Correspondance du général Sokolnîckl
a) Hauke à Sokolnicki, Nowie. 13/11 1807.
Le général Dombrowski sait très bien que notre insurrection se désorganise de jour en Jour, mais il est très difficile d'y remédier particulièrement lorsque l'on se trouve en présence de l'ennemi. En attendant il ne faut pas désespérer, mais toujours faire son devoir. S. E. M. le général Dombrowski vous ordonne, Monsieur le général, de transformer les forces insurrectionnelles des provinces de Posnanie, Gnesen, Inowroclaw, Brest de^ Kujavie, Bydgoszez (Bromberg) et de Poméranie en troupes régulières et de mettre un seul commandant à leur tète. Le général doit former un second corps semblable avec les forces insurrectionnelles des provinces de Rawa, de Mazovie et de Lenczyca et remettre le commandement de cette force à un seul officier. Tout ce qui fait partie des forces insurrectionnelles des provinces de Kalisz, Sieradz et Wielun doit être renvoyé de l'autre côté de la Vistule sous les ordres du général Zayonczek. Ces généraux des palatinats obligés de retourner chez eux devront vous remettre, Monsieur le général, un état nominatif des officiers et des hommes qui restent dans leurs divisions. S. E. M. le général Dombrowski a donné Tordre au général Axamitowski d'envoyer à Chojnice sous vos ordres ce qu'il aura de disponible [en français] du 11* régiment d'infanterie. S. E. le général Dombrowski considère comme une fable la nouvelle que les Prussiens se sont montrés en force sur notre aile gauche. Si cela est, ce n'est que le résultat de la désobéissance du général Lubinski et du colonel Garczynski. S. E. le général Dombrowski s'en rapporte entièrement â votre prudence. Monsieur le
^'énéral, pour y ivmédier et pour que les déserteurs isolés et les prisonniers prussiens no jettent pas Falarme parmi les nôtres.
(Traduit du polonais.)
b Sokolnicki ù Trzebuchowski, Orle, 8/11 1 1807.
Il nie .serait très agréable, Monsieur, de vous avoir comme «amarade, mais comme je n'ai reçu aucun avis au sujet de votrenomination au grade de général de brirrade, je vous prie, par conséquent, de me présenter votre nomination atin que je puisse la faire mettre à l'ordre du jour des troupes; je sais seulement que ce titre ne peut vous être attribué, si vous commandez des troupes régulières et le titre de général-major est un titre conservé suivant l'ancienne coutume aux grades de chefs de cavalerie (Rotmeister ou capitaines pro honore. En ce qui concerne les insurgés des palatinats, suivant la volonté du Grand Napoléon le vainqueur du monde, d'après les décrets de la Commission de (iouvernement et sur Tordre de S. E. le général Dombrowski, chevalier du grand-aigle de la Légion d'honneur et commandeur de l'ordre de la couronne de fer, il sera formé avec eux des régiments réguliers et leur organisation m'a déjà été entièrement confiée. Il ne peut désormais exister aucune brigade portant le nom d'un palatinat quelconque et d'autant plus celle de Kujavie qui a donné, étant sous mes ordres, les preuves du plus honteux manque d'obéissance et de discipline. Je suis amené ainsi à faire le même reproche à un citoyen aussi brave que vous, Monsieur. Pour satisfaire cependant votre désir plein de zèle et en considération de vos mérites civiques, j'ai suspendu la formation d'un régiment de cavalerie polonaise composé de soldats réguliers jusqu'à votre retour. Je vous demande, par conséquent, si c'est dans votre intention également d'accepter ce régiment et de vous occuper de sa formation ou non, afin que je puisse dans ce dernier cas le confier à un autre. Je vous prie de me donner à ce sujet votre réponse définitive et immédiate aujourd'hui, car le mouvement que je dois exécuter ne peut être retardé. Je dois vous prévenir que le commandant de ce régiment n'a droit qu'au titre de colonel, car d'après les règlements en vigueur dans l'armée française, un général de brigade ne commande jamais person-
qiellement un régiment mais Ta sous ses ordres en temps de guerre et suivant les circonstances avec son commandant respectif.
(Traduit du polonais.)
c) Sokolnicki à Trzebuchowski, Orle, 9/1 II 1807.
