‹ Napoléon et l'Europe; TilsitChapitre 136 sur 185 · A. Sorel, VII · texte numérisé non relu

A. Sorel, VII

prussien en fut atterré : mauvaise posture pour obtenir de l'Empereur des conditions avantageuses.

La convention du 8 septembre fut en effet très dure pour la Prusse. Elle fut évacuée; mais ses contributions de guerre furent arrêtées à la somme de i4o millions, et jusqu'au paiement intégral de cette lourde somme, les forteresses de FOder, au cœur même du pays, Kustrin, Glogau, Stettin, restèrent occupées par des garnisons françaises. Enfin, pour une péiode de dix ans, elle s'engagea à ne pas entretenir plus de 42.000 hommes de troupes et à ne faire aucune levée extraordinaire de milices ou de gardes bourgeoises et aucun rassemblement de nature à augmenter cette force. Elle devait fournir 12.000 hommes en cas de guerre entre l'Autriche et la France. Elle reconnaissait Joseph comme roi d'Espagne et Murât comme roi de Naples.

Le tsar de Russie, se rendant à Erfurt, passa à Kœnigsberg avant que la convention n'y fût connue; il conseilla la résignation, la patience, promit ses bons offices en attendant des circonstances meilleures. Après son départ, il apprit l'affaire de la lettre de Stein, il en fut très ému; il s'écria qu'il y avait là une sorte d'aberration; il estima qu'il ne pouvait rien y avoir de plus fâcheux. C'est alors qu'il fut renseigné sur la convention de Paris, et il comprit le parti que Napoléon avait tiré de l'imprudence du ministre prussien.

Il ne fut pas pour lui-même satisfait de toutes les clauses de cette convention; l'installation de garnisons françaises dans les places de l'Oder lui laissa de l'inquiétude. Caulaincourt, qui Taccompagnait, lui expliqua qu'il ne s'agissait que de précautions contre l'Autriche, toujours menaçante ; il resta persuadé que ces précautions étaient prises aussi contre lui-même ; il n'oubliait pas qu'il y avait encore de nombreuses troupes françaises à Varsovie. Il sentit davantage le besoin d'émousser cette menace, pointée sur lui.

Du moins, du côté de Napoléon, la Prusse se trouva tenue

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en respect, empêchée de profiter de l'événement de Baylen et d'y faire écho. Stein, sur sommation de l'Empereur, fut éloigné du ministère le 24 novembre ; un décret impérial, du 16 décembre, le mit au ban de l'empire, confisqua tous biens qu'il y pouvait posséder. Il se retira en Russie, ce qui n'était pas indifférent. L'Autriche était autrement dangereuse, toute frémissante de préparation guerrière; il fallut des efforts particuliers de Napoléon pour y faire face.

Le 7 août, Champagny reçut M. de Metternich, lui lit l'accueil le plus chaleureux. La conversation fut aussitôt toute cordiale, le ministre dit son estime, son admiration pour l'Autriche, qu'il fallait qu'elle fût « une puissance de premier ordre ». Metternich fut ravi de la chose; il en conclut, par devers lui, que sans doute Napoléon avait besoin du concours de l'Autriche, et que l'activité de ses armements était pour quelque chose dans le respect qu'elle inspirait.

Mais ce n'était qu'un préambule.

Le i5 août suivant, la réception officielle du corps diplomatique fut l'occasion d'une manifestation plus expressive. Après être passé rapidement devant l'assemblée, l'Empereur revint tout à coup sur Metternich qui était à coté de Tolstoï ; Champagny le « bloquait » par derrière pour l'empêcher de s'échapper.

« L'Autriche veut donc nous faire la guerre? dit l'Empereur, ou elle veut nous faire peur ?» — Metternich esquissa un geste de protestation. « Pourquoi alors vos immenses préparatifs? continua Napoléon. . . Qui vous attaque ? qui vous menace? Tout n'es l-il pas paisible autour de vous? Depuis la paix de Presbourg y a-t-il entre vous et moi le plus léger différend ? Ai-je élevé quelque prétention alarmante pour vous? Toutes nos relations n'ont-elles pas été extrêmement amicales? Et cependant vous avez jeté tout d'un coup un cri d'alarme : vous avez mis en mouvement toute votre population ; vos princes ont parcouru vos provinces ; vos procla-

mations ont appelé le peuple à la défense de la patrie. Vos proclamations, vos mesures, sont celles que vous avez employées lorsque j'étais à Leoben. » Et la mercuriale se continua pendant une grande heure.

