‹ Napoléon et l'Europe; TilsitChapitre 7 sur 185 · LA BARRIERE DE LEST · texte numérisé non relu

LA BARRIERE DE LEST

L'alliance avec la Suède, la Pologne, et la Turquie, avait été Tune des traditions les mieux établies de l'ancien régime. Napoléon la reprit, l'adapta à ses ambitions impériales, qui demeurèrent vaines, et pourtant, malgré son échec final, sa politique orientale eut des résultats considérables pour l'Europe.

Mais il faut d'abord rappeler les termes de cette tradition.

L'alliance suédoise remonte à Richelieu et Gustave-Adolphe ; les deux alliés ne s'entendirent pas très bien ni très longtemps, car ils se disputaient l'hégémonie de l'Allemagne. Après leur mort, les armées françaises et suédoises luttèrent ensemble contre les Impériaux, remportèrent ensemble de glorieuses victoires, sous le commandement de Turenne et de Wrangel, dictèrent la paix à l'Autriche. Dès lors l'alliance franco-suédoise était fondée ; elle traversa les deux siècles suivants.

Elle s'exprima essentiellement par les traités de Westphalie, où la France et la Suède gagnèrent ensemble d'im-

Driault. — Tilsit. i

a L EUROPE ORIENTALE ET NAPOLEON

portants territoires, l'Alsace d'une part, la Poméranie occidentale de l'autre, où elles garantirent ensemble la nouvelle condition de l'Allemagne, les libertés politiques et religieuses assurées aux princes allemands : en i8o3, lors de la délibération du Recès de la Diète germanique qui bouleversa le Saint-Empire, Gustave IV protestait encore, au nom des traités de Westphalie, contre les changements préparés. Il est vrai que sa protestation n'eut pas le moindre succès '.

S'il fallait relever jusque-là les principales étapes de l'alliance, on citerait les négociations d'Altranstadt où Charles XII faillit reprendre le rôle de Gustave- Adolphe, pour aller se perdre ensuite en Russie2; on rappellerait surtout les étroites relations entretenues par Gustave III avec la cour de France, son long séjour à Versailles avant son avènement,» son coup d'Etat de 1772, après lequel il entra plus intimement que tous ses prédécesseurs dans la clientèle française, comme il résulte en particulier des traités de 1783 et 1784 •" la France payait annuellement à la Suède un subside de i.5oo.ooo livres; moyennant quoi, la Suède entretenait les armements que la France jugeait nécessaires, et en 1788, d'accord avec le gouvernement de Versailles, Gustave III déclara la guerre à Catherine II, pour faire une diversion favorable à la Turquie. L'alliance, d'abord destinée à peser sur les affaires d'Allemagne, s'était détournée sur la Russie3.

L'alliance avec la Pologne était moins ancienne peut-être, mais prête à devenir plus intime, avec une chaleur de sentiment que l'alliance suédoise n'avait jamais excitée. Ce n'était pas le fait d'Henri de Valois, qui avait abandonné son

2. G. Syveton. Louis XIV et Charles XII. Au camp d'Altranstadt, Paris, 1900.

3. Geffroy, Gustave III et la cour de France. — Id.( Instructions aux ambassadeurs et ministres de France en Suède. — A.. Sorel, L'Europe et la Révolution française, I, 5o6, note.

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