D'après Sorel, VII, 161 (note). Driault. — Tilsit
98 LA POLOGNE. EYLA.U
être générale et honorable. Elle doit — et le bonheur de la France elle-même semble si essentiellement l'exiger — assurer l'indépendance et le repos futur de l'Europe sur un état de choses solide qui soit mis sous la garantie de toutes les puissances contractantes; elle doit enfin statuer équitablement sur les pertes des Puissances à l'indemnisation desquelles les cours de Russie et de Londres sont intéressées par des engagements solennels. Pour peu que ces principes fassent la base des conditions de paix sur lesquelles j'invite Votre Majesté Impériale à s expliquer franchement avec moi, je me tiens convaincu qu'avec les dispositions que manifeste de son côté le gouvernement britannique à faire dès lors des sacrifices propres à faciliter la paix, il nous faudra moins de semaines qu il ne fallut d années au congrès de Munster pour pacifier l'Europe.
« Nous proposons à Votre Majesté Impériale de faire assembler le nôtre dans la ville de Copenhague qui, située dans un pays neutre et également à portée de tous, semble à ce double égard l'endroit qui y convient le mieux. Autant il me p irait au reste désirable pour le bien général que l'Autriche intervienne dans les négocialions de ce congrès et que la Su-de y prenne part, autant à mon avis la participation de la Porte y serait-elle hors de saison, et vous-même, Sire, en jugerez probablement ainsi en apprenant, comme je puis vous le dire avec la plus complète certitude, que, loin d'avoir des projets sur l'empire turc, la cour de Russie n'exige de la Porte que le seul maintien des traités existants.
« Puissent les ouvertures que je viens de faire à Votre Majesté Impériale la déterminer à des explications qui amènent enfin celte paix que les vœux de l'humanilé réclament. Dès ce moment tous les miens seront remplis l. »
Le plus clair, en cette réponse un peu longue qui se pré-
i. Aff. Étr., Corr. de Prusse, vol. 240, fjS 35-38.
sentait avec un faux air d'ultimatum fie toutes les puissances par l'organe du gouvernement prussien, c'était que la Prusse se refusait à une négociation séparée ; et, sans connaître les propos de Bartenstein. Napoléon put juger la situation assez délicate... Mais aussi il vit bientôt qu'il y avait dans les propos! ions matière à des discussions préparatoires assez longues pour lui permettre de réparer toutes les pertes subies àEylau et d achever le siège de Danzig.
Ce fut sa tactique, heureux que les puissances ne fussent pas encore prêtes à l'action et conscient que leur entente était mal assurée et beaucoup moins parfaite que ne voulait le faire croire la letlre du roi Fréd rie-Guillaume.
Il ne fit répondre à la proposition d un congrès général qu'à la fin de mai. par Talleyrand sadressant au baron de Vincent, car c'est I Autriche qu'il s'agissait toujours de tenir écartée de la coalition en gestation : « Sa Majes'é, écrivait Talleyrand, invitée à faire connaître sur quelles bases il lui paraissait que les négociations dussent s'ouvrir, n'a p >int fait difficulté de déclarer sur-le champ qu'elle était prête à faire pour les alliés de l' Angleterre et de la Russie ce que ces puissances feraient p>ur les siens, de sorte qu'il y eût ég dite et réciprocité entre les deux masses belligérantes1. »
Cela n'était ni décisif ni compromettant. Cela donnerait encore quelques semaines de répit. Dès lors Napoléon était tiré d'embarras ; les pires conséquences que Ton pouvait attendre de la bataille d Eylau étaient parées ; la belle saison s annonçait ; Danzig se rendait, 26 mai. Encore un peu de temps, et l'on pourrait bâter et trancher d'un coup d épée ces négociations laborieuses.
Cependant les causeurs de Memel et Bartenstein cherchaient à s'entendre avec leurs alliés présomptifs, à faire la coalition annoncée.