A. Lefetnre, III, 4o4- Driallt. — Tilsit
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d'ajouter que le particulier ne remporta rien de ce qu'il demandait1.
Cependant l'affaire du procès suivait son cours, parmi l'émotion générale qui commençait de faire au prince des Asturies une popularité injustifiée, mais faite de toute l'impopularité justifiée de Godoy.
Une junte criminelle fut réunie le 6 novembre pour juger ses amis. L'accusateur Simon de Yiegas, dévoué aux intérêts de Godoy, requit la peine de mort contre l'Infantado, Escoïquiz et Ayerbe. Les juges eux-mêmes eurent de la peine à contenir leur indignation. L'un d'eux, don Eugenio Manuel Alvarez Caballero, étant tombé gravement malade, le tribunal alla continuer chez lui ses délibérations. Il trouva assez de forces pour défendre les accusés, pour les louer de leur dévouement au bien public, du courage qu'ils avaient montré dans leurs efforts pour sauvegarder la dignité de la couronne d'Espagne, et il opina fermement pour leur acquittement solennel. A l'unanimité les autres juges pensèrent de même, et ils demandèrent respectueusement au roi de remettre les prévenus aussitôt en liberté.
« Sur le grand crucifix d'ivoire suspendu au chevet du lit ayant considéré Celui qui juge les jugements des hommes, tous signèrent. Par un mouvement spontané ils s'embrassèrent avec attendrissement, jugeant qu'ils agissaient pour l'acquit de leur conscience et le bien du royaume2. »
Les prévenus furent cependant condamnés à l'exil. Don Eugenio Caballero mourut quelques jours après ; ses funérailles furent l'occasion d'une manifestation populaire grandiose. De terribles colères s'amassaient contre le prince de la Paix. Ferdinand personnifiait dès lors contre lui une sorte de grand parti national résolu à relever la dynastie et à sau-
i. AIT. Etr., Corr. d'Espagne, vol. 672, f° 3i4-
a. Voir toute cette scène dans G. de Grandmaison, L'Espagne sous Napoléon, 1 17-1 18.
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ver l'indépendance de la patrie. Ferdinand d'ailleurs n'en était digne ni capable.
Charles IV voulut enlever à son fils le bénéfice des bonnes dispositions de l'Empereur ; il écrivit lui-même à Napoléon et lui demanda pour le prince des Asturies la main d'une princesse impériale : n'éprouve-t-on pas quelque écœurement au spectacle de cet assaut de servilité ? La lettre du roi d'Espagne arriva à 1 Empereur pendant le voyage d'Italie : on sait qu'il songea un moment à marier à Ferdinand la fille de Lucien, Charlotte, et que pour diverses raisons il renonça à cette idée.
C'est qu'il en venait à fixer enfin ses résolutions, sous l'impression de toutes ces circonstances. Beauharnais écrivait à ce moment : « La haine contre le prince de la Paix, le mépris pour la Reine sont aussi fortement exprimés que l'admiration pour l'Empereur duquel l'Espagne attend son salut. » Napoléon envoya alors à Madrid en mission particulière un de ses officiers, M. de Tournon; il faut noter quelques-unes de ses conclusions.
« Nul moment ne fut jamais plus favorable (pour régler le sort de l'Espagne), puisque la nation entière place aujourd'hui tout son salut dans l'Empereur Napoléon et dans l'espoir du mariage d'une de ses parentes avec le prince des Asturies.
