadeur d'un souverain son allié; mais une circonstance tout-à«fait étrangère à toutes les pensées de S. M. l'en empêche.
£l\e vient d'apprendre ce matin que le cours des postes aux lettres entre son empire et les pays étrangers a été suspendu à Memel, et, à ce qu'il paraît, toute commimication avec son empire est interdite.
Depuis, elle a été avertie qu'un de ses coiurriers, se rendant de l'une de ses missions près d'elle , n'a pas
obtenu de passer la frontière pour se rendre en ses états , et qu*il a été nécessité de rebrousser cbemin.
Des faits aussi extraordinaires ont besoin d'être éclaircis. Sa majesté nétant pas prévenue non plus^ de la nature des communications dont votre excellence est chargée , fidèle à son propre système , qui est de suivre le cours des choses ordinaires dans les relations des deux cabinets, vous invite, M. l'ambassadeur, à préférer de ne point quitter Pétersbourg , et vouloir bien me faire Thonneur de m adresser par écrit les communications dont vous devez vous acquitter, ou bien d*en écrire directement à sa majesté impériale, à votre choix; et afin de vous en procurer le moyen, sa majesté ma prescrit de mettre à cet effet à votre disposition le sieur de Baerens, officier dans le corps des Felde-Jagers , qui aura Thonneur de vous remettre cette lettre.
Je prie votre excellence, etc.
Le comte de RoMANzoff.
Lettre de ilf . le comte de Lauristan à itf . le comte de
Romanzoff.
SaÎDt-Fétersboorg, le 3i mai ( la jain) 1812. M017SIEUR LE COMTE,
Les bontés que j'ai éprouvées de la part de sa ma-^ jesté Tempereur Alexandre , les marques de confiance
l38 KA.POL]£ON BT l'sITROPE.
dont elle avait daigne m'honorer^ m'avaient empêché de prévoir aucun obstacle au voyage que je devais faire à Wilna, je m'y étais donc disposé, malgré les douleurs rhumatismales très violentes que j'éprouve depuis plusieurs jours , sentant toute l'importance des communications que j'étais chargé de faire à sa majesté ou à votre excellence , dans des circonstances où le moindre retard est nuisible. Quel a été mon étonnement en recevant la lettre de votre excellence ! J'ai vu mon espoir déçu ; j'ai vu que je m'étais abusé sur l'idée de la confiance que je supposais que sa majesté voulait bien ra'accorder, puisqu'elle refuse toute communication directe, soit avec elle, soit avec votre excellence, dans un moment où cette confiance que je croyais avoir méritée par ma conduite , par mon zèle constant pour le maintien de l'alliance, pouvait être, je n'hésite pas à le dire , de la plus grande utilité pour les deux empires. Les raisons même que votre excellence met en avant pour arrêter mon départ me sembleraient au contraire devoir le rendre plus nécessaire.
Dans des circonstances aussi pressantes, M. le comte, que peuveiK produire des communications par écrit , auxquelles huit jours suffisent à peine pour avoir une réponse, et qui, par leur nature même, n'offrent aucun moyen de relever assez à temps , pour en éviter les funestes conséquences, toutes les erreurs, tous les mésentendus qu'on peut commettre de part et d*autre, et qui même sont presque inévit Ables.
, PlèCJES SUR LA GUERRE DS RUSSIE. l^^
Le but principal, le maintien de la paix , ne serait jamais atteint; c'est parceqiie Tempereur, mon maître, avait senti combien les lenteurs sont préjudiciables dans des moments aussi critiques, qu'il m'avait ordonné de me rendre auprès de l'empereur Alexandre et de votre excellence , afin d'éclaircir tous les doutes, de lever toutes les difficultés sur des points importants, au sujet desquels on ne peut s'expliquer que par cette voie, si l'on» veut conserver Tespoir d'un arrangement qui est constamment l'objet de ses vœux. Dans la position nouvelle où me place la lettre de votre excellence , il ne me reste plus qu*à prendre les ordres de ma cour sur ma conduite ultérieure. J'expédie un courrier pour les solliciter.
Quant à moi en particulier, M. le comte, je ne puis cacher à votre excellence que je suis profondément affecté d'un refus que je puis regarder comme m'étant tout-à-fait personnel, puisque tout autre que moi, envoyé" directement par mon maître, soit général, soit aide-de-camp ^, eût sans doute obtenu une faveur qui m'est refusée.
N'ayant aucune nouvelle directe au sujet des commimications que votre excellence m'assure être suspendues entre la Russie et les pays étrangers, je ne puis répondre à cet article de sa lettre.
J'ai l'honneur, etc.
Le comte de Lauriston.
I l m iiii i n ?
l40 WAPOLÉOir ET L^EUROPE.
Lettrô du ministre des relations extérieures à M. le
comte de Lauriston*
Thorn , le la jain i8ia.