Corr. de Napoléon, X\ ."II, 38a
nombre de personnes qui voyagent avec moi. Je répète à Votre Majesté qu'elle ne saurait faire assez d'efforts pour pacifier l'Espagne ; il faut des troupes et de l'argent. — On m'affirme que depuis quelques jours à Madrid nos affaires ont empiré de cent pour cent. — Ma position est unique dans l'histoire; je n'ai pas ici un seul partisan. »
Et encore aux portes mêmes de Madrid, ou au lendemain de l'entrée dans la ville : « Nous n'avons bientôt plus le sou ; Henri IV avait un parti, Philippe V n'avait à combattre qu'un compétiteur ; et moi, j'ai pour ennemie une nation de douze millions d'habitants, braves, exaspérés au dernier point. Les honnêtes gens ne sont pas plus pour moi que les coquins. Non, sire, vous êtes dans l'erreur : votre gloire échouera en Espagne. — La nation est unanime contre vous. Vous avez vu 89 et 93 ; il n'y a pas ici moins d'enthousiasme et moins de rage. — Nous n'avons pas un partisan ; la nation tout entière est exaspérée. »
L'entrée de Joseph dans sa capitale fut sinistre : fenêtres closes et balcons déserts; des haillons, par dérision, en guise de pavoisement '. Le 25 juillet, il fut proclamé roi solennellement, selon les rites, par des hérauts, dans tous les carrefours de la ville, mais dans l'indifférence générale, ou parmi de sourdes rumeurs. Dans le même temps, un décret de Napoléon, du 22 juillet, ordonnait la construction d'une grande roule de Paris à Madrid par Pau et Saragosse, une grande route impériale, comme celles qui rattachaient la France à l'Italie par le Simplon ou à l'Allemagne par Maycnce : les artères du Grand Empire.
A ce moment même se produisait l'irréparable désastre ; Dupont et Vedel cernés à Baylen par les troupes de Castanos et de Reding et forcés de capituler. En fait, la honte était moins grande qu'elle ne parut et que l'Empereur ne la pro-