L'Empereur démontra que, quels que fussent les armements de F Autriche, elle n'était pas de taille à lui faire la guerre ; il avait des troupes plus nombreuses et meilleures ; il allait appeler deux nouvelles conscriptions. « D'ailleurs 1 empereur de Russie empêchera la guerre, en vous déclarant qu'il ne la veut pas et qu'il sera contre vous. » Et il regardait Tolstoï pour un signe d'approbation, de confirmation ; Tolstoï ne broncha point, et ainsi le coup ne porta pas fortement sur Metternich.

« Mais, continua l'Empereur, si ce n'est qu'à l'intervention de la Russie que l'Europe doit la continuation de la paix, ni l'Europe ni moi ne vous en aurons d'obligation, et. ne pouvant vous regarder comme mes amis, je serai certainement dispensé de vous appeler à concourir avec moi aux arrangements que peut exiger l'état de l'Europe... »

Tl était facile de comprendre que Napoléon voulait tout ensemble inquiéter l'Autriche sur les « arrangements » qu'il préparait avec la Russie notamment en Orient, et l'attirer à lui par l'espérance d'y prendre part : promesse plus que menace.

Metternich n'avait répondu au discours de l'Empereur que par de courtes phrases, que les dispositions de l'Autriche étaient essentiellement pacifiques, qu'elle ne prétendait menacer personne, qu'elle n'avait voulu qu'achever sa réorganisalion militaire, que d'ailleurs elle était satisfaite des résultats qu'elle avait obtenus à cet égard, que les réserves et la milice, désormais instruites, allaient être prochainement renvoyées dans leurs foyers. Et la réponse, à la fois conciliante et ferme, était au moins aussi habile que l'interpellation.

Le 25 août, Metternich revit l'Empereur, moins solennel-

lement, en audience particulière, à Saint-Cloud. L'entretien fut presque amical, à peine relevé d'un peu d'amertume, « une querelle entre amants », écrivait Metternich. Il fallait, dit l'Empereur, établir les relations entre les deux puissances dans la confiance et l'intimité ; mais il fallait que l'Autriche y mît de la bonne volonté. Elle n'aurait pas à le regretter : « Il y a un point, conclut Napoléon, qui devrait fixer nos regards réciproques : vous voyez ce qui se passe à Constantinople; si vous aviez tenu une conduite différente dans les derniers temps, nous nous entendrions maintenant ; mais, les choses étant placées comme elles le sont par suite de votre attitude, il faudra que je m'entende avec la Russie... Je n'ai de ce côté qu'un intérêt indirect, et peu de chose à prétendre de la Porte. » Cela n'est pas le fond de sa pensée l.

Pour éprouver l'Autriche, Champagny demanda à Metternich la reconnaissance des nouveaux rois de Naples et d'Espagne. L'ambassadeur donna une réponse aimable, mais dut en référer à son gouvernement.

■ Pour achever cet ouvrage de l'investissement diplomatique de l'Autriche, Caulaincourt reçut l'ordre de proposer au tsar une démarche commune auprès du gouvernement de Vienne pour qu'il procédât au moins à un commencement de désarmement.

Alexandre ne s'y refusa point absolument, sauf à juger luimême du ton à y employer. En vérité il redoutait fort une guerre franco-autrichienne, dans laquelle l'Autriche serait seule contre Napoléon, la Russie ne pouvant l'aider dans les circonstances du moment. Et si l'Autriche était encore vaincue, la Russie ne serait-elle pas découverte sur sa frontière occidentale, plus même que par la défaite de la Prusse : « La destruction de l'Autriche, avait écrit Tolstoï, doit être envisagée comme l' avant-coureur et le moyen de la nôtre. »

i. Corr. de Napoléon, XVII, 43g-44<< — Sorel, VII, 290 et s. — Vandal, 1, 392-397.

