‹ Napoléon et l'Europe, fragments historiquesChapitre 91 sur 139 · LIV. II, CHAP. vin · texte numérisé non relu

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puissances sont justes dans leur objet, généreuses et libérales dans leur application , rassurantes pour tous , honorables pour chacun.

Les souverains alliés désirent que la France soit grande , forte et heureuse , parceque la puissance française, grande et forte, est une des bases fondamentales de l'édifice social. Ils désirent que la France soit heureuse, que le comiperce français renaisse , que les arts , ces bienfaits de la paix , refleurissent , parcequ'un grand peuple ne saurait être tranquille qu'autant qu'il est heureux. Les puissances confirment à l'empire français une étendue de territoire que n'a jamais connue la France sous ses rois, parcequ'une nation valeureuse ne déchoit pas pour avoir à son tour éprouvé des revers dans une lutte opiniâtre et sanglante bù elle a combattu avec son audace accoutumée.

Mais les puissances aussi veulent être libres , heureuses et tranquilles. Elles veulent un état de paix qui, par une sage répartition des forces, par un juste équilibre, préserve désormais les peuples des calamités sans nombre qui depuis vingt ans ont pesé sur l'Europe.

Les puissances alliées ne poseront point les armes sans avoir atteint ce grand et bienfaisant résultat, ce noble objet de leurs efforts. Elles ne

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poseront pas les armes avant que l'état politique de TEurope ne soit de nouveau raffermi, avant que des principes immuable^ n'aient repris leurs droits sur de vaines prétentions, avant que la sainteté des traités n'ait enfin assuré une paix véritable à l'Europe.

Déclaration de Châtillon.

Châtillon-sur-SeiDe y 16 mars 1814.

Les puisaances alliées se doivent à elles-mêmes , à leurs peuples et à la France , d'annoncer publiquement , dans le moment de la rupture des confér ences de Cbâtillon , les motifs qui les ont portées à entamer une négociation avec le gouvernement français , et les causes de la rupture de cette négociation.

Des événements militaires, tels que l'histoire aura peine à en recueillir dans d'autres teinp^, renversèrent, au mois d'octobre dernier, l'édifice monstrueux compris sous la dénomination d'empire français ; édifice politique fondé sur les ruines d'états jadis indépendants et heureux, agrandi par des provinces arrachées à d'antiques monarchies, soutenu au prix du sang, de

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la fortune et du bien-être d'une génération entière. Conduits sur le Rhin par. la victoire, les souverains alliés crurent devoir exposer de nou« veau à TEyrope les principes qui forment la base de leur alliance , leurs vœux et leur détermination. Éloignés de toute vue d'ambition et de conquête, animés du seul désir de voir l'Europe reconstruite sur une juste échelle de proportion entre les puissances , décidés à ne pas poser les armes avant d'avoir atteint le noble but de leurs efforts , ils manifestèrent la con-» stance de leurs intentions par un acte public, et ils n'hésitèrent pas à s'expliquer vis-à-vis du gouvernement ennemi , dans un sens conforme à leur immuable résolution. Le gouvernement français se prévalut des explications franches des cours alliées pour témoigner des dispositions pacifiques. Il avait besoin , sans doute , d'en emprunter les apparences pour justifier aux yeux de ses peuples les nouveaux efforts qu'il ne cessait de leur demander. Tout, cependant , prouvait aux cabinets alliés qu'il ne voulait que tirer parti d'une négociation apparente , dans l'intention de disposer l'opinion publique en sa faveur, et que la paix de l'Europe était loin encore de sa pensée. Les puissances , pénétrant ses vues secrètes 9 «e décidèrent à aller conquérir en France même

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cette paix tant désirée. Des années nonabreuses passèrent le Rhin ; à peine eurent-elles franchi les premières barrières , que le ministre des relations extérieures de la France se présenta aux avant-postes.

Toutes les démarches du gouvernement français n'eurent dés lors plus d'autre but que de donner le change à l'opinion , de fasciner les yeux du peuple français, et de chercher à rejeter sur les alliés l'odieux des malheurs de cette guerre d'invasion.

La marche des événements avait donné à cette époque aux cours alliées le sentiment de toute la force de la ligue européenne. Les principes qui présidaient aux conseils des souverains, dès leur première réunion pour le salut commun, avaient reçu tout leur développement ; rien n'empêchait plus qu'ils n'exprimassent les conditions nécessaires à la reconstruction de l'édifice social: ces conditions ne devaient plus ,'à la suite de tant de victoires , former un obstacle à la paix. La seule puissance appelée à placer dans la balance des compensations pour la France , l'Angleterre, pouvait énoncer avec détail les sacrifices qu'elle était prête à porter à la pacification générale. Les souverains alliés pouvaient espérer enfin que l'expérience des derniers temps au-

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TSdt iûflué sur un conquérant en butte aux reproches d'une grande nation , et témoin pour la première fois , dans sa capitale même , des maux qu'il a attirés sur la France. Cette expérience pouvait l'avoir conduit au sentiment que la conservation des trônes se lie essentiellement à la modération et à la justice. Toutefois, les souverains alliés , convaincus que l'essai qu'ils feraient ne devait pas compromettre la marche des opérations militaires, convinrent que ces opérations continueraient pendant la négociation : l'histoire du passé et' de funestes souvenirs leur avaient démontré la nécessité de cette démarche. Leurs plénipotentiaires se réunirent avec celui du gouvernement français.

