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À. Lefebvre, Histoire des cabinets de l'Europe, IV, 14a

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est déclarée ville impériale et libre. — Les restes des monuments élevés par les Romains seront entretenus et conservés aux frais de notre trésor. — Les terres et domaines du Pape seront augmentés jusqu'à concurrence d'un revenu annuel de deux millions. — Les terres et domaines du pape, ainsi que ses palais, seront exempts de toute imposition, juridiction et visite, et ils jouiront d'immunités particulières. »

Un autre décret du même jour institua une Consulte extraordinaire, sous la présidence du général Mioilis, pour prendre possession des Etats du Pape, préparer leur division en départements et installer un Sénat municipal de 60 membres. Le Code Civil y devait être appliqué, à dater du ^'"juillet, du ier août au plus tard. « On usera envers le Pape, écrivait l'Empereur, de ménagements et d'égards ; on lui laissera ses meubles, ses tableaux, ses bijoux, les palais qu'il voudra conserver, et les biens qu'il choisira. Mais du reste on ne tolérera aucune opposition... J'aurai à Rome un palais qui fera partie de ma liste civile et qui doit être convenablement doté l. »

Mais il était à croire que le Pape ne supporterait pas cela patiemment, et il y avait à craindre les conséquences de son opposition.

Derrière l'Empereur, il y avait surtout « les mille Vendées de l'Allemagne ». Il n'en faut pas exagérer la gravité. En somme la plupart des populations allemandes étaient heureuses et calmes ; elles n'avaient pas encore eu le temps de beaucoup souffrir du blocus continental ; elles éprouvaient une sorte de vanité à faire partie du Grand Empire ; leurs princes avaient presque tous gagné quelque chose, beaucoup même, à se ranger dans la vassalité napoléonienne ; ils avaient des titres plus glorieux, des revenus plus copieux.

1. Corr. de Napoléon, XIX, 13-17. — Ed. Driault, Napoléon en Italie, 548-5 ïo.

Les soldats de la Confédération avaient bonne tenue dans la Grande-Armée, étaient bien dans la main de leurs généraux français, se grisaient de la victoire, incomparable ivresse.

Tout de même, si l'Empereur avait subi quelque échec sérieux, ce loyalisme des populations, des troupes et des princes n'aurait peut-être pas duré longtemps. Les agents français en Allemagne signalaient une secrète effervescence, non pas une véritable agitation, mais de vagues dispositions à s'agiter, comme une malsaine curiosité d'un revirement de la fortune, une sympathie toute prête pour ceux qui le produiraient.

Au commencement d'avril, un officier prussien, Frédéric- Charles de Katt, à la tète de quelques partisans, essaya d'enlever Magdebourg ; il échoua, mais s'échappa en Bohême.

Le colonel de Dôrnberg tenta un coup de main plus dangereux : d'origine hessoise, il s'était rallié au gouvernement de Jérôme et était devenu colonel des chasseurs-carabiniers de la garde royale. Au fond, il détestait profondément la domination française et brûlait d'en délivrer son pays. Il se mit en relation avec des émissaires autrichiens, avec Scharnhost et Gneisenau ; il avait pour lui la plupart des grandes familles de la Hesse, et se tenait en rapport avec elles par le couvent des dames nobles de Homberg, où la sœur du baron de Stein et la baronne de Gilsa entrèrent avec ardeur dans la conspiration. On devait, le 24 avril, grâce aux troupes dont on disposait au château de Cassel, surprendre le roi Jérôme elles officiers français de son entourage, les enfermer, sonner le tocsin et appeler la population aux armes. Le 21, Dôrnberg sut ou crut que le complot était découvert; il s'enfuit à Homberg, souleva les populations de la région, groupa autour de lui 6 ou 800 hommes ; mais il ne put pas tenir contre les troupes françaises accourues de Cassel; il s'enfuit en Bohême.

