Aff. Etr. . t^orr. de Toscane, vol. i5g b, f
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suite érigea le gouvernement général des Etats de la Toscane en grande dignité de l'empire sous le titre de Grand-Duché, au profit de la princesse Elisa de Lucques et de Piombino. Le grand-duché de Toscane ne devait pas avoir sous l'empire d'autres destinées.
Ce traité de Fontainebleau, qui mettait fin au royaume d'Étrurie. était donc après six ans la contrepartie absolue de celui d'Aranjuez qui l'avait fondé. Alors Napoléon avait fortifié, d'ailleurs pour s'en servir, la puissance des Bourbons en Italie. Maintenant, n'ayant plus besoin d'eux, il prenait leur place à Florence et à Parme comme à Naples. C'était le retour des Bonapartes au berceau de leur race. C'était aussi le développement normal de la politique italienne de Napoléon, qui prenait dès lors un aspect singulièrement imposant: — Général de l'armée d'Italie en 1 796-1797, déjà Bonaparte avait semblé régner de Mombello sur toute la péninsule; président de la République Italienne en 1802, roi d'Italie en i8o5, il en poursuivait irrésistiblement la conquête.
Entre Naples et Florence désormais il tenait Rome.
On se rappelle le grand débat qui s'était élevé entre Napoléon et le pape au lendemain d'Austerlitz : « Votre Sainteté est souveraine dans Rome, écrivait Napoléon ; mais j'en suis l'Empereur. » Et le pape avait répondu : « Il n'y a pas d'Empereur de Rome. » C'était la formule fondamentale de. leur divorce, auquel il n'y avait pas de conciliation possible.
Non seulement le pape n'était pas disposé à admettre, sous quelque forme que ce fût, l'autorité impériale sur ses Etats. Mais il maintenait les anciens droits de la suzeraineté pontificale sur le royaume de Naples ; il refusait d'y reconnaître Joseph ; il revendiquait les principautés de Bénévent et de Ponte-Corvo que Napoléon venait de donner à Talleyrand et à Bernadotte. Il opposait donc, même au temporel, la souveraineté du Saint-Siège à la souveraineté de l'Empereur.
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Dès lors les relations ne pouvaient être que très difficiles entre l'un et l'autre.
Les mauvaises nouvelles de l'hiver 1806-1807, notamment celle d'Eylau, où la fortune de l'Empereur avait paru arrêtée, avaient été accueillies à Rome sans déplaisir. Aussi toutes les querelles, petites ou grandes, qui étaient pendantes avec la France, restèrent-elles sans aucune solution. Napoléon espéra les trancher à coups d'épée par ses victoires sur la Prusse et sur la Russie.
Mais l'épée ne peut rien en ces matières. La victoire, en augmentant les exigences de l'Empereur et le zèle d'Alquier, son ministre à Rome, ne fit que hâter l'inévitable rupture. D'autres conflits d'ailleurs étaient nés depuis un an. Le pape se refusait à l'application du concordat italien à cause des règlements administratifs qui, selon lui, en avaient modifié le caractère. Il prétendait que l'annexion de la Vénétie au royaume d'Italie devait entraîner de nouveaux arrangements. L'empereur, comme roi d'Italie, avait nommé quatre prélats à des évêchés vacants : le pape, sous les prétextes précédents, leur refusait son investiture spirituelle, et la situation se trouvait par là assez délicate l.
Au retour deTilsit, en passant à Dresde, Napoléon annonça l'intention de régler tout cela, rapidement. Le 22 juillet il adressa à Eugène la lettre que celui-ci devait envoyer à Rome et dont il espérait un effet décisif.
