CHAPITRE IV
Accord des puissances contre la France. — Pièges tendus par Xapoléon aux diplomates anglais conspirateurs. — Leshabiludesde travail du Premier Consul décriles par liii-mème. — Preuics certaines des complots. — Révélations de l'éliidiant. Querelle. — Causes de l'arrestalion du duc d'Euyhien. — Les précédents en matière de violation de territoire. — Le jugement du duc d'Kngliien. — Soidèvemeut de colère dans les Cours d'Iùirope. — Attitude exagérée de la Russie. — Le i)ays des meurtres princiers. — La lausseté de la douleur d'Alexandre I". — La Prusse, après réflexion, renonce à prendre le deuil. — Silence motivé de l'Autriclie. — Volte-lace successives du roi de Pni.sse. — Empressement de Frédéric-tîuillaume à reconnaître la dijniité impériale de Xapoléon. — L'Autriche s'arroge un double litre impérial. — Embarras de François II vis-à-vis de la Russie. — \ erve caustique du Tsar. — L'insolence des Cours ii l'égard de l'empereur des Français. — La couronne impériale proposée à la Prusse par Napoléon. — L'affaire Rumbold. — Amende honorable de l'Empereur. — Déceptions du parti de la guerre à Berlin. — La sollicitude de .Vapoléon lui gagne le sentiment public prussien. — Lu deuil à prendre par condescendance pour la Prusse devient une affaire d'Etat à Paris. — Comment l'Empereur s'habillerat-il? — La remise de la décoration de l'Aigle noir au moment du couronnement à Milan. — Pourquoi Wapoléon recherchait tant l'alliance prussienne. — Ostracisme de l'Europe. — Situation exceptionnelle de Xapoléon. — Admiration (jui lui est due pour la grandeur de sa tâche et les difficultés qui lui sont suscitées.
— Singulières combinaisons prêtées à Xapoléon au sujet du camp de Boulof;ue.
— Alexandre champion de l'ICurope contre la France. — Les lettres confidentielles de l'empereur de Russie et de l'empereur d'.^ulriche. — Les puissances résolues à attaquer la France un an avant ([ue Xapoh'on songe à la guerre d'.^utriche. — Prétextes donnés aux yeux des peuples. — La sainte croisade. — Alexandre accuse Xapoléon de vouloir se iaire proclamer le.AIessie. — Légende de la monarchie d'Occident. — -Son origine. — Les explications de Xapoléon. — Les coalitions n'ont pas attendu la venue de Bonaparte. — Ce sont elles qui ont forcé Xapoléon à étendre progressivement sa domination. — Les trônes distribués à la famille impériale. — Les étrangers pourvus avant les parents de l'Empereur. — Les exemples antérieurs. — Les causes tle la déchéance de la reine de Xaples.
— Félonie de cette souveraine. — Trahison de la Cour d'Espagne. — Indignité de la famille royale. — Les derniers Bourbons régnants. — L'acquiescement de l'Europe à tous les actes de Xapoléon.
Si ce n'est par leur haine commune de la France, par leur désir de la rabaisser au rang de puissance infime, ou expliquera
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difficilement l'attitude des souverains envers Napoléon. Le traité secret conclu entre la Prusse et la Russie vient de consacrer l'union de toute l'Europe pour favoriser moralement, en attendant mieux, les projets de l'Angleterre. Par une anomalie singulière toutes les sympathies sont donc pour la nation qui, par la violation brutale d'un traité, a rendu la guerre inévitable, tandis que l'animadversion va vers le Premier Consul. Qu'a4-il fait pour cela? 11 s'est épuisé en efforts pour que les neutres imposent une médiation; il ne s'est pas lassé de solliciter une alliance dont le but final aurait été d'empêcher que les hostilités ne s'étendissent sur tout le continent. A quelque point de vue qu'on se place, les appels à la médiation, la recherche d'une alliance destinée, qu'on le voulût ou non, à servir de contrepoids aux décisions violentes, ne sont pas les symptômes de la folie furieuse des batailles. Rester sourd à de telles propositions, excommunier pour ainsi dire leur auteur, le vouer à l'immolation au lieu de mettre sa franchise à l'épreuve, c'est peut-être un acte de haute politique; ce n'est sûrement pas une œuvre de bonne foi. L'absence de scrupules, de loyauté chevaleresque chez les rois traditionnels d'alors fut sans doute d'un funeste exemple pour celui que le hasard des révolutions venait de porter au pouvoir suprême.
Le dernier refus qu'il essuya de la Prusse lui fit voir combien son isolement était complet. Il en aurait eu plus tôt la certitude, si son esprit s'était arrêté sérieusement à ce fait que ses assassins avaient le champ libre par toute l'Europe et qu'ils y pouvaient tramer ouvertement les attentats les plus odieux sans que les gouvernements se fissent scrupule d'intervenir. Les uns étaient complices; les autres fermaient complaisamment les yeux. Quand les conjurés manquaient leur but principal après avoir fait de nombreuses victimes, les Cours demeuraient impassibles et silencieuses. A peine la Prusse, tout en se gardant de flétrir les criminels, osait-elle exprimer en termes vagues « la joie
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qu'exprimait son roi de voir le Premier Consul triompher des complots de ses ennemis (1)» .
Par contre, tous les cabinets européens, celui de Prusse parmi les plus pressés, poussèrent des clameurs d'indignation lorsque Kapoléon, dans sa situation exceptionnelle, prit à son tour des résolutions exceptionnelles, plus admissibles de la part d'un seul contre tous que de tous contre un seul.
Dès la fin de 1803, le Premier Consul acquit la conviction que l'Angleterre ne voyait aucune indignité à transformer ses légations limitrophes de la France en espèces de bureaux de recrutement oii tout individu, animé soit d'une haine, soit seulement d'un esprit de lucre, était assuré de trouver appui et subsides, pourvu qu'il fût décidé à aller jusqu'au crime pour débarrasser l'Europe de l'homme redoutable qu'était le chef du gouvernement français. Les noms de ces diplomates conspirateurs sont : Drake, ministre anglais à Munich; Spencer Smith, ministre anglais à Stuttgart; Taylor, ministre anglais àDarmsladt; Frère, ministre anglais à Madrid. A côté de ces étrangers doivent figurer eu second plan d'Antraigues et de Vernègue, émigrés irréconciliables qui, à Dresde et à Rome, où ils étaient fonctionnaires au service de la Russie, travaillaient parallèlement et avec zèle au même but que les Anglais.
Afin d'avoir en main la preuve formelle des agissements de Drake à Munich, ou lui tendit un piège : des émissaires adroits lui furent envoyés de France et surent gagner sa confiance. L'un d'eux, Mehée de la Touche, se donnant comme une victime et un ennemi du Premier Consul, parvint à obtenir de Drake des lettres delà plus haute importance, en outre de sommes d'argent considérables. Devant la gravité de cette découverte, Napoléon rédigea lui-même les instructions à donner aux agents secrets. Le 1" novembre, il écrivit au ministre de la justice : " Je désire
(1) Bi(;\(>\, III, 361 ; Thibaudeau, III, 53-3.