Sommaires et bases
Copie envoyée le 22 novembre 1806 à Maret par Thadée Mostowski.
1. Analogie frappante des races slavonnes avec la nation française: existence d'un attachement réel et réciproque et par conséquent facilité d'une alliance durable à l'avenir.
2. Les Allemands entièrement différents, opposés de caractère, de mœurs, d'intérêts, ne peuvent jamais être amis sincères de la France. La Russie, gouvernée par des princes allemands, agitsous leur influence quoique d'une manière opposée aux vœux de ses peuples, en grande partie slavons.
3. L'établissement d'une paix générale et solide à l'avenir sur le continent européen semble donc exiger outre : a) la division de l'Allemagne en principautés indépendantes et fédérées sous la protection de la France, ayant chacune un gouvernement mitigé, afin que l'ambition de quelque souverain n'y soit point assez puissante pour troubler la tranquillité commune ; 6) l'émancipation des diverses races slavonnes de sous l'ancienne ou récente domination des Teutons; c) le rétablissement de laPologne en puissance librement, mais fortement constituée, qui soiten étatdetenirenbride l'Orient et qui, faisant partie de la grande fédération, soit alliée et protégée de la France.
4. A cet effet, la Pologne ne saurait avoir un Roi allemand ni polonais, mais il lui faut nécessairement un Prince français: il faut de plus, tendre à confondre désormais autant que possible, ses intérêts et pour ainsi dire à l'identifier avec la France.
o. La Pologne ayant, dans ces derniers temps, perdu ses constitutions et ses lois et s'étant trouvée soumise à trois régimes Handelsman. 12
nS NAPOLEON ET LA POLOGNE.
différeiils, est par là même susceptible dans ce moment de recevoir, avec quelques modifications, les constitutions, la forme de i:ouvernement et les lois françaises, déjà assez rapprochées en principe de la Constitution polonaise du 3 mai 1791.
6. Une Diète ou assemblée nationale décréterait donc à la fois: a) l'hérédité de la couronne dans la famille d'un Prince français ; h) une Constitution et des lois calquées sur le mode français (*); c) les individus des deux nations auraient également droit de cité chez l'une comme chez l'autre; d) alliance, liberté de commerce, d'échanges, de translation de l'un à l'autre pays sans nulles entraves; e] enseignement de la langue française, conjointement avec la nationale dans toutes les écoles primaires de Pologne ^ on pourrait aussi faire enseigner le polonais dans quelques lycées français) ; fj enseignement militaire pareil et des corps d'au moins 10 à 20.000 hommes échangés de deux en deux ans de l'un à l'autre pays, etc.
7. Mais pour qu'au moyen de ces arrangements un Prince français souverain de la Pologne put régner sur un pays d'une assiette solide, dont la position géographique fut forte par ellemême, il semble qu'il serait nécessaire de l'étendre jusqu'à ses limites naturelles, qui sont -.l'Oder à l'Occident, la Baltique au Nord laDwina et le Dniepr à l'Orient, la mer ?soire et les Crapaks [sic] au Midi.
*La Pologne étant un pays essentiellement et uniquement agricole on commencerait par établir que tout homme pourrait désormais y acquérir une propriété foncière et que tout homme devenu propriétaire devenait, par cela même, libre et citoyen; ce qui déjà contribuerait puissamment à l'abolition du servage des paysans. Si d'ailleurs on craignait de prononcer cette abolition sur-le-champ, on pourrait lui assigner un terme de trois années, afin que tout propriétaire eut à prendre des arrangements avec ses vassaux durant cet intervalle, passé lequel tout paysan serait libre de sa personne et de se transplanter à volonté.
Une maladie qui me met entre les mains des chiinirgiens me retenant ici, je prends la liberté d'invoquer la bienveillance que
\ aire Excellence a daigné me témoigner, en faveur de M. Batowski, porteur de la présente, Polonais, membre distingué de la Diète .nstitutionnelle de 1701 et Ministre résident de Pologne en Courlande, établi depuis plusieurs années en France et marié avec une Française. S. E. le Ministre de la Police générale lui adonné une lettre pour S. E. M. le Maréchal du Palais et il mérite toute ( onliance de la part du Gouvernement auquel il est à même de donner des renseignements exacts en Pologne sur les hommes et -ur les choses. Propriétaire moi-même en France et en Pologne, il m'est pénible d'avoir été dans la nécessité de tarder à me rendre de suite à l'invitation que M. le Ministre de la Police m'avait faite également de partir sur-le-champ pour le quartier i:énéral de Sa Majesté, surtout dans un moment oii, par penhant comme par conviction, j'eusse vivement désiré coopérer, utant qu'il serait en moi, à confondre désormais l'existence et les intérêts de la Pologne dans ceux de la France. En attendant, appelé par le dit Ministre à lui soumettre quelques idées sur ma patrie, je l'ai fait et, j'ose croire, qu'elles ne seraient pas désavouées par la majeure et saine partie des Polonais. C'est pourquoi je prends la liberté d'en envoyer copie à Votre Excellence, trop heureux si elles pouvaient obtenir l'approbation du héros réparateur qui rend la vie aux nations.
Je prie, etc.
'Arcli. SaL. A. F., IV, 1692, dos. 2. n» 51.)