L ALLEMAGNE NAPOLÉONIENNE '2J
Jean de Millier écrivait à son frère : « Dans tout, dans les institutions, on aperçoit les germes d'une transformation complète, d'un développement tout à fait nouveau du caractère allemand, et vraiment, pourquoi tout ne deviendrait-il pas plus grand et plus vivant ? * »
Il convient de saisir, au moins par quelques traits, ce moment de l'histoire de l'Allemagne, qui ne devait avoir que quelques années de durée.
Les princes allemands en étaient encore à se réjouir d'être affranchis de la domination des Habsbourg. Ils n'avaient naturellement pas le sentiment de l'unité nationale, qui ne pouvait qu être contraire à leurs intérêts ; leurs revenus avaient été sensiblement améliorés par les sécularisations, et ils se complaisaient dans leur fortune nouvelle. Ils imitaient parfois avec zèle l'administration de la France, faisaient des efforts pour être dignes de leur illustre protecteur : ainsi le prince d'Anhalt-Kœthen, souverain d'un Etat de 28.000 habitants, y introduisait les constitutions de l'empire français, avec conseil d'Etat, cour de cassation, préfets et sous-préfets. Frédéric de Wurtemberg resta un vrai tyran ; mais le grandduché de Bade, à l'imitation de la France, eut une administration très éclairée. Maximilien-Joseph et son ministre Montgelas, introduisirent dans le gouvernement de la Bavière des réformes qui furent très populaires. Sans doute elles étaient la suite de la tradition du despotisme éclairé qui avait commencé avec Frédéric II et Joseph II de changer la condition sociale de l'Allemagne ; mais justement ces maximes s'accordaient fort bien avec celles de la Révolution Française. Il n'était pas davantage impossible de concilier les enseignements de l'Ecole de Weimar avec ceux de la Constituante et de toute la philosophie française du xvmc siècle. Et l'on pouvait beaucoup espérer d'une telle harmonie.