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Il y avait une enlente secrète entre Dôrnberg et le major Schill. Celui-ci était une des espérances des patriotes prussiens; jeune et beau, il s'était fort distingué pendant la désastreuse campagne de 1806, notamment à la défense de Kolberg ; en garnison depuis à Berlin, il ne cachait pas sa haine des Français et il était très populaire dans la ville et dans l'armée.

Le 28 avril, comptant sur un succès de Dôrnberg, il sortit de Berlin avec son régiment, et à quelque distance de là il annonça à ses hommes son intention de les mener en Westphalie et de chasser les Français de l'Allemagne. Ils l'acclamèrent; il se jeta avec eux sur la rive gauche de l'Elbe. Mais sa troupe était bien petite; il sut que Dôrnberg avait échoué et avait dû s'enfuir ; il comprit pourquoi les populations ne se soulevaient pas sur son passage ; il courut vers le nord pour gagner la Baltique et y tendre la main aux Anglais. Il put enlever Stralsund, peu défendue, et s'y retrancha un moment. Mais il fut bientôt attaqué par des forces très supérieures ; il se défendit vaillamment, mais il fut tué d'un coup de sabre, le 3i mai.

Le duc de BrunsAvick-OEls, quatrième fils du vaincu d'Auerstaedt, dépouillé de tous ses biens par la conquête française, en avait conçu pour Napoléon une vigoureuse haine. Quand il vit l'Autriche prête à la guerre, il se rendit à Vienne et signa avec le gouvernement autrichien un traité par lequel, moyennant quelques subsides, il lèverait un corps de 2.000 hommes avec lequel il s'efforcerait de soulever l'Allemagne du Nord. Il prépara aussitôt sa petite troupe, dans le fond de ses domaines de Silésie ; il en fit la « légion de la vengeance ». Dans les premiers jours de mai il allait se mettre en campagne.

Mais le soulèvement du Tyrol était bien plus grave, car il compromettait les communications de Napoléon avec l'Italie et avec le Rhin.

4i4 LE TRAITÉ DE VIENNE, 1809

Il avait été préparé de longue date. Le Tyrol avait été donné à la Bavière par le traité de Presbourg ; mais ses habitants, habitués depuis des siècles de la part de l'Autriche à une administration très douce, respectueuse de leurs privilèges locaux, très loyalistes pour cela à l'égard des Habsbourg, n'acceptèrent pas le régime centralisateur du gouvernement bavarois, les impôts nouveaux, surtout la conscription militaire ; ils étaient encouragés à la résistance par les évêques et les prêtres, irrités des sécularisations qu'amenait avec elle l'influence française. Les nouvelles d'Espagne développèrent cet état d'esprit.

En janvier 1809, quelques chefs populaires, parmi eux l'aubergiste Andréas Hôfer, de Passeyr, se rendirent à Vienne et se mirent d'accord pour organiser une insurrection qui devait éclater au moment où l'armée autrichienne envahirait la Bavière. Il en fut ainsi. Le 9 avril, le général Chasteler arriva à Villach avec quelques troupes ; ce fut le signal du soulèvement ; des feux à travers la montagne appelèrent toute la population aux armes. Les Autrichiens arrivèrent en forces ; le général Bisson, surpris dans la région du Brenner, capitula avec 2.000 hommes; le général Chasteler et Hôfer entrèrent triomphalement dans Innsbriick le 1 3 avril.

Succès éphémères. Après la bataille de Landshut, le maréchal Lefebvre fut détaché de la droite française, rallia les divisions bavaroises de Wrède et Deroy, entra dans la montagne par Salzbourg et Kufstein, remporta la victoire de Vorgel, poussa devant lui Tyroliens et Autrichiens, reprit Innsbriick le 19 mai.

Grandes et inquiétantes nouveautés dans l'histoire napoléonienne que ces multiples levées nationales, que cette agitation universelle de l'Espagne, de l'Italie, de l'Allemagne. Si Katt, Schill, Dôrnberg, Brunswick-OEls, Hôfer, avaient réussi, seulement pendant quelques semaines, si l'Angleterre avait débarqué des troupes en Allemagne, en Italie, comme

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en Espagne, la situation de INapoléon eût pu être très critique, même à Vienne. Du moins dans les derniers jours de mai la mort de Schill et la défaite d'Hôfer lui donnaient quelque répit.

