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CHAPITRE PREMIER

LA SITUATION POLITIQUE EN OCTOBRE l8o6.

L'échec des négociations entre la France et la Russie après le traité d'Oubril avait entraîné 1 échec des négociations entre la France et lÀngleterre et décidé la Prusse à la rupture. La quatrième coalition était formée.

On en a vu les prétextes et les raisons. Tout se ramène à cette proposition : l'Autriche vaincue à Marengo, Hohenlinden, Austerlitz, la Prusse avait espéré la suprématie de l'Allemagne, mais Napoléon la voulait pour lui. La Prusse, après la formation de la Confédération du Rhin, se fût peut-être contentée du partage de l'Allemagne avec la France ; elle essaya de former la Confédération de l'Allemagne du Nord. Napoléon s'y opposa ; il ne voulait pas d'autre prépondérance en Allemagne que celle de la France ; il ne voulait pas qu'une grande puissance allemande, Autriche ou Prusse, lui barrât le chemin de l'Orient.

La Prusse ne pouvait céder sans combat. Pour sauver au moins l'équilibre des influences, elle voulut obliger la Saxe à entrer dans son système. Napoléon se donna pour le défen-

seur de la Saxe et des libertés germaniques, comme en i8o5 il s'était donné pour le défenseur de la Bavière contre l'invasion autrichienne.

C'était la guerre.

La Prusse l'engagea. Hohenlohe occupa la Saxe, entra à Dresde. Bliïcher s'établit à Cassel ; l'électeur y consentit. C'était la Confédération du Nord en voie de constitution par force. Mais la solution de ce problème n'était pas simple, l'aveu de Napoléon y manquant. Le roi et la reine partirent pour le quartier général de l'armée le 21 septembre. L'enthousiasme était grand dans tout le pays : on rappelait le temps de Rosbach.

On a vu1 la note remise par M. de Knobelsdorf, ministre de Prusse, au gouvernement français : elle demandait que les troupes françaises fussent retirées de l'Allemagne sur la rive gauche du Rhin, et que la France ne mît plus d'obstacle à la formation de la ligue du Nord qui comprendrait tous les Etats non nommés dans l'acte fondamental de la Confédération du Rhin. Cette note fut accompagnée d'une longue lettre de Frédéric-Guillaume à Napoléon où le roi reprenait tous ses griefs et rejetait à l'Empereur la responsabilité d'une rupture qu'il n'avait pas désirée 2.

Napoléon s'en amusa : « Monsieur le prince de Bénévent, écrivit-il à Talleyrand, vous trouverez ci-joint la lettre du Roi de Prusse. C'est un mauvais libelle. Vous pourrez cependant prépaj?er une réponse, si jamais il la faisait imprimer. » Et plus loin : « Vous saurez que ce vieux fou de duc de Brunswick a écrit au roi de Wurtemberg une lettre où il le menace de planter l'aigle prussienne à Stuttgart : cela ne fera pas mal le pendant de sa proclamation d'il y a quatorze ans. »

Napoléon ne publia point la lettre du Roi de Prusse ; par

A Lefebvré, Histoire des cabinets de l Europe, H, 36o.

LA STTUA.TIOS POLITIQLE EN OCTOBRE 1806 27

contre il mit dans le Moniteur la réponse qu'il y fit, avec cette note plaisante : « Ceci a rapport à une lettre du Roi de Prusse, composée de vingt pages, véritable rapsodie que très certainement le Roi n'a pu lire ni comprendre. Nous ne pouvons L'imprimer, attendu que tout ce qui tient à la correspondance particulière des souverains reste dans le portefeuille de l'Empereur et ne vient point à la connaissance du public. Si nous publions celle de Sa Majesté, c'est parce que beaucoup d'exemplaires, en ayant été faits au quartier général des Prussiens, où on la trouve très belle, une copie en est tombée entre nos mains. » Il y avait en effet quelques phrases touchantes dans la lettre impériale : « Pourquoi répandre tant de sang? A quel but?... Si Votre Majesté m'eût demandé des choses possibles, par sa note, je les lui eusse accordées ; elle a demandé mon déshonneur, elle devait être certaine de ma réponse... Mais pourquoi faire égorger nos sujets ? Je ne prise point une victoire achetée par la vie d'un bon nombre de mes enfants... Si A otre Majesté écoute les furibonds qui, il y a quatorze ans, voulaient prendre Paris, elle fera à son peuple un mal que le reste de sa vie ne pourra guérir... Je prie A otre Majesté de ne voir dans cette lettre que le désir que j'ai d'épargner le sang des hommes1. »

Même en ces temps de violence on avait le souci de l'opinion.

L'audace de la Prusse était grande, et son imprudence aussi, de s'engager toute seule contre la France, sans alliés proches ni même sûrs.

Car son entente de dix ans avec la France, depuis le traité de Baie, avait été considérée par les autres puissances comme une sorte de trahison ; elle y avait gagné, notamment lors des sécularisations de i8o3 ; on le lui reprochait d'autant plus ; on la croyait capable de « trahir » encore si la France

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