Et Ton peut retenir cette formule, qui se trouve avoir les caractères d'une prophétie. Pour notre part nous y verrions volontiers la révélation de la politique napoléonienne dans les années qui sont le sujet de ce volume : après avoir, à Austerlitz, détruit le Saint-Empire Romain Germanique, Napoléon pénétrait en Orient ; Iéna et Friedland renversaient la puissance prussienne, portaient l'influence française à Varsovie ; la guerre qui se préparait allait renverser la puissance autrichienne et établir la domination française en Illyrie : par le nord et par le sud, aux portes de l'Orient.

Ainsi la politique russe était clairement imposée par les circonstances. Le tsar devait empêcher la guerre; mais il ne fallait pas presser trop vivement l'Autriche de désarmer, car ces armements pouvaient servir. La bonne formule, soigneusement dosée, était donc d'agir sur elle en conformité de l'alliance avec la France, mais d'agir peu pour pouvoir changer d'alliance.

Alexandre écrivait le 5 septembre à Kourakine, son ambassadeur à Vienne : « Les affaires en Espagne allant mal, n'est-il pas permis de supposer que Napoléon serait charmé de les ajourner quelque temps, de tomber avec toutes ses forces sur l'Autriche, et d'anéantir une des deux seules puissances qui peuvent encore lui donner ombrage en Europe? Le parti le plus sage pour l'Autriche me paraîtrait ainsi de rester spectateur tranquille de la lutte que Napoléon a à soutenir en Espagne. Il sera toujours temps de prendre ensuite le parti que les circonstances suggéreront alors. En suivant cette conduite, l'Autriche m'éviterait la pénible nécessité de prendre fait et cause contre elle, car je n'y suis tenu qu'autant qu'elle attaquera. »

La pression russe à Vienne fut par conséquent des plus courtoises. L'Autriche en tint compte en quelque mesure ; elle évita pour le moment toute imprudence ; mais elle sentit aussi que la Russie n'était pas son ennemie; elle s'en trouva

Driault. — Tilsit. 23

encouragée à sa politique de précautions militaires : elle resta sous les armes. Elle laissa du moins passer Erfurt.

Nous sommes ici, pour toutes les puissances en présence, dans la phase peut-être la plus délicate, la plus fine, de la politique européenne au temps de Napoléon: de part et d'autre, des chefs-d'œuvre d'habileté et de prudence, de vrais modèles d'action minutieusement nuancée, une grande école d'art diplomatique.

LA CONVENTION DERFURT

Pour Napoléon donc l'objet principal de l'entrevue d'Erfurt devait être d'empêcher ou de contenir la coalition renaissante. Il prit ses résolutions en ce sens.

D abord il contempla à nouveau son instrument de conquête ; il fit voter par le Sénat le 3 septembre l'appel d'une nouvelle conscription. Il passa de fréquentes revues des troupes qui revenaient d'Allemagne et qui se rendaient en Espagne. « Soldats, leur disait-il un jour, vous avez surpassé la renommée des armées modernes ; mais avez-vous égalé la gloire des armées de Rome, qui, dans une même campagne, triomphaient sur le Rhin et sur l'Euphrate, en Illyrie et sur le Tage? Une longue paix, une prospérité durable seront le prix de vos travaux. Un vrai français ne peut, ne doit prendre de repos que les mers ne soient ouvertes et affranchies \ » Il savait que la Grande-Armée serait toujours son suprême recours.

En attendant, ayant fort à faire du côté de l'Espagne, il lui fallait retarder, au moins de quelques mois, l'intervention militaire de l'Autriche. Il ne le pouvait qu'avec l'aide de la Russie; il fallait payer cette garantie, en évitant aussi d'avoir

l. Corr. de Napoléon, XVII, 5ao.

LA CONVENTION DERFURT 35",

l'air d'un « allié dans l'embarras », pour ne pas donner prise sur lui. Or, la Russie tenait au partage oriental ; du moins Napoléon le croyait, et il étudia de près la question.

