Aff. Étr., Corr. d'Espagne, vol. 673, f
3i6 l'affaire d'espagne
dès lors avec une décision qui ne révèle aucun scrupule ; et pourtant après tout Murât n'avait rien fait d'irréparable, en supposant qu'il eut pris des initiatives.
Qu'on en juge. M. de La Forest fut nommé ambassadeur à Madrid, en remplacement de Beauharnais, un peu compromis par les relations personnelles qu'il avait nouées avec le prince des Asturies. Savary fut chargé de voir Ferdinand et de l'amener au-devant de l'Empereur sans dire jusqu'où. Savary était à Madrid le 7 avril ; il eut un succès immédiat, complet, inespéré sans doute. Ferdinand ne songea pas un moment à se retirer au sud de l'Espagne, loin des atteintes de l'Empereur ; il se laissa aller à la politique de l'obéissance, elle convenait à son caractère. Le 10 avril, il partit avec ses ministres et son frère don Carlos, en compagnie de Savary, qui leur annonçait la rencontre avec Napoléon vers Burgos.
A Burgos, pas de nouvelles de l'Empereur. On ne jugea point convenable de l'attendre, on remonta en voiture. A Vittoria, toujours rien. La foule arrête les équipages, ne veut pas les laisser continuer ; dans l'entourage du jeune prince, on lui conseille de s'échapper ; le marquis d'Urquijo le supplie en tout cas de ne pas quitter le sol espagnol. Savary court à Bayonne, rapporte une lettre de l'Empereur. En même temps, 17 avril, iNapoléon écrit à Bessières, qui commande les troupes de la région : « Si le prince des Asturies vient à Bayonne, c'est fort bien; s'il rétrograde sur Burgos, nous le ferez arrêter et conduire à Bayonne; car s'il refuse l'entrevue que je lui propose, c'est signe qu'il est du parti des Anglais, et alors il n'y a plus rien à ménager... Il ne s'agit pas de tâtonner, il faut marcher avec énergie. Ou le prince des Asturies vient à Bayonne, et alors tout peut s'arranger ; ou il s'y refuse, et alors il s'entend avec les Anglais, et d'un coup il faut le prévenir l. »