‹ Napoléon et l'Europe; TilsitChapitre 157 sur 185 · A. Vandal, II · texte numérisé non relu

A. Vandal, II

ECKMUHI. 4 i 7

mencer avec la Turquie, que les vaisseaux anglais pouvaient paraître d'un moment à l'autre devant Cronstadl ; que, sans cela, Alexandre lui-même irait prendre le commandement de l'armée de Galicie, en hâte de rejoindre l'empereur Napoléon devant Vienne.

En attendant, l'archiduc Ferdinand entrait dans Varsovie, que Ponialowski avait dû abandonner, poussait sa cavalerie d'avant-garde sur Thorn, Danzig, sollicitait l'action de la Prusse.

Tout à coup, sur un ordre de Napoléon, Poniatowski tourne le dos à son ennemi, passe sur la rive droite de la Vistule, se jette sur la Galicie dégarnie, y entre dans les premiers jours de mai. Il y fut accueilli par les cris de triomphe de toute la population ; en un moment toute la Galicie fut à lui ; les jeunes gens, les vieillards même accouraient, s'enrôlaient sous ses drapeaux, proclamaient la reconstitution de la grande patrie polonaise. Sandomir, Lublin se rendirent ; Lemberg, la capitale, fut occupée le 23 mai; Poniatowski y installa un gouvernement provisoire, lança des manifestes qui suscitèrent dans tout le pays l'enthousiasme de toutes les classes et de tous les partis.

Admirable explosion du sentiment national! Quel contraste avec les résistances que Napoléon rencontrait dès lors devant lui en Espagne, en Italie ou en Allemagne ! Dans un sens ou dans l'autre, il y a une incomparable grandeur dans celte universelle agitation des nationalités : c'est le rajeunissement de l'Europe, une des plus grandes dates de l'histoire générale.

Le soulèvement de la Galicie eut des répercussions étendues, jusqu'au cœur du pays russe, en Volhynie, en Podolie ; de toutes ces provinces voisines, la jeunesse émigrait pour venir rejoindre l'armée de Poniatowski; toutes les conquêtes du grand règne de Catherine II en paraissaient déjà compromises.

Dnnvr.T. — Tilsit. 27

4 ï 8 LE TRAITÉ DE VIEXNE, 1809

On ne s'étonnera pas que le gouvernement russe en ait éprouvé de rémotion. En fait, il était puni de sa conduite incertaine et suspecte. Même, sans se prononcer davantage pour ou contre Napoléon, il lui était facile, dès le commencement de la campagne, de faire occuper la Galicie ; il l'aurait prise sous séquestre ; il l'aurait gardée comme un dépôt ; elle eût été pour lui un gage précieux, de quoi défendre ses propres intérêts au moment des négociations de la paix. Mais sans doute il eût craint ainsi d'avoir Fair de conquérir une province de l'Autriche, de prendre parti contre elle : et cela encore est un des traits de la duplicité de sa politique. Il préféra se plaindre. Il se montra mécontent d'un événement qui était avantageux aux armes de son allié. Il déclara ne point pouvoir admettre les agissements, les proclamations incendiaires de Poniatowski, les espérances qu'il excitait ainsi dans toute l'ancienne Pologne. Il fit aussitôt toutes réserves sur un agrandissement territorial quelconque du grand-duché de Varsovie ; il menaça même d'une rupture formelle, s'il en était seulement question : « Je tiens à notre alliance, disait Roumiantzoff à Caulaincourt, j'y tiens beaucoup, vous le savez. J'ai d'ailleurs, je puis le dire, fait mes preuves sur cela .. Eh bien! je croirais de mon devoir de dire à l'Empereur mon maître : Soit ! Renonçons à notre système ; sacrifions jusqu'au dernier homme plutôt que de souffrir qu'on augmente ce domaine polonais : car c'est attenter à notre existence 1 ! »

Et Roumiantzoff déclarait, tâtant le terrain, que si l'Autriche devait subir un démembrement de ce côté, la Galicie ne pourrait revenir qu'à la Russie; qu'en ajouter même une petite partie au grand-duché de Varsovie, ce serait acheminer au rétablissement de la Pologne ; que les têtes étaient déjà très échauffées là-dessus à Varsovie, mais que l'intérêt

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de la Russie ne permettrait jamais d'y consentir. A quoi Caulaincourt, assez embarrassé, répondait que la possession de la Galicie par la Russie serait inquiétante pour le monde entier et menacerait réellement l'indépendance de l'Europe (sic), qui devait encore plus craindre le rétablissement du royaume de Pologne entre les mains de la Russie qu'entre celles de la Saxe.

D'ailleurs, ajoutait Caulaincourt, pourquoi l'armée russe n'est-elle pas entrée la première en Galicie ? Elle aurait été la maîtresse de contenir ou de diriger le mouvement national polonais. Au contraire, elle n'a à l'égard de l'Autriche, l'ennemi commun, que les ménagements les plus extraordinaires ; les troupes polonaises ont saisi une correspondance des plus suspectes entre le prince Gortchakof et l'archiduc Ferdinand; la princesse Galitsyne, femme du général qui commande l'armée russe aux frontières de la Galicie, est à Vienne, et elle s'y répand en propos qui n'ont rien d'aimable pour la France et pour l'empereur Napoléon l.

Le tsar Alexandre parut très sincèrement touché de ces reproches mérités; il affirma qu'il mettrait ordre à tout cela, qu'il punirait sévèrement les coupables ; il remercia Caulaincourt de lui avoir parlé avec cette franchise, et dans un élan d'émotion, il daigna l'embrasser.

Mais l'armée russe ne bougea point, et Napoléon resta seul sur le Danube devant l'archiduc Charles.

La bataille d'Aspern-Essling, livrée les 21 et 22 mai 1809, fut terrible. Napoléon put faire passer sur la rive gauche du

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