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BAYONNE

dans le palais du Vieil-Évêché ; elle alla recevoir le Roi Joseph qui, installé sous un dais, fit ce qu'on pourrait appeler le discours d usage, tant ces cérémonies devenaient fréquentes : « Avec l'acte constitutionnel vont cesser les grands désastres de l'Espagne, désastres que faisait trop prévoir la sourde inquiétude qui tourmentait depuis longtemps la nation. L'effervescence qui règne encore dans quelques provinces cessera quand les peuples sauront que leur religion, leur indépendance, et l'intégrité de leur pays sont garanties ; que leurs plus précieux droits sont reconnus ; et quand ils verront dans ces nouvelles institutions le germe de la prospérité de leur patrie. »

La constitution fut alors lue et acceptée à l'unanimité. Le président Azanza répondit au roi et termina son allocution par ces mots solennels : « Que Joseph-Napoléon Ier règne heureux en Espagne puisqu'il ne veut régner que selon la loi. » Le roi, puis tous les députés, prêtèrent le serment constitutionnel. Enfin l'assemblée décida qu'à la fin de la séance, elle irait en corps rendre grâces à l'Empereur « pour la grande œuvre de la constitution ». Il y eut encore quelques discours dont on devine le sens, et la junte fut dissoute. Champagny écrivit à La Forest : « Les moments les plus difficiles sont passés. » Cela dépend du point de vue.

Joseph-Napoléon Ier pensa qu'il devait s'intituler selon les coutumes de ses prédécesseurs, « Don Joseph, par la grâce de Dieu, roi de Castille, d'Aragon, des Deux-Siciles, Jérusalem, Navarre, de Grenade, de Tolède, de Valence, de Galice, de Majorque, de Minorque, de Séville, de Grenade, deCerdagne, de Cordoue, de Corcéga, de Murcie, de Santiago, des Algarves, d'Algésiras, de Gibraltar, des îles Canaries, des Indes orientales et occidentales, des îles de Terre-Ferme de l'Océan, archiduc d'Autriche, duc de Bourgogne, de Brabant, de Milan, comte de Hapsbourg, Tyrol et Barcelone, seigneur de Biscaye et de Molina, etc. » Napoléon l'arrêta, estima que

tout cela était bien exagéré et en grande partie usé, cl réduisit son frère au titre de « Roi d'Espagne et des Indes ». C'était encore trop de plus de la moitié.

Pourtant il pouvait paraître définitivement établi sur son nouveau trône, puisqu'il reçut, à l'occasion de son avènement, les félicitations de Ferdinand VII1.

L'œuvre de Bayonne était achevée; elle avait été laborieuse. Napoléon y avait mis trois mois, le temps dune campagne; il y en a de plus glorieuses dans sa carrière. Etait-ce irritation contre l'insurrection déjà redoutable, ou conscience de son erreur, il était, semble-t-il, mal satisfait de lui, et l'on raconte que l'audience où il reçut les remerciements de la junte fut extrêmement pénible, qu'il ne savait que dire, qu'il ne fit entendre que des propos entrecoupés, durs, menaçants, et qu'il donna à tous 1 impression d'une sorte d'angoisse2. « L'homme du destin » sentait-il donc le prochain désastre?

Le 9 juillet, Joseph partit de Bayonne pour l'Espa gne accompagné quelques lieues par l'Empereur. Ses équipages étaient encadrés par devant et par derrière, sur la roule, parles voitures des membres de la junte ; ils ouvraient le chemin pour présenter le nouveau roi ; ils couvraient ses communications ; ils faisaient parlie de l'escorte. Quelques-uns furent envoyés vers Saragosse, pour retenir les populations dans le devoir, qu'elles étaient disposées à méconnaître ; ils n'allèrent pas jusque-là ; ils s'arrêtèrent prudemment, soucieux de ne pas tomber au pouvoir de Joseph Palafox, qui ne paraissait pas de caractère à les écouter patiemment.

i. A. L( febvre, III, 5 14.

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