‹ Napoléon et l'Europe; TilsitChapitre 59 sur 185 · LES PLANS DE FEMKENSTEIN · texte numérisé non relu

LES PLANS DE FEMKENSTEIN

Téhéran. Mais les Anglais demandèrent, en paiement du service qu'on attendait d'eux, l'île de Kharek et les meilleurs ports du Golfe Persique.

Ainsi les Russes s'avançaient le long de la mer Caspienne. I^s Anglais le long du golfe Persique. On trouvera là les origines d'une tradition politique qui, pour les deux peuples, n'a pas cessé de se développer depuis. Et, pour la Perse, la situation était la même que pour la Turquie : l'une et l'autre, contre les Russes et les Anglais, demandaient l'aide de Napol

Dès 1804, le schah de Perse avait sollicité l'amitié de la France; alors il annonçait à l'Empereur ses premières victoires, déjà étonnantes, sur la Russie : « Le tsar de Russie n'a pas fait réflexion qu'un moineau ne saurait établir sa demeure dans le nid d'un faucon, et que la tanière du lion ne peut pas êlre une retraite paisible pour une gazelle... Nos braves troupes, pour lesquelles la victoire est une habitude, sont tombées sur l'ennemi avec le sabre, l'épée, le poignard et la lance. »

Le grand vizir de Téhéran, Mirza-Chefy, écrivait en même temps à Talleyrand et lui rappelait l'amitié sincère et intime qui régnait depuis un temps immémorial entre la glorieuse cour de France et la Sublime Porte de Sa Hautesse, son « très auguste, très grand, très puissant, très formidable bienfaiteur et maître, l'Empereur, asile de l'Islamisme et de la vraie grandeur, le plus élevé des souverains, le plus illustre des sultans, le noble possesseur de l'empire de la haute justice, le héros du champ de lhonneur, l'ornement du trône de la félicité, l'éclat et la splendeur du siège de la souveraineté, le soutien des colonnes de la vraie foi, l'appui des fondements de la loi du chef des prophètes, le maître des deux continents et des deux mers, le serviteur des deux villes sacrées, etc. *».

1. Àrch. Nat., AF, IV, 1686. — E. Driault, La politique orientale de Napoléon, p. 1 j3.

Driault. — Tilsit. 10

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Divers agents français avaient d'autre part préconisé une alliance de la France avec la Perse, comme un moyen de disputer l'Inde aux Anglais ou au moins d'y faire une diversion utile. Escalon avait fait un premier rapport en ce sens. Puis Romieu et Jaubert avaient été envoyés en Perse pour étudier de plus près la situation ; Romieu était mort à Téhéran ; mais Jaubert avait été admirablement reçu, entouré des soins les plus prévenants, et, lors de son retour, escorté tout le long du chemin par un médecin et un eunuque l.

Les uns et les autres avaient constaté la fervente admiration des Persans pour la France et pour son Empereur. Dans le temps même où nous sommes arrivés, au printemps de 1807, Sébastian-! avait envoyé à Téhéran M. de La Blanche, un neveu de Talleyrand, secrétaire d'ambassade à Constantinople ; il avait été très favorablement accueilli par le schah, qui lui avait fait confidence d'un rêve, où il s'était vu rencontrant Napoléon et l'embrassant avec tendresse. Et comme La Blanche observait qu'une telle rencontre n'était pas impossible quelque part autour de Moscou : « Pourquoi, dit le schah. Napoléon ne met -il pas un de ses frères sur le trône de Russie? Nous serions amis et voisins. — Il mettra peut-être son frère Jérôme sur le trône de Pologne. — Il vaudrait mieux lui donner la Russie, ou la partager entre la France, la Turquie et la Perse. »

Et c'est dans ces excellentes dispositions que Mirza-Riza- Khan avait été envoyé en ambassade extraordinaire, avec des pleins pouvoirs, au quartier général de l'Empereur.

Napoléon s'y intéressa aussitôt. Il écrivit au schah le 3 avril 1807, de Finkenstein : « Beaucoup de troupes du Don, qui étaient opposées à toi, sont venues en Pologne. J'en

1. Cf. Alfred de Gardane, La mission du général de Gardane, Paris, i865. — Arch. Nat., AF, IV, 1686.

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ai fait prisonnières un grand nombre... Le sultan Sélim désire vivre en paix avec toi, resserrez vos liens ; les petites mésintelligences doivent disparaître devant les véritables ennemis... Arrête toutes les communications des Anglais avec les Indes : intercepte leurs courriers ; ils sont amis des Russes et nos ennemis. Apprends-moi bientôt que tu as obtenu dans cette campagne de nouveaux succès et que tu as fait du mal à l'ennemi commun \ »

Puis il fit venir Jaubert à Finkenstein, lui demanda un rapport circonstancié de sa mission. Jaubert lui donna les indications les plus intéressantes : — On attend Napoléon en Asie; son nom y est aussi grand déjà que celui d'Alexandre ; on le croit destiné à changer la face de 1 Orient. — Les troupes persanes ont de la valeur ; on peut faire fond sur elles, elles rendraient des services réels contre les Russes ou contre les Anglais. — La Perse a de constantes relations commerciales avec Samarkand, Boukhara, le Thibet, avec Kandahar et Tlnde. Il y a plus de 20.000 Hindous dans les bazars de Téhéran, et ils sont tous remplis de haine pour les Anglais. C'est aussi le sentiment du schah : « Si j'avais mis fin à cette guerre des Russes, dit-il, rien ne m'empêcherait de reconquérir sur les Anglais le patrimoine usurpé des enfants de Timour ; ce que les Persans ont fait tant de fois, ils peuvent le faire encore ; et qui pourrait leur résister s'ils avaient l'appui du héros de l'Occident ? »

C'est pourquoi Mirza Riza-Khan fut fort bien reçu à Finkenstein. On lui fit voir, dès son arrivée, vingt bataillons d'infanterie de la garde, puis trente escadrons avec trente pièces d'artillerie légère. Il en fut émerveillé, et comme terrifié; il n'avait jamais vu d aussi formidables troupes. L'Empereur lui donna de longues audiences, lui parla des antiquités de la Perse, des guerres des Parthes contre les Romains,

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