Excusez-moi, Monsieur, si la hâte qu'exigent les affaires et les besoins du service ne me permettent pas d'entrer dans une plus longue correspondance. Ce n'est ni le moment, ni le lieu de -discuter la longue série des mérites et celle plus longue encore des protecteurs. Je suis habitué au service dans l'armée régulière, €t dans le service je ne connais pas de frères, mais des soldats, et je ne puis considérer comme soldat celui qui modifie les ordres de ses supérieurs et ne les exécute pas. Je vous répète, Monsieur, que je ne puis vous reconnaître et que je ne vous reconnaîtrai •comme général de brigade, tant que vous ne m'aurez pas présenté votre nomination. Je dis général de brigade et non pas « généralmajor commandant de cavalerie (rotmeister) de palatinat, » car cela est totalement différent. Je vous demande en plus une dernière fois : Voulez-vous organiser et commander la moitié de cavalerie régulière ou non ? car je prendrai instamment des mesures sévères pour exécuter la mission et les ordres qui m'ont été donnés. Au lieu de vouloir éloigner de moi les soldats qui m'ont été confiés, je veux, au contraire, les avoir plus étroitement sous ma direction pour qu'ils puissent devenir plus aptes à rendre des services à la Patrie; la moitié de Tordre équestre est déjà organisée et partira sur la ligne demain sous mon commandement. Deux escadrons du régiment du colonel Lubinski sont également entièrement organisés et se trouvent à l'avant-garde en marche à l'ennemi, et puisque notre destination ne peut être changée, faut-il que je laisse en arrière les malheureux (orphelins) dont vous ne voulez pas. Le brave Trzebuchowski pourra-t-il supporter dans son âme la pensée de rester en arrière et d'être remplacé par un autre à cause de son obstination, de sa vanité et de son amour-propre. S'il est sensible à la voix d'un ami, qui a plus de vénération pour lui qu'il ne le fait paraître, contrairement à tant d'autres qui sont accoutumés à le tromper par de fausses louanges et des llatteries, il prendra le
(ommandement des escadrons de Mazovie et d'Inowroclaw et les réunira comme des frères à ses enfants de Kujavie. Il formera avec ces derniers quatre compagnies complètes qui doivent constituer deux escadrons d'hommes prêts ta entrer en campagne,, de 80 soldats, 8 sous-officiers ,namiestnik) et 3 officiers qui. >pront provisoirement un porte-drapeau, un sous-lieutenant (podporucznik. et un lieutenant (porucznik). Avec le reste il formera un dépôt pour la formation d'autres escadrons. Il m'enverra un état nominatif des hommes et des effets rédigé avec soin pour être approuvé, et se présentera lui-même ce soir pour recevoir de nouveaux ordres. C'est cà cette seule condition que nous pourrons nous pardonner mutuellement nos fautes, nous embrasser en versant des larmes et vivre dans une amitié constante et une indissoluble hainionie,
(Traduit du polonais.)
rfi Sulkowski à Sokolnicki. I.angfurt, 22/lV, 07.
En un mot aucun des nôtres n ose se montrer dans la rue ; les
Français nous montrent au doigt, nous reprochent Stolpeet nous traitent de brigands et de gueux tout haut que nous sommes sous. vos ordres. Telle est la récompense de nos services et de notre bravoure. Cependant nous n'avons retiré aucun bénéfice privé dans l'affaire de Stolpe, et il est bien malheureux qu'elle ait été aussi indignement représentée aux yeux de Français.
(Mss. Sokolnicki.)
e M. Sokolnicki à Pathod. Langfurt le 25/III 1807.
Je m'empresso de vous instruire que plusieurs officiers des levées nationales qui ont étés confiées à mon commandement et que j'ai eu ordre d'organiser provisoirement, partent sans mon autorisation et cherchent, par leur exemple, à dissoudre les corps dont ils faisaient parties. Ils s'y croient autori.sés par l'ordre du jour qui a été publié à la 3° division militaire et dont (on) leur a délivré des extraits. Cet ordre du jour dit positivement que toutes les levées doivent être incorporées dans des régiments réguliers les soldats seuls, et quant aux officiers et aux généraux départementaux ils
doivent sur-le-champ quitter leurs places et se rendre dans leurs foyers oi( ils doivent attendre de nouveaux ordres pour leur destination ultérieure .
Placé dans un poste d'honneur, puisqu'il est en présence de l'ennemi et dans une activité continuelle, j'ai fait tout ce qui est «n mon pouvoir pour ramener les esprits par la persuasion; mais je vois avec douleur que l'exemple donné par le général départemental Lubienski et l'abus le plus insigne d'une autorité la plus illusoire a triomphé de tous mes efforts. Cet officier s'est permis non seulement de quitter le premier son poste depuis quelques jours et de partir définitivement le 23 dernier sans mon autorisation, non seulement il a cherché à exciter un mécontentement général pour se donner l'air d'être regretté au point que son ■départ devait entraîner tous les officiers et les soldats même devaient après lui le suivre, mais en outre il a délivré des congés définitifs à plusieurs officiers et soldats sans m'en donner aucun avis et il en emmène même plusieurs avec lui. Je joins ici un de ces congés en original et je vous prie de remarquer que la date de ce congé est du 24, que j'ai pris sur un officier qui partait avec des chevaux et des effets volés. Il est mis aux arrêts, sa •voiture et les chevaux sont dans ma cour et j'ai envoyé un oflicier avec 6 cavaliers à la poursuite de quelques autres qui sont partis de la même manière. Veuillez, M. le Général, transmettre ce rapport à S. E. M. le maréchal d'Empire Lefebvre, afin que je puisse être à couvert des reproches et des désagréments qu'une pareille inconduite de ce chef peut me mettre dans le cas d'essuyer. J'ai déclaré à tous ces messieurs qu'ils se mettent dans le cas d'être |)oursuivi(s; criminellement et que, quant à moi, quoique hors du parti qui m'est assigné par l'organisation de l'armée je persévérerai dans mon devoir tant qu'il me restera un soldat pour commander et que la volonté de S. E. M. le Maréchal d'Empire m'y retiendra. Je sens tout ce qu'il y a de périlleux et de désagréable pour un commandant dans une pareille circonstance, mais le dévouement doit être passif et l'intérêt du service ne saurait composer avec l'intérêt personnel. Tels ont toujours été mes principes ■et j'ai appris encore à les mieux connaître sous les drapeaux des vainqueurs du monde où j'ai eu l'honneur de servir.
J'ai l'honneur, etc.
{A/l\ Etr. Pologne 324, f» III.)