Le vice-roi y disait au pape : « Si Votre Sainteté est vraiment mue par le sentiment de ses devoirs et du bien de la religion, qu'elle envoie de pleins pouvoirs au cardinal légat à Paris, et en huit jours tout cela finira. Si elle ne veut point prendre ce parti, son pontificat aura été plus funeste pour la cour de Rome que celui où l'Allemagne, le Nord et l'Angleterre se séparaient d'elle. »
1. Aff. Étr., Corr. de Rome, vol. 940, fu" 34-37, 41-46, 65-83.
Puis Eugène citait les principaux passages de la lettre de l'Empereur ; il s'y trouvait des phrases vigoureuses : « La cour de Rome prêche la rébellion depuis deux ans ; elle la prêchée à Lucques, elle la prêche en Italie. Que veut faire Pie VII en me dénonçant à la chrétienté ?... Il ne resterait plus au Saint-Père qu'à me faire couper les cheveux et à m'enfermer dans un monastère. Croit-il notre siècle revenu à l'ignorance et à l'abrutissement du ixe siècle ? Me prend-il pour Louis le Débonnaire?... Le pape actuel est trop puissant ; les prêtres ne sont pas faits pour gouverner ; qu ils imitent saint Pierre, saint Paul et les saints apôtres, qui valent bien les Jules, les Boniface, les Grégoire, les Léon. Jésus-Christ a dit que son royaume n'était pas de ce monde. Pourquoi le pape ne veut-il pas rendre à César ce qui est à César ? Est-il sur la terre plus que Jésus- Christ ?
« ... Je tiens ma couronne de Dieu et de la volonté de mes peuples ; je n'en suis responsable qu'à Dieu et à mes peuples. Je serai toujours Charlemagne pour la cour de Rome, et jamais Louis le Débonnaire ! »
« Très Saint-Père, continuait le prince Eugène, cette lettre n'était pas faite pour être mise sous les yeux de Votre Sainteté... On veut lutter de puissance, et, j'ose dire, d'orgueil, avec un souverain que nous ne pouvons comparer qu'à Cyrus et à Charlemagne. Etait-ce ainsi qu'en agissaient envers Cyrus le patriarche de Jérusalem (?) et envers Charlemagne les pontifes qui régnaient de son temps à Rome?... Dans le fond il n'y a dans tout ceci que fort peu de chose à faire ; mais il n'est pas juste que les mouches s'attaquent au lion et le piquent à petits coups d'aiguillon ; elles percent à peine sa peau, mais enfin elles l'irritent... Les mauvais conseillers de Sa Sainteté ont déjà troublé son repos. Ils sont sur le point de convertir le plus beau pontificat que l'histoire nous offre depuis saint Pierre
en un pontificat le plus ruineux et le plus désastreux pour Rome1. »
En somme Napoléon voulait que toutes les discussions engagées fussent réglées par le cardinal-légat Caprara muni de pleins pouvoirs à cet effet. Le pape ne voulait pas confier une pareille mission à Caprara, qu'il savait désormais dominé par la puissance de Napoléon et par le prestige de sa gloire.
Il annonça l'intention d'envoyer à Paris le cardinal Litta. Napoléon le repoussa ; c'était, disait- il, un ennemi de la France qui avait voulu empêcher le pape de venir au sacre ; et l'Empereur proposa le cardinal de Bayanne, un Français. C'est pourquoi le pape ne l'accepta point; au lieu de Litta, il désigna Pacca : « Pacca ? s'écria l'Empereur, encore un ennemi de la France ! Il est de Bénévent : vient-il à Paris reconnaître son souverain, le prince de Bénévent, ou le braver? » Et il insista pour avoir le cardinal de Bayanne.
A ce moment le bruit se répandit en Italie du prochain voyage de l'Empereur. L'opinion y fut tout agitée du « grand événement de ce voyage ». On se persuada que Napoléon, cette fois, irait jusqu'à Rome, et que sans doute il y fixerait les destinées de la péninsule et de la papauté même par quelque grande solennité d'un caractère décisif. Le pape déclara à Alquier la joie qu'il avait éprouvée en apprenant les intentions de l'empereur Napoléon, et qu'il renouvellerait volontiers pour lui l'hommage autrefois rendu par les pontifes à Charlemagne en le consacrant comme empereur d'Occident. Il n'était plus guère question de cela, et il ne plaisait pas à Napoléon d'aller à Rome sur invitation du pape, comme son hôte, puisque, comme il l'avait dit l'année précédente, il en était l'empereur.
