‹ Napoléon et l'Europe; TilsitChapitre 97 sur 185 · Cité par E. Denis, L'Allemagne de 1789 à 1810, p · texte numérisé non relu

Cité par E. Denis, L'Allemagne de 1789 à 1810, p

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Les classes populaires n'étaient pas plus hosliles à l'influence française que les classes cultivées. Les suites du blocus ne furent vraiment accablantes que plus tard, réserve faite des villes banséatiques où elles furent aussitôt ruineuses. La conscription fut lourde de bonne heure et on devait se lasser vite du despotisme militaire. Cependant la jeunesse allemande se prêta volontiers à l'éducation des camps, et commença d'éprouver avec une sorte d'orgueil le sentiment de l'honneur et le culte du drapeau, d'abord même du drapeau aux trois couleurs de France. Elle ne se refusa point aune admiration quasi religieuse pour le génie surnaturel qu'elle attribuait à l'Empereur ; elle fut fière d'être de la Grande-Armée.

Au fond, l'Allemagne jouissait avec délices des bienfaits nouveaux de la Révolution, et elle était prête, pour cela, à une rapide assimilation avec le reste de l'empire français : fusion qui pouvait être durable, malgré la Prusse et malgré l'Autriche, qui ne représentaient alors qu'un passé social désormais condamné ; fusion dont certains traits ont duré : après le Saint-Empire à jamais déchu, c'était l'empire de la Révolution étendu sur l'Allemagne, et malgré la chute de Napoléon, il n'a pas cessé son action sur elle.

Napoléon passa en Italie la plus grande partie du mois de décembre 1807. Parti de Fontainebleau le 16 novembre, il était à Milan le 2 1 ; c'est de Milan qu'il devait dater, le 1 7 décembre, le décret qui donna au blocus continental son caractère définitif, en y englobant, pour ainsi dire, le monde entier : l'Angleterre ayant prétendu imposer aux neutres la visite et le passage dans ses porls, Napoléon « dénationalisait » les vaisseaux neutres qui se soumettraient à cette exigence, les considérait comme anglais et les traitait comme tels. Plus de neutres donc : toutes les nations du globe sont dès lors entraînées dans la querelle de la France et de l'Angleterre.

Le moment eût pu être exceptionnellement dramatique ; mais l'intérêt essentiel de la conquête napoléonienne n'est pas en ce sens.

Joseph, le roi de Naples, vint passer quelques jours à \enise auprès de l'Empereur ; on en fit autour d'eux des commentaires variés. On racontait que sans doute les deux frères avaient voulu prendre les arrangements nécessaires à la nouvelle organisation de l'Occident, en exécution des clauses de Tilsit. Car, comme on ne connaissait pas les conditions des traités de Tilsit, on les inventait, on imaginait que Napoléon avait laissé à la Russie l'Orient, toute la Turquie d'Europe,

l'Asie même jusqu'à des limites indéterminées ; et qu'il s'était réservé tout l'Occident, l'Italie, Rome, l'Espagne qui serait enlevée aux Bourbons, l'Afrique, c'est-à-dire Alger, Tunis, l'Egypte. Il semblait qu'en tout cela l'Espagne fût réservée à Joseph, et ce n'était pas si mal trouvé l !

Y Milan, Napoléon reçut une lettre du roi d'Espagne, Charles IV, qui lui demandait pour le prince des Asturies la main d'une princesse de la famille impériale. Napoléon songea peut-être à une fille de Lucien, Charlotte. Il se rencontra avec Lucien à Mantoue ; Lucien refusa, avec la même énergie que par le passé, de se séparer de Mme Jouberthon, mais il consentit à envoyer sa fille à Paris. Charlotte n'y plut pas, ou ne s'y plut pas, revint bientôt chez ses parents ; il ne fut plus question de son mariage avec le prince des Asturies, qui du reste avait cessé d'être un bon parti 2.

En somme, en ce voyage d'Italie, Napoléon s'occupa plus de l'Italie que de l'Espagne, et sans doute il n'y a pas lieu d'en être surpris ; quand il voulut régler les affaires d'Espagne, il alla à Bayonne.

Il reçut à Milan la visite de sa soeur Elisa, princesse de Lucques. Il eut de nombreuses conférences avec Eugène, sur la situation de l'Italie, sur Rome, sur la négociation engagée avec le pape, sur les mesures à prendre pour assurer l'organisation de l'Italie dans le système impérial.

Il séjourna longuement à Venise ; il y vit le roi et la reine de Bavière ; il donna le coup d'œil du maître aux établissements de marine, aux fortifications d'Udine et de Palmanova.

Il se mit en rapport avec Marmont. Il donna des instructions pour l'occupation et le ravitaillement de Corfou par la Dalmatieou par Brindisi. Il se renseigna sur les pachas et sur

i. Cf. du Casse, Mémoires de Joseph, IV, 246-247, note. 1. Cf. P. Marmottan, Lucien Bonaparte et Napoléon en 1807 , dans la Revue historique, t. LXXIX, mai 1902.

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les populations de la région de la mer Adriatique ; il lut les dépêches de David, consul à Traunik, de l'adjudantcommandant Mériage, en mission à Widdin.

Ce voyage de Venise est une vue sur l'Orient, comme le voyage de Mayence, en 1804, avait été une vue sur l'Allemagne, avant la destruction du Saint-Empire. Talleyrand avait écrit à Joseph au lendemain d'Iéna :

« Une campagne si brillamment commencée doit finir bientôt. Il ne restera d'affaires à terminer en Europe que celles de Sainte-Sophie '. »

ISapoléon veilla à l'application du blocus continental en Italie. Mais le blocus contre l'Angleterre n'explique pas tout ce qu'il fit en ce pa\s.

Il n'était pas content de la régente d'Etrurie. Dans le temps où les démêlés qu'il avait avec la papauté prenait de la gravité, elle laissait au clergé de son royaume une influence prépondérante. Elle faisait de fréquentes et longues retraites dans les couvents, aux Camaldules, à Vallombreuse, à Arezzo, à Cortone ; elle avait un culte fervent pour la Vierge miraculeuse qui avait aidé les Arrétins à chasser les Français en 1799. A la date où nous sommes arrivés, elle créa une Académie de religion, ou députation des bonnes mœurs, qui fut une sorte de tribunal secret d'inquisition. Elle laissait publier de nombreux pamphlets contre la France et contre l'esprit philosophique venu de France. Le jeune roi son fils vivait au milieu des moines, des reliques et des ornements d'Eglise, et cette politique semblait avoir ainsi devant elle de l'avenir.

Ce fut sa condamnation. Elle n'avait même pas pour l'Empereur les égards indispensables. Lors du couronnement de Milan en i8o5, elle n'avait rien fait pour aller le saluer au passage, sinon à Milan, du moins à Bologne, à douze heures

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