BAYONNE 3 I
Comme les Anglais fournissaient donc des prétextes commodes aux entreprises de Napoléon !
Il était depuis le i4 à Bayonne au château de Marracq. Le 18, il y appela Joseph. Le 19, on lui annonça l'arrivée du prince des Asturies : « Il vient? » s'écria-t-il. Il ne le pouvait pas croire.
Ou connaît les scènes de Bayonne ; il ne faut ici qu'y noter le développement impitoyable, et fatal, de la politique napoléonienne.
Le même soir, Napoléon reçut Ferdinand à sa table : dîner banal. Après quoi, Savary vint trouver le prince et lui fit connaître que pour l'Empereur le seul roi d'Espagne était Charles IV ; que pour lui-même on lui offrait l'Étrurie s'il \oulait renoncer à l'Espagne. « Je suis trahi ! » s'écria-t-il. Il était en outre prisonnier.
Les « vieux rois » arrivèrent le 3o avril, à peu près en même temps que Godoy, que Murât avait pu arracher aux Espagnols ; ils furent reçus en grand apparat, avec tous les honneurs dus à la dignité royale. Ils en furent émus jusqu'aux larmes et pénétrés de reconnaissance pour l'Empereur.
Les conseillers de Ferdinand, pour sauver l'indépendance de l'Espagne, essayèrent de le réconcilier avec son père : il lui proposait de lui rendre sa couronne, à condition qu'il écartât Godoy du gouvernement et reconnût ses propres droits à la régence et à la succession. Une telle combinaison eût peut-être mis Napoléon dans l'embarras. Mais Godoy ne voulait que se venger de sa déchéance et des coups qu'il avait reçus, dût l'Espagne y périr. Charles I\ répondit à son fils par une longue lettre où il est facile de reconnaître le langage de Napoléon, et que les éditeurs de la Correspondance impériale ont bien fait de reproduire A : « Mon fils, les con-