Cependant, peut-être par l'effet de quelque inquiétude, et
t. Aff. Etr. Corr. de Rome, vol. 940, (° io4-n4- — Correspondance de Napoléon, XV, 44 1 447 • — Ed. Driault, Napoléon en Italie, 5o4-5o7.
Druvlt. — Tilsit. \".
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pour ne pas exciter de redoutables colères, le pape désigna le cardinal de Bayanne pour le voyage de Paris et le fit partir aussitôt ; mais il ne lui donna que des pouvoirs restreints.
Napoléon le sut par Alquier. Il ordonna aussitôt à Eugène d'arrêter le cardinal sur le chemin, de ne pas le laisser passer Milan, de l'y retenir jusqu'à ce qu'il eût des pleins pouvoirs, de le renvoyer à Rome s'ils tardaient. Le cardinal avait déjà passé Milan, en route pour Turin. Eugène fit courir après lui, le ramena à Milan; ce qui donna beaucoup démotion.
En même temps le général Lemarois, qui était à Fontainebleau auprès de l'Empereur, fut envoyé en Italie pour y prendre possession, au premier ordre qu'il en recevrait, du duché d'Urbin, de toute la Marche d'Ancône, des provinces de Macerata et de Fermo.
Le pape, décidément enrayé de ce qui se préparait, Ht encore une concession, d'ailleurs la dernière ; il adressa à Bayanne les pleins pouvoirs exigés ; le cardinal se remit en route et arriva à Paris sans autre accident, dans les premiers jours de novembre. L'Empereur s'amusait de ces concessions successives ; il n'en fut pas encouragé à la modération.
Champagny avait préparé la note complète des revendications du gouvernement impérial. Mais il ne s'agissait plus seulement des petites querelles du passé ; le terrain du débat se trouva tout d'un coup singulièrement élargi : il embrassa en vérité tous les rapports du sacerdoce et de l'empire.
Au temporel, Napoléon voulait absorber Rome, avec toute l'Italie, dans son système, dans une confédération italienne, comme il avait absorbé l'Allemagne dans la Confédération du Rhin ; il fallait que la cour de Rome se liguât avec lui « contre les Infidèles et les Anglais » : — « Si le pape était seul sur le continent qui voulût rester attaché aux Anglais, le devoir du chef de l'empire serait d'y réunir immédiatement cette partie de ses domaines. » On ne voit pas ce que par suite le pape aurait gardé d'indépendance.
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Au spirituel, en dehors des affaires secondaires relatives notamment au Concordat d'Italie, l'empereur voulait surtout une refonte complète du collège des cardinaux. « La première preuve, avait-il dit, que la cour de Rome puisse donner de ses dispositions à se rapprocher de la France, ce serait d'admettre dans les conseils où se traitent les affaires de l'Eglise un nombre de cardinaux français qui fût, relativement au nombre des cardinaux romains, allemands ou espagnols, qui y seraient appelés, en proportion avec la population des Etats auxquels ils appartiennent. »
Formule en apparence au moins justifiée, mais qui, par l'immense étendue de l'empire napoléonien, eût mis le collège des cardinaux, et l'élection du pape à la merci de l'Empereur.
En conclusion, disait Champagny, si le pape refusait de se rendre à ces propositions, 1 Empereur en appellerait pour les affaires ecclésiastiques à un concile général, et il agirait au temporel comme aurait agi Charlemagne.
Dès ses premières conversations avec le ministre, le cardinal de Bayanne annonça l'intention de céder sur « le système fédéra tif contre les Infidèles et les Anglais » sans que l'on pût savoir encore s'il s'agissait dans sa pensée d'un système permanent ou d'une alliance occasionnelle pour la durée de la guerre .
Du reste, la discussion, à peine entamée, fut interrompue par le départ de l'Empereur et de Champagny pour l'Italie. Bayanne dut se morfondre six semaines à Paris. Il eut des nouvelles pour se distraire.
Dès son arrivée à Ancône, le général Lemarois avait pris possession officiellement, au nom de l'Empereur, de tout le duché d'Urbin, de Macerata et des villes de la Marche ; il avait déployé le titre de gouverneur général de ces trois provinces ; il avait renvoyé à Rome les fonctionnaires du Saint- Siège.