« Ce jeune prince, encore plus timide peut-être qu'il n'est faible, et qui est plus à plaindre qu'à blâmer de l'éducation qu'on lui a donnée, déjà intéressant aux yeux de la nation par les malheurs qu'il a éprouvés, en est devenu l'idole aujourd'hui par la nouvelle persécution dont il vient d'être l'objet. En l'élevant à la Régence, ou à la Royauté (puisque le Roi a déjà voulu abdiquer plusieurs fois la couronne), l'Empereur serait libre de lui composer un conseil dévoué à ses volontés, et dès lors régnerait sur l'Espagne par l'amour et la reconnaissance, et pourrait faire participer la France à toutes les richesses de l'Amérique. »
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On pourrait multiplier les textes en ce même sens : rappelant la défiance antérieure des Espagnols à l'égard de la France, Beauharnais écrivait aussi : « Quelles sont maintenant les dispositions qu'ils montrent envers les Français et surtout envers l'Empereur? C'est la plus grande admiration pour Sa Majesté Impériale dont ils ne parlent que pour le proclamer leur libérateur ; c'est le désir le plus sincère et le plus hautement prononcé que l'Empereur veuille bien prendre sous sa protection immédiate et ce pays et leur jeune prince royal, qu'il daigne lui donner une princesse de son choix.
« Voilà le langage actuel des littérateurs, des magistrats, du clergé, du militaire, de la noblesse, du commerce, et, on peut dire sans exagération, de toute la nation ; c'est le sujet des conversations parmi les graves Espagnols dont la haine pour les Français paraît dans cette occasion avoir été comme par magie convertie dans un amour franc et sincère1. »
Il semble bien en effet que si Napoléon l'avait voulu, il aurait pu, en mariant Ferdinand avec une princesse française, établir sur le gouvernement espagnol son autorité et une véritable protection. Il eut peur que l'avenir de 1 influence française dans la péninsule n'en fût pas suffisamment assuré, et que le parti national, dont Ferdinand était le chef sans le vouloir, ne fût ensuite de force à garantir l'indépendance de l'Espagne contre toute domination étrangère. Il avait peutêtre raison.
Le 20 février, Murât fut nommé lieutenant de l'Empereur en Espagne et invité à se rendre immédiatement à Bayonne. Murât était un brutal, l'homme des exécutions vigoureuses ; il avait gaillardement mené en 1802 les préparatifs de la Consulte de Lyon et l'élection de son beau-frère à la prési-
1. Cf. AU'. Étr., Corr. d'Espagne, vol. 672, f06 3a3, 366, ^79. — vol. 673, fu 129.
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dence de la République Italienne1. Les événements d'Espagne allaient demander les mêmes qualités.
Il franchit la Bidassoa en annonçant l'intention de gagner Cadix, de préparer une expédition décisive contre Gibraltar, de délivrer enfin le sol espagnol de cette forteresse anglaise. Il avait derrière lui tous les renforts nécessaires préparés à Bayonne, Bordeaux, Toulouse, Narbonne, sous prétexte de soutenir l'armée de Junot établie dans le Portugal. 11 fut accueilli par les Espagnols comme un libérateur ; il avait prestance splendide à cheval ; on sait s'il cultivait le panache ; et surtout ils espéraient de son intervention la fin du méprisable régime que représentait le prince de la Paix. Mais ils eurent bientôt d'étranges surprises : le général Darmagnac, par le défilé de Roncevaux, arriva à Pampelune, y fut accueilli très cordialement, puis tout à coup se jeta sur la citadelle et s'y installa solidement. Le général Duchesne, reçu aussi sans défiance à Barcelone, s'empara de la même manière du fort de Monjuich. Ce fut encore ainsi que le général Thouvenot devint le maître de Saint-Sébastien. C'était toutes les portes de l'Espagne aux mains des troupes françaises2.
Godoy avait donné l'ordre d'accueillir les Français « amigablemente ». En réalité, il était atterré ; il pressentait l'effondrement de sa fortune. Il avait commencé de se plaindre des retards apportés à l'exécution du traité de Fontainebleau ; il ne voyait pas sa principauté des Algarves descendre des nuages. Champagny lui avait fait répondre là-dessus par Beauharnais, que le moment n'était pas encore venu de partager le Portugal ; qu'un important travail de commissaires était nécessaire pour reconnaître les limites des nouveaux Etats à établir ; qu'il fallait que la conquête fût bien achevée, l'ordre