‹ Napoléon et l'Europe; TilsitChapitre 37 sur 185 · Cf. M. Handelsman, 5g, 6j · texte numérisé non relu

Cf. M. Handelsman, 5g, 6j

« révolutionner » la Pologne; il en venait lui-même à redouter les mouvements révolutionnaires, où en effet son autorité, môme impériale, eût pu être débordée. Et ainsi une solution pouvait se recommander à lui : reconstituer la Pologne au profit de la Russie. Il eût par là donné satisfaction au principe des nationalités, gagné l'alliance intime de la Russie intéressée à rester unie avec la France pour contenir la Prusse et l'Autriche ; il eût consacré par cette alliance la grandeur nouvelle de la France dans ses vraies frontières, comme jadis, en organisant l'Allemagne à droite du Rhin sous l'hégémonie prussienne, il eût pu attacher définitivement à son système le gouvernement de Berlin .

Mais Napoléon voulait pour lui-même la Pologne comme l'Allemagne, abattre la Russie après l'Autriche et la Prusse, atteindre l'Orient.

Il donna donc quelques encouragements aux Polonais. Il ■voulut avoir Kosciusko auprès de lui : « Faites venir Kosciusko, écrivit il à Fouché dès le 3 novembre ; dites-lui de partir en diligence pour venir me joindre et sous un autre nom que le sien... Donnez-lui tout l'argent dont il aura besoin l. » Kosciusko ne vint pas en diligence ; il voulait des garanties de la part de l'Empereur : « Ne pense pas, disait-il un peu plus tard à un ami, qu'il va restaurer la Pologne; il ne pense qu'à soi-même; il déteste toute grande nationalité et plus encore l'esprit d'indépendance. C'est un tyran, son seul but est la satisfaction de sa propre ambition. Il ne créera rien de durable, j'en suis sûr. » Napoléon insista ; Kosciusko posa nettement ses conditions ; il demanda que l'Empereur promît par écrit et publiquement : 1 ° que le gouvernement de la Pologne serait organisé comme celui de l'Angleterre ; i° que les paysans seraient libres et propriétaires des terres sur lesquelles ls travaillaient; 3° que les frontières du royaume rétabli

i. C,orr, de Napoléon, XTII, 482.

iraient de Riga à Odessa et de Danzig à la Hongrie '. L'Empereur avait beaucoup de raisons, et d'excellentes, pour ne pas même discuter de pareilles exigences ; il faut bien reconnaître qu'elles étaient inadmissibles. On se passa de Kosciusko.

Napoléon était bien résolu pourtant à se servir de la Pologne ; elle pouvait jouer pour lui un rôle capital, au centre de l'Europe, aux portes de l'Orient. Il encouragea ses espérances. Berthier écrivait de sa part à Davout, le 17 novembre : « Je dois vous dire, et vous devez le faire connaître, que l'intention de l'Empereur est véritablement de proclamer l'indépendance de la Pologne, si elle fournit 4°-00° bons soldats sur lesquels on puisse compter comme si l'on avait un corps de 4°o°0 hommes de troupes réglées. » Ailleurs l'Empereur demande que la noblesse à cheval soit prête à payer de sa personne, et « qu'on se fie à lui sans rien exiger ».

Aux députés du palatinat de Posen, qu'il reçut le 19 novembre, il répondit : « Que la France n'avait jamais reconnu le partage de la Pologne;... que l'illustre nation polonaise avait rendu les plus grands services à l'Europe entière ; que ses malheurs avaient été le résultat de ses divisions intestines ; qu'il ne pouvait point leur promettre le rétablissement de leur indépendance puisqu'il ne devait dépendre que d'eux ;.. . que, comme Empereur des Français, il verra toujours avec un vif intérêt le trône de Pologne se relever, et l'indépendance de cette grande nation assurer celle de ses voisins menacée par l'ambition démesurée de la Russie; que cela dépend plus d'eux que de lui;... qu'ils pouvaient du moins toujours compter sur sa toute-puissante protection2. »

Il n'y a point d'engagement en toutes ces phrases ; il y a

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