Dmowski, La question polonaise, Paris, 1909, in-ia
i66 TILSIT
de sa chancellerie, et le baron de Budberg rédigeait de son côté pour Lobanof des instructions moins hardies et moins originales ; on y retrouvera l'invincible défiance des Russes à Tégard de la politique napoléonienne, et cette tradition se devait reprendre dès le lendemain de Tilsit.
Ce programme de Budberg comportait essentiellement la reconstitution de la Prusse, autant que possible telle qu'elle était avant Iéna, sans aucune allusion à une annexion de la Bohême qui ne pouvait qu irriter à jamais l'Autriche ; la Prusse refaite devait être rigoureusement tenue à l'écart de la Confédération du Rhin.
Il n'y était point question de porter la frontière russe à la Yistule, car on ne voulait point mutiler la Prusse ; on lui prendrait seulement le district de Memel, sur la rive droite du Niémen, et même on lui donnerait en compensation les villes Hanséatiques.
Que si Ton demandait quel profit l'Empereur des Français garderait donc de ses victoires d'Iéna et de Friedland, il devrait être content de la dissolution de la coalition et de la reconnaissance des conquêtes qu'il avait antérieurement faites, de ses titres d'Empereur et de roi d'Italie ; encore cet article admettait-il quelques réserves.
« Le titre d'Empereur des Français ayant été décerné à Bonaparte par la nation, il n'y aurait aucun inconvénient à le reconnaître comme tel. Pour celui de roi d'Italie, il semble qu'il faudrait articuler plus précisément ce qui se comprend aujourd'hui sous la dénomination de royaume d'Italie, pour ne pas sanctionner d'avance et implicitement l'incorporation des Etats du pape et du royaume d'Étrurie. Pour la Ligue du Rhin, les rois de Bavière, de Wurtemberg, de Saxe, de Hollande, etc., quelque douloureux qu'il puisse être de reconnaître toutes ces innovations destructives de l'ordre de choses qui a subsisté jusqu'ici, il faudra bien en passer par là, s'il est une fois décidé qu'il faut faire la paix,