Avant de partir pour Erfurt il vit Sébastiani qui avait quitté Constantinople à la fin d'avril. Sébastiani lui répéta une fois de plus son sentiment, que la fin de la Turquie était proche, que la famille des Ottomans était d'ailleurs menacée de s'éteindre naturellement, que si l'Europe était pleine d'admiration pour le vaste génie de l'Empereur, tout l'Orient reconnaissait en lui l'envoyé de Dieu.

Selon sa coutume en graves circonstances, Napoléon commanda à M. d'Hauterive un mémoire sur la question d'Orient. Sans suivre ici tout le développement de ce travail \ en voici les conclusions : — En admettant l'hypothèse du partage, il serait facile à la Russie de prendre possession de son lot ; cela serait très difficile à la France, beaucoup plus éloignée,1 tandis que l'Angleterre maîtresse de la Méditerranée, mettrait à son aise la main sur les meilleurs morceaux de l'héritage, comme l'Egypte, la Syrie, la Grèce peut-être. — Il ne fallait pas se leurrer de l'espoir de limiter le partage ; on serait de bonne heure obligé d'y comprendre Constantinople même, et d'amener les Russes ainsi jusqu'à la Méditerranée: dès lors, on ne pourra plus empêcher que l'Europe civilisée ne soit envahie par les Russes. « Car la Russie, maîtresse de l'Empire d'Orient et de celui du Nord, ne sera plus aux portes de 1 Europe, mais dans son sein, et alors il est possible qu'un jour la France s'affaiblisse, que les États du continent ne soient plus garantis par les moyens de force et de résistance qui peuvent résulter d'un grand système de confédération, et qu'enfin les Russes suivent la trace des Wisigoths leurs ancêtres qui, après être sortis des Palus-Mœotides,

•1\0,D J6 Jlr0U7ra tout au lonS ^ds notre livre intitulé La politique orientale de Napoléon, p. 385 et s., d'après les Aff. Étr., Turauie Mém et Doc, 1800-1813, f" -275-3oo l '

passèrent le Danube, et, après avoir obtenu des empereurs de Constantinople de s'établir dans la ïhrace, exterminèrent d'abord l'empereur Valens et son armée, ensuite sous la conduite d'Alaric désolèrent l'Illyrie, passèrent de là en Italie, pillèrent Rome, s'établirent dans la Gaule et finirent par conquérir l'Espagne et une partie de l'Afrique. La progression des conquêtes de la Russie se projette exactement aujourd'hui sur la même ligne géographique. »

Sans voir les choses de si loin, Napoléon fit appel aux lumières de Talleyrand, comme il avait fait pour les affaires d'Espagne ; il lui communiqua tous les documents diplomatiques relatifs aux affaires d'Orient, tout le dossier des « Entretiens de Saint-Pétersbourg ». Il ne lui laissa pas ignorer ses propres intentions : Préparez-moi une convention qui contente l'empereur Alexandre ; qui soit surtout dirigée contre l'Angleterre et dans laquelle je sois bien à mon aise pour le reste ; je vous aiderai ; le prestige ne manquera pas. » — Nous prions que l'on donne à ce mot prestige tout son sens si suggestif et dont on retrouverait l'usage dans le traité de Tilsit. — « Mon cher Talleyrand, continuait-il, il faut que vous soyez à Erfurt un jour ou deux avant moi... Vous connaissez bien l'empereur Alexandre ; vous lui parlerez le langage qui lui convient... L'intérêt bien entendu du continent, sept millions de Grecs rendus à la liberté, etc., voilà un beau champ pour faire de la philanthropie ; je vous donne sur cela carte blanche ; je veux seulement que ce soit delà philanthropie lointaine1. » Comment croire que Napoléon ait jamais songé sérieusement à partager l'Orient avec les Russes?

Talleyrand n'était peut-être pas satisfait du rôle qu'on lui faisait jouer à Valençay ; mais nous ne le savons pas. Surtout il sentait de loin le déclin de l'Empire ; il était sûr que la

i. Mém. de Talleyrand, I, 4ia-4i3. — A. Sorel, VII, 3o5.