Bientôt les armées victorieuses s'avancèrent Jusqu'aux portes de la capitale. Le gouvernement ne songea , dans ce moment , qu'à la sauver d'une occupation ennemie. Le plénipotentiaire de France reçut l'ordre de proposer un armistice fondé sur des bases conformes à celles que les cours alliées jugeaient elles-mêmes nécessaires au rétablissement de la paix générale. Il offrit la remise immédiate des places fortes dans ^ les pays que la France céderait, le tout à la condition d'une suspension militaire. Les cours alliées 9 convaincues par vingt années d'expérience

que , dans les négociations avec le cabinet français 9 les apparences doivent être soigneusement distinguées des intentions , substituèrent à cette proposition celle de signer surJe* champ les prélimi naires de la paix. Cette signature avait pour la France tous les avantages d'un armistice , sans entraîner pour les alliés les dangers d'une suspension d armes. Quelques succès partiels venaient cependant de marquer les premiers pas d'une armée formée sous les murs de Paris , de l'élite de la génération actuelle, dernière espérance de la nation, et des débris d'un million de braves qui avaient péri sur les champs de bataille , ou qui avaient été abandonnés sur les grandes routes , depuis Lisbonne jusqu'à Moscou , sacrifiés à des intérêts étrangers à la France. Aussitôt les conférences de Châtillon changèrent de caractère : le plénipotentiaire français demeura sans instructions , et fut hors d'état de répondre aux propositions des cours alliées. Elles chargèrent leurs plénipotentiaires de remettre un projet de traité préliminaire, renfermant toutes les bases qu'elles jugeaient nécessaires pour le rétablissement de l'équilibre politique^ et qui , peu de jours avant , avaient été offertes par le gouvernement français lui-même , dans un moment où il croyait sans doute son

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existence compromise. Les principes de la reconstruction de l'Europe se trouvaient établis dans ce projet

La France , rendue aux dimensions que des siècles de gloire fet de prospérité, sous la domination de ses rois , lui avaient assurées , devait partager avec l'Europe les bienfaits de sa liberté , de l-i ndépendance nationale et de la paix. Il ne dépendait que de son gouvernement de mettre, par un seul mot , un terme aux souffrances de la nation , de lui rendre, avec la paix, ses colonies, son commerce et le libre exercice de son industrie. Vonlait-il plus ? Les puissances s'étaient offertes à discuter , dans un esprit de conciliation , ses vœux sur des objets de possession d'une mutuelle convenance, qui dépasseraient les limites de la France avant les guerres de la révolution. Quinze jours se passèrent sans réponse de la part du gouvernement français. Les plénipotentiaires alliés insistèrent sur un terme péremptoire pour l'acceptation ou le refus des conditions de la paix. On laissa au plénipotentiaire français la latitude de présenter un contre-projet, pourvu que ce contre - projet répondît à l'esprit et à la substance des conditions proposées par les cours alliées. Le terme du 10 mars fut fixé d'un commun accord. Le plénîpoten-

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tiaire français ne produisit , à Féchéance du terme, que des pièces dont la discussion, loin de rapprocher du but , n'eût fait que prolonger de stériles négociations. Un nouveau terme de peu de jours fut accordé à la demande du plénipotentiaire de France. Le 1 5 mars , enfin , ce plénipotentiaire remit un contre-projet qui ne laissa plus de doute que les malheurs de la France n'avaient pas encore changé les vues de son gouvernement. Revenant sur ce qu'il avait proposé lui-même , le gouvernement français demanda , dans un nouveau projet , que des peuples étrangers k Tesprit^ français , des peuples que des siècles de domination ne fondraient pas dans la nation française , devaient continuer à en faire partie. I^a France devait conserver des dimensions incompatibles avec l'établissement d'un système d'équilibre , et hors de proportion avec les autres grands corps politiques en Europe ; elle devait garder les positions et les points offensifs au moyen desquels son gouvernement avait , pour le malheur de l'Europe et de la France, amené la chute de tant de trônes, et opéré tant de bouleversements; des membres de la famille régnante en France devaient être replacés sur des trônes étrangers ; legouvernen^ent français , enfin , ce gouvernement qui depuis

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