En tout état de cause, la coopération russe aurait pu rendre service. Elle se présenta assez mal au début. Les hostilités commencées, l'empereur Alexandre s'était intéressé fiévreusement aux opérations de l'armée du Danube ; il était impatient de savoir ; il eût voulu être libre pour y courir. Quand il eut des nouvelles d'Eckmûhl, il éclata en exclamations d'admiration ; il adressa à Caulaincourt pour l'Empereur les compliments les plus chaleureux.

Mais les troupes qu'il avait préparées à la frontière autrichienne ne bougeaient pas. Caulaincourt insistait pour qu'on les mît aussitôt en mouvement. Les événements de l'Allemagne lui inspirèrent des arguments nouveaux : que l'Autriche n'était plus vraiment qu'une puissance révolutionnaire, qu'elle avait décidément versé dans le jacobinisme; qu'en somme elle s'était servie des mêmes moyens que les gens qui avaient fait la Révolution en France ; que si ses projets avaient réussi, non seulement elle n'aurait pu maîtriser les événements après avoir rompu tous les liens qui attachent les peuples au souverain, mais qu'elle en aurait été aussi la victime; que la marche qu'elle avait suivie faisait de cette affaire la querelle de tous les souverains qui auraient été menacés des mêmes dangers ;.. . que M. de Stadion attaquant l'autorité souveraine, l'ordre social en Allemagne, et disant à la France que c'était à l'empereur Napoléon seulement que l'empereur François faisait la guerre, était aussi jacobin que l'avait été Marat; que le moindre des maux qui pût résulter du système mis en avant par l'Autriche, eût été la même anarchie que pendant la guerre de Trente ans, s'il n'en eût résulté même le régime révolutionnaire ; que ces prétendus gens bien pensants de Pétersbourg, de Paris, comme de

4î6 LE TRAITÉ DE VIENNE, 1S09

Vienne, n'étaient autre chose que des anarchistes comme ceux de 93, qu'il n'y avait de différence que dans le costume; que ceux de 1809, habillés en prétendus royalistes, n'en attaquaient pas moins Tordre social, les uns en affichant partout en Allemagne les mots d'indépendance et de liberté germaniques, et les autres en blâmant toujours le souverain et frondant toutes les opérations du gouvernement ; qu'on ne devait pas plus de ménagements au gouvernement qui avait préconisé ce système désorganisateur et révolutionnaire qu'on n'en avait eu pour les fous qui avaient guillotiné pour établir leur rêve1.

Alexandre acquiesça. Mais il garda quand même Schwarzenberg auprès de lui, et il eut encore des ménagements pour le gouvernement révolutionnaire de l'empereur François. L'armée qu'il avait aux frontières de la Galicie autrichienne, sous le commandement du prince Serge Galitsyne, une belle armée de 60.000 hommes, ne se pressait point d'entrer dans le pays ennemi, quoique l'archiduc Ferdinand eût déjà pénétré très avant dans le grand-duché de Varsovie. Si Gaulaincourt se plaignait de la lenteur de l'armée russe, le tsar y trouvait des excuses : qu'il avait fait bien mauvais temps, qu'il avait beaucoup plu, que les chemins étaient peu praticables, que Galitsyne venait de marier son fils et qu'il ne fallait donc point s'étonner de quelque retard ; que d'ailleurs les généraux russes, comme on l'a pu voir dans la guerre de Sept ans, n'avaient pas l'habitude de conduire leurs opérations avec la fougue des généraux français ; qu'il fallait avoir quelque indulgence pour leurs méthodes coutumières ; que l'on avait eu bien du mal à organiser et concentrer cette armée, les meilleurs officiers étant alors employés à l'armée de Finlande et à l'armée du Danube ; qu'en effet il ne fallait pas oublier que les hostilités venaient de recom-

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