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M. Handelsman, Napoléon et la Pologne

hiérarchie de fonctionnaires assurait l'action du pouvoir central sur les six diocèses et départements du grand-duché.

Il n'y avait pas en tout cela de quoi donner de grandes joies aux Polonais. Il faudrait lire à ce sujet les bulletins de M. Vincent, auditeur près le Conseil d'Etat, nommé alors commissaire de l'Empereur à Varsovie1. Ils révèlent nettement la déception et la secrète irritation d'un grand nombre de Polonais : presque tous sont attristés de ne rencontrer nulle part dans le statut le nom de Pologne ; beaucoup éprouvent une sorte de colère à n'être officiellement que des « \ arsoviens » et ils s'en plaignent hautement ; ils souffrent que leur patrie ne soit reconstituée qu'en partie, que beaucoup de leurs plus belles provinces aient été laissées aux Russes, aux Autrichiens, que le traité de Tilsit n'ait pas réalisé leurs espérances. Les grandes familles s'inquiètent de l'établissement de l'égalité sociale, de la fin du servage qui en effet compromet gravement leurs intérêts, de la prochaine proclamation du Code Napoléon.

Dans tout le pays, la persistance du provisoire entretenait le malaise : le roi fut quelque temps à se rendre à A arsovie où on l'attendait pour consacrer par sa présence l'établissement nouveau; la commission de gouvernement demeura en fonctions, administra le grand-duché avec l'aide de Davout. Les destinées de la Pologne demeuraient incertaines.

Les personnages les plus influents conseillaient à leurs compatriotes de patienter, d'avoir confiance en l'empereur Napoléon, qui en somme ne devait rien aux Polonais et qui sans doute ne voudrait pas laisser son œuvre inachevée. Ils observaient que déjà on avait obtenu des satisfactions sérieuses, qui étaient comme des garanties pour l'avenir ; la Pologne était confiée au gouvernement du roi de Saxe ; mais elle avait sa constitution particulière: elle était bien

i. AIT. Étr., Corr. de Pologne, vol. 324, f"9 196 et s.

DE TILSIT A SAINT-CLOUD 'io5

indépendante ; la patrie était retrouvée. L'égalité sociale, l'inspiration démocratique venues de France, y préparaient désormais la fusion des classes nécessaire à la constitution d'une véritable nation.

Car il ne s'agissait pas seulement de restaurer l'ancienne Pologne avec les malheureuses traditions dont elle était morte. Il fallait plus de temps pour fonder la Pologne nouvelle.

De Dresde, Napoléon rentra à Paris le 27 juillet à cinq heures du matin. La nouvelle s'en répandit aussitôt dans toute la ville qui, le soir venu, s'illumina spontanément1. Le lendemain, les corps constitués se rendirent à Saint- Cloud pour présenter à l'Empereur leurs hommages et leurs félicitations. Ils avaient épuisé d'avance toutes les formules de la louange ; ils étaient embarrassés pour trouver du nouveau : « Napoléon, dit le premier président de la Cour d'appel, M. Séguier, est au delà de l'histoire humaine: il appartient aux temps héroïques, il est au-dessus de l'admiration. Il n'y a que l'amour qui puisse s'élever jusqu'à lui. »

Napoléon se reposa quelques semaines à Saint-Cloud. « Tout le monde, dit Sorel, le trouva changé : engraissé, ramassé, non alourdi, mais le buste court et épais, les petites jambes charnues, le teint plombé, le front chauve, la figure affectant la médaille romaine2. Il ne reste plus rien du Corse aux cheveux plats, du jeune homme énergique, pâle et svelte, qui s'élançait dix ans avant à la conquête du monde. Tout en lui, alors, annonçait le héros ; tout en lui désormais dénonce l'Empereur. »

Il jouit quelque temps de ses victoires prodigieuses, avec la discrétion et la souveraine majesté que lui avait données l'habitude de vaincre; il lui plut de célébrer avant tout la

i. A. Lefebvre, Histoire des cabinets de l'Europe, III, 121.

■2. D'après le duc de Broglie, Souvenirs, I, 57. — Sorel, VII, 190.

Grande-Armée, à laquelle il donna la iête triomphale du i5 août, la fête de la paix et de la gloire.

Le 16 août, il ouvrit la séance du Corps législatif par un discours dont le ton aidera à fixer les traits de son personnage à cette date.

« Si la maison de Brandebourg, qui, la première, se conjura contre notre indépendance, règne encore, elle le doit à la sincère amitié que ma inspirée le puissant Empereur du Nord... Toutes les nations se réjouissent d'un commun accord de voir F influence malfaisante que l'Angleterre exerçait sur le continent détruite sans retour. La France est unie aux peuples de l'Allemagne par les lois de la Confédération du Rhin; à ceux des Espagnes, de la Hollande, de la Suisse et des Italies, par les lois de notre système fédératif. ..

« Français, votre conduite dans ces derniers temps, où votre Empereur était éloigné de plus de cinq cents lieues, a augmenté mon estime et l'opinion que j'avais de votre caractère. Je me suis senti fier d'être le premier parmi vous.

« Si, pendant ces dix mois d'absence et de périls, j'ai été présent à votre pensée, les marques d'amour que vous m'avez données ont excité constamment mes plus vives émotions. Toutes mes sollicitudes, tout ce qui pouvait avoir rapport même à la conservation de ma personne, ne me touchaient que par l'intérêt que vous y portiez et par l'importance dont elles pouvaient être pour vos futures destinées.

« Vous êtes un bon et grand peuple ! » *

Le 24 août, le ministre de l'Intérieur faisait aux députés l'exposé de la situation de l'empire. Il disait les résultats obtenus par tant de victoires, la Prusse accablée, la Russie obligée de demander la paix, la Pologne relevée, la Perse et l'Empire ottoman éveillés par le bruit de ces triomphes, l'Asie entière soulevée à la voix de l'Empereur pour seconder

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