‹ Napoléon et la Pologne, 1806-1807Chapitre 139 sur 182 · Mémoires de Wybicki (1806 ou · texte numérisé non relu

Mémoires de Wybicki (1806 ou

a). Observations sur les ressources pécu.maires DE LA Pologne

Que Iques observations relatives aux ressources pécuniaires de la Pologne .

Biens Nationaux.

Il n'y a aujourd'hui aucun pays en Europe qui ait tant de ressources pécuniaires dans les biens nationaux que la Pologne. Leur valeur monte à des milliards. En voici le détail :

1) Les domaines des Rois qui faisaient une partie directe de leurs revenus, appelés en polonais dobra stolowe (biens de la table).

2) Les biens ecclésiastiques, qui tous ont été sécularisés.

.3) Les starosties — elles ont été converties au profit du fisc.

4) Le grand fief de la couronne, c'est-à-dire le Grand-Duché de Courlande et de Semigalle.

5) Les terres et même des provinces entières qui appartenaient au fisc du Gouvernement, c'est-à-dire :

a) Le pays des cosaques de Zaporow ( ! ) sur le Borysthène, dont la Pologne n'a jamais cédé la possession;

6) Les terres dont nos usurpateurs ont récompensé la lâcheté de leurs favoris ;

c) Les terres des Polonais traîtres confisquées par le tribunal du dernier Gouvernement de Pologne.

La régie de ces biens publics n'est pas admissible d<ins tous les rapports, mais un système de finances bien entendu en conseille

1 Wybicki, 219.

ANNEXES. m

la vente à l'enchère. Par celle opération seule, la Pologne consti- (uée clans un gouvernement stable et vigoureux, assurant à chacun sa propriété, deviendrait, j'ose le dire, comme par enchantement^ riche, peuplée, etc. Voici quelques détails sur cette opération économique :

1' La publication d'une telle vente dans l'Europe entière;

2) La liberté d'une telle acquisition accordée à tout homme, de quelqu'élat et de quelque relij^non qu'il soit;

3 L'ni' même famille ne pourrait en acheter que pour la somme de i millions de florins de Pologne (X. B. un florin de Pologne \aut douze sols de France) au maximum et pour six cents florinsau minimum;

4) L'acheteur verserait sur-le-champ le quart du prix convenu dans le Trésor public; le reste de la dette est hypothéquée par privilège sur l'acquisition entière, à lintérêlde quatre pour cent, payable sans aucune réclamation au Trésor;

:> Il faudrait excepter de celte vente les forèt'^ qui fournissent du bois de construction et de quelques forets destinées aux parcs, et aux chasses du Roi, etc.

Tels sont les points principaux de lopération en question.

Voici les avantages qui en résulteraient pour le pays :

la Pologne dépeuplée gagnerait en population;

la Pologne s'enrichirait ;

la culture des terres, entre les mains de tant de propriétaires llorirait ;

les manufactures et les fabriques s'établiraient ;

les sommes versées dans le Trésor mettraient le Gouvernement

u état de pourvoir aux avances nécessaires pour la formation de I armée, la construction des forts, l'établissement des arsenaux, des grandes routes et autres.

Knlin les sommes versées dans le Trésor public pourraient être -mployées par exemple '.cent millions de florins de Pologne à former une banque royale, auxquels cent millions en papier pourraient ctre 'I joutes, assurés sur les biens nationaux. Un tel établissement -'•rail d'une utilité incalculable.

Tels sont les idées que j'ose présenter à S. M. lEmpereur et Roi. >i elles sont agréées, je prendrai la liberté de mettre au pied de on Irùne qu-lques détails relatifs au local. J'en ai quelques con-

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naissances, parce que j'ai servi ma malheureuse patrie au delà dr trente ans, tantôt comme fonctionnaire public, tantôt comme Nonce à la Diète de mon Palatinat et représentant des villes.

Le célèbre Zamoyski, chargé par la Nation de la confection du Code civil, m'appela auprès de lui pour le seconder dans ses travaux.

6). Observations géographiques sl'r la Pologne

Quelques observations sur la Pologne en cas qu'il plût à Napolé«'»n le Grand de la rétablir.