LA CONTENTION D ERFLRT 357

politique outrée de Napoléon le conduirait à sa perte ; il voyait les difficultés péniblement vaincues dans le passé, les difficultés plus graves de l'avenir ; il se préparait à suivre sa politique. Certes il avait le droit de n'approuver point la politique de l'Empereur, quoique, même en Espagne, il l'ait servie sans réticence ; il avait même le droit de le dire à

I Empereur, au lieu de paraître l'approuver entièrement. En tout cas, il avait le devoir élémentaire de ne pas le trahir ; il avait le devoir plus haut de ne pas engager une action politique contraire aux intérêts de la France puisqu'elle a contribué à ses désastres. Car il ne faut pas jouer sur les mots, trahir Napoléon, c'était trahir la France.

Alexandre était parti le 14 septembre de Saint-Pétersbourg, avec Speranski, Roumiantzoff, Caulaincourt revenu pour la circonstance à ses fonctions de grand-écuyer. L'impératricemère avait essayé de le retenir, de lui montrer le danger d'une entrevue avec Bonaparte « dans une forteresse qui se trouve encore sous sa domination et gardée par ses troupes ».

II n'avait tout de même pas ces craintes, et puis il n'emmenait pas à Erfurt toute la famille impériale. La reine de Prusse lui adressait d'autres supplications : « Vous allez donc revoir Napoléon, cet homme qui, je le sais, vous fait horreur, comme à moi. Je vous conjure, ne vous laissez pas entraîner à rien entreprendre contre l'Autriche. . . Au nom de Dieu, ne le faites pas..., et songez à sauver l'Europe. » Il entendait mieux ce discours.

Après deux jours d'arrêt à Kœnigsberg, il arriva sur la , Vistule, y fut reçu par Lannes ; dès lors au milieu des troupes françaises, on s'arrangea pour qu'il ne vit que des régiments d élite : c'était pour lui faire honneur, et pour l'instruire. Quelques-uns lui faisaient escorte un moment, en route aussi vers l'ouest, puisque c'était le changement de front de la Grande-Armée, de la Prusse à l'Espagne.

Napoléon de son côté partit de Paris le 2 3, précédé de Tal-

leyrand, accompagné de Champagny. Il arriva le premier à Erfurt, le 27 au matin. Il y avait pour le recevoir, au long du chemin et dans la ville un grand concours de populations curieuses, de souverains et de ministres humiliés, les hommages de toute l'Allemagne, parmi d'incessantes réclamations territoriales et de comiques querelles de préséance : « Je n'ai pas vu à Erfurt, dit Talleyrand, une seule main passer noblement sur la crinière du lion1. » A cet égard, Erfurt est la suite du congrès de Rastadt, du recès germanique de i8o3, de la réorganisation territoriale de l'Allemagne après Presbourg ; non pas qu'il s'y puisse remarquer aucun nouveau remaniement ; il ne s'en rencontrera plus d important jusqu'à la fin de l'Empire. Mais Napoléon s'y complut dans le spectacle de sa suprématie sur l'ancien Empire germanique.

Politique plus qu'orgueil, que de se montrer à Alexandre, non plus, comme à Tilsit, parmi les camps, en pleine guerre, mais dans la paix féconde, parmi le cortège de ses vassaux, parmi les plus illustres représentants du génie allemand, les Goethe, les Wieland, Empereur de l'Europe, personnification toute-puissante de toute la civilisation occidentale : un moment remarquable de la carrière napoléonienne.

Mais il y a des ombres au tableau, des menaces sur l'avenir. Le 28 septembre, arriva à Erfurt le baron de Vincent, ambassadeur extraordinaire de Sa Majesté lempereur François II. Que venait-il faire là ? Comme jadis à Varsovie, où nous avons vu ses excellentes relations avec Talleyrand, il était en mission d'observation : en ce temps-là, comme Haugwitz avant Austerlitz, il cherchait le moment où 1 Autriche pourrait introduire sa médiation ou l'action de ses armes ; ici il voulait voir, de près, le caractère des rapports francorusses, connaître la mesure de linquiétude qu'il en fallait

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