L'alarme fut considérable autour du pape. Pour lui, il en
éprouva surtout une grande douleur, et il y prit la résolution d'une résistance qui devait être invincible.
Il écrivit aussitôt au cardinal de Bayanne pour suspendre tous les pouvoirs qu'il lui avait donnés, ainsi que ceux du cardinal-légat : « Préparez- vous à vous en retourner à Rome. Dieu et le monde nous feront justice contre les procédés de l'Empereur quels qu'ils puissent être. »
La lutte prit dès lors le caractère le plus dramatique.
Lorsque lEmpereur fut revenu d'Italie à Paris, le 2 janvier 1808, le cardinal de Bayanne, sur ordre de Rome, demanda ses passe-ports ; ils lui furent aussitôt remis l. Mais Napoléon affecta de voir dans cette démarche une déclaration de guerre, et il ordonna des mesures militaires en conséquence.
Miollis, de Florence, dut marcher sur Pérouse et Foligno, y faire sa jonction avec les troupes de Lemarois, les prendre sous son commandement et les conduire à Rome ; tout de même, il devait prendre seulement le titre de commandant la division d'observation de l'Adriatique.
Ainsi soutenu, Alquier devait présenter au Saint-Siège une note qui avait le ton d'un ultimatum 2 : — Sa Majesté, disait Champagny dans sa dépêche du 11 janvier 1808, ne veut réellement rien ôter au pape ; elle veut que le pape entre dans son système ; elle veut exercer dans les Etats du Saint- Siège la même influence qu'à Naples, en Espagne (?), en Bavière et dans les Etats de la Confédération... Si la cour de Rome, par une suite de l'aveuglement qui l'égaré, fait de nouvelles imprudences, elle s'expose à perdre sans retour ses Etats temporels ; un décret publié immédiatement casserait la donation de Charlemagne et réunirait les Etats de l'Eglise au royaume d'Italie. Cette mesure n'aurait rien de contraire à l'autorité spirituelle du Saint-Siège ; ce n'est pas sur la
1. AIT. Éfcr., Corr. de Rome, vol. 941, f08 5, 7. u. Aff. Etr., Corr. de Home, vol. 941, f08 17-22.
souveraineté temporelle de Rome que s'est appuyée la religion, et, si la conduite du pape forçait à rendre ce décret, il serait facile de faire ressortir les maux que cette souveraineté a faits à la religion, et d'opposer la vie humble de Jésus-Christ à celle de ses successeurs qui se sont faits rois.
« Telles sont donc les vues de l'Empereur, concluait Champagny ; il ne veut pas être maître de Rome ; mais il veut y régner autant que cela est nécessaire pour que Rome suive son influence, pour que la politique de la France devienne celle de Rome, pour que leurs intérêts se confondent, et que, dans le \aste système qu'il établit, cette petite planète n'ait point une marche rétrograde et contraire à celle des grands corps qui l'environnent et qu'elle doit suivre dans leur route. »
En apprenant la prochaine arrivée des troupes de Miollis, le pape fit venir Alquier et lui dit, avec un grand accent de fermeté : « Il n'y aura point de résistance militaire ; mais j'ordonnerai qu'on ferme les portes de Rome. Je me retirerai au château Saint-Ange avec les personnes qui voudront ni'ao compagner ; on ne tirera pas un seul coup de fusil parce que j'ai en horreur l'effusion du sang ; mais il faudra que votre général fasse briser les portes. Je me placerai à l'entrée du fort ; les troupes seront obligées de passer sur mon corps, et l'univers chrétien saura que l'Empereur a fait fouler aux pieds celui qui l'a sacré. Dieu fera le reste ! »
Alquier fut ému, supplia fort dévotement le pape de ne pas le tenir pour responsable de la funeste mission dont il était chargé, écrivit à Paris pour prier qu'on évitât ce scandale. Ghampagny ne fut pas ému : « Sa Majuaté, écrivit-il, sait par expérience qu'il ne faut pas fairp grand cas des rodomontades des prêtres italiens. » Alquier fut sévèrement blâmé, rappelé, suppléé par Lefebvre !.
Les catastrophes annoncées ne se produisirent point. Le