Etendue.

On ne parle pas ici des limites de la Pologne sous la race des Piastes, lorsqu'elle possédait encore la Silésie, la Lusace, etc. La Pologne, sous la race des Jagellons s'étendait depuis laBaltique jusqu'à la mer Noire. La partie orientale de la Bessarabie, depuis connue sous le nom de Tartarie de Budziak, située entre l'embouchure du Dniepr, du Dniestr et du Bog, ainsi que la ville d'Oczakow qui appartenait à la Pologne. Ses Rois, conjointement avec les Ducs de Lithuanie établirent dans ces contrées des colonies : les Tartares n'eurent d'abord que la permission d y faire paître leurs bestiaux. Lorsque Bajazet mit le siège devant Constantinople Yladislas Jagellon, Roi de Pologne, cédant aux vives instances de l'empereur d'Orient envoya par mer des vaisseaux chargés de blé. Ce n'est que sous Sigismond !«' que les Tartares, appuyés des Turcs, commencèrent à empiéter sur ce territoire de Bessarabie. Les Russes le leur ont enlevé depuis peu. Mais les Polonais ne se sont jamais dés'stés, par aucun acte public, de leurs droits sur une possession aussi précieuse.

On ignore l'intention de S. M. I. et R. quant à la prolongation du Royaume de Pologne de ce côté-là, mais il est d'un intérêt majeur, pour tous les rapports politiques et commerciaux, de réintégrer la Pologne dans cette possession. On y gagnerait Oczakow, Kinburn, Cherson, Odessa, etc.

Sur la Baltique, la Pologne a eu le port de Dantzig depuis 1457, dont le roi de Prusse s'est emparé en 1793. En Livonie elle

posséilait Uiga et Revel, deux ports très importants, depuis I06I. Elles nous furent enlevées par les Russes en 1721. Outre ces deux ports, nous en avons eu encore un dans le voisinage de M-'Uiel, c'est-à-dire celui de Poianga, qui, depuis Jean Casimir, est abandonné, mais cjui, rétabli, pourrait être d'une très grande utilité pour le pays.

Du côté de rOrient les frontières de la Pologne s'étendaient au delà du Borysthène ou Dniepr, vers Moskow. Les Palatinats de Smolensk, Siewierz, Czernichow et la riche Ukraine furent occupés par la Russie en 168G. Ouant à la ville de Kiow, elle n'était donnée que pour deux ans en gage aux Russes, ils en sont rest**s maîtres Jusqu'à présent. On ignore l'intention de S. M. quant aux limites de ce côté-là mais le Dniepr ou le Borysthène paraît y former la limite naturelle.

Du côté de l'Occident la Pologne se prolongeait également vers la Baltique, par la possession de la Poméranie qui lui fut successivement enlevée par la Prusse. Telle était la position physique de la Pologne qui, avec le sol le plus fertile, ses fleuves navigables et les rives des deux mers, était l'Egypte de l'Europe. Il ne lui manquait qu'un < Gouvernement stable pour tenir la balance du Nord *^t être d'un grand poids dans celle du Midi, Aussi la politique de la France visait, de temps immémoriaux, à procurer à la Pologne une Constitution vigoureuse et à s'unir avec elle.

.Sans le caractère léger de Valois devenu Roi de Pologne, l'intérêt commun de ces deux Nations eût été cimenté. Louis XIV fit d^s propositions avantageuses à Jean .Sobieski relativement à l'union des deux peuples. Louis XV suivait le même plan. La famille de Conti fut proposée plus dune fois pour occuper le trùne de Pologne. Mais il était réservé à Napoléon le Grand d«' rétablir et de donner une Constitution politique à la Pologne et de lunir d'un intérêt commun avec la France.

Il a fallu des siècles pour nous désorganiser et une réunion bizarre de trois puissances divisées d'intérêts pour consommer l'ouvrage de notre destruction. Un moment suffit dans les hautes conceptions de Napoléon pour faire renaître la Pologne. Lui seul confond ses ennemis et peut la remettre à sa place politique, que la nature lui a assignée.

[Arch. \at. A. F., IV, IGS:, dos. Pologne, V^ "î-8.)

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