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LES PLANS DE FINKENSTEIN

Caulaincourt ayant proposé de prendre pour base de discussion une alliance offensive contre la Russie et l'Angleterre, le Turc se récria, admit qu'il fût question d'une « constante amitié », mais trouva le mot « alliance » très dangereux, et le mot « offensive » encore plus ; car, dit-il, un bon Musulman ne peut parler d offensive : « Notre loi, notre religion nous ordonnent de nous défendre ; elles nous prescrivent de ne jamais attaquer; et, si nous ne pouvons faire aucune guerre offensive, nous ne pouvons nous engager dans aucune alliance qui le soit. » Ayant ainsi parlé, l'ambassadeur fut pris dune grande envie de dormir1.

C était le vœu même de la Porte qu'on la laissât dormir; mais il y avait alors beaucoup de bruit autour d'elle.

Quoi qu'il en soit, les négociations n'allèrent pas plus avant, et on ne put rien conclure. Il n'y eut pas d'alliance entre la France et la Turquie, et Napoléon, lors de l'entrevue de Tilsit, était absolument libre d'engagements à l'égard de la Porte.

Et c'est pourquoi le nom de Finkenstein est surtout attaché à ses rapports avec la Perse. Le schah Feth Ali-Khan sollicitait lui-même 1 alliance de Napoléon, étant depuis plusieurs années en guerre avec la Russie à propos de la Géorgie. On connaît cette histoire : le tsar de Géorgie, Héraclius, chrétien, dépouillé d'une partie de ses Etats par ses voisins musulmans, s'était mis sous le protectorat de la Russie, et, en mourant, lui avait laissé son héritage. Feth-Ali ne le voulut point reconnaître, prétendit que le Caucase fût pour la puissance russe une barrière infranchissable, et des hostilités commencèrent qui devaient durer un quart de siècle.

A lepoque où nous sommes arrivés, le fils de Feth-Ali, Abbas-Mirza, qui commandait les troupes persanes, venait

i. Aff. Étr. Corr. de Turquie, à la date du 3 juin 1807 : Roux à Tallejrand.

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d'être battu, le 25 juin 1806, à Askéran et de perdre Bakou et le Daghestan. C'est ainsi que la Perse fut amenée à demander le concours de la France. Abbas-Mirza en écrivait quelque temps plus tard à Napoléon : « Les Russes ont débité d'avoir acheté la province de Géorgie et la ville de Guengé des enfants d'Erglc-Khan (Héracliusy et de Djoad Khan, gouverneur de cette dernière, et qu ils n'avaient pris les armes que pour y maintenir leurs droits. Or il y a deux choses à observer ici : i° il est absolument faux que ces pays leur aient été vendus ; 20 cette vente, fût-elle même réelle, n'en est pas moins illégale et contraire aux usages établis, puisqu'il est évident à tout esprit judicieux qu'un terrain ne peut être vendu que par le propriétaire légitime etnon par le cultivateur, et que le troupeau ne dépend que de celui à qui il appartient, etnon du berger. — Indépendamment de cette considération, il faut remarquer encore, que toute vente suppose nécessairement un prix ou une contre-valeur. Or il est notoire que le seul prix qu'aient perçu les enfants d'Erglé Khan et Djoad- Khan pour cette prétendue vente qu'on leur attribue, c'est la mort de l'aîné des dits princes, Gurgiu-Khan, qui a succombé aux chagrins que les Russes lui ont causés, celle de Djoad- Khan qui a misérablement péri sous leurs poignards homicides, et la dispersion du reste des enfants d'Erglé-Khan, dont plusieurs se trouvent prisonniers en Moscovie et les autres dépouillés de leurs biens, persécutés et sans espoir, réfugiés en notre cour \ »

Napoléon était donc assuré qu'en soutenant la Perse, il soutiendrait la cause du droit; Abbas-Mirza estimait sans doute qu'il en serait entraîné irrésistiblement à 1 alliance.

Le schah Feth-Ali s'était aussi adressé au gouvernement de Londres; il avait demandé du secours à Lord Minto, gouverneur général de l'Inde, qui avait envoyé sir John Malcolm à

t. AIT. Etr., Corr. de Perse, déc. 1807.

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