‹ Napoléon et la Pologne, 1806-1807Chapitre 163 sur 182 · Poniatowski à Talleyrand · texte numérisé non relu

Poniatowski à Talleyrand

■a) Varsovie, 2 avril 1807, joint à la lettre de M. de Talleyrand du 3 avril 1807.

Monseigneur!

Je m'empresse de mettre sous les yeux de V. A. tout ce qui se présente pour expliquer les rapports qui sont parvenus k S. M. l'Empereur sur la désorganisation des troupes polonaises.

Le vice le plus positif de l'ancienne Constitution polonaise ^tait la possibilité de mettre en mouvement une masse d'hommes qui, plus attachés à leurs privilèges qu'à leurs devoirs militaires, n'étaient utiles que pour les différents partis qu'ils voulaient soutenir et nullement propres à une défense régulière basée sur le bon ordre et la discipline. Le Gouvernement polonais, voulant obvier autant que possible au vice de cette formation première, publia un Universal par lequel, remerciant les généraux, les officiers et les propriétaires que leur physique ou leur moral rendait peu propres au service militaire et leur permettait de retourner -dans leurs foyers, avec la condition expresse de fournir cà leur place des suppléants, qui feraient le service de soldats. Des officiers de ligne et dans les grades, qu'autorisait l'organisation décrétée, devaient prendre leur place et le commandement de cette cavalerie, qui devait être subdivisée en 6 régiments. Il était ordonné par moi aux généraux de division commandant les légions de coopérer et de veiller à l'exécution de cette mesure. Ainsi si le désordre existe, c'est la faute de ceux qui étaient chargés des détails, puisque toutes les précautions ont été prises pour empêcher qu'il n'ait lieu. D'ailleurs les officiers commandants et détachés autorisés

souvent par des ordres que l'urgence des circonstances exige, ne suivent pas avec exactitude ce qui leur est prescrit pour l'organisation des corps. Cependant, vu le désordre qui a présidé aux premières levées de toute arme, ce n'est qu'en faisant passer tout par les voies que prescrit la discipline militaire, le service et le bon ordre, qu'on pourrait espérer de parvenir à des résultats satisfaisants.

Je ne manquerai pas, Monseigneur, selon l'injonction que vous m'avez fait l'honneur de me communiquer, de mettre sous les yeux du Gouvernement la lettre que vous avez bien voulu m'adresser. Je ne doute pas qu'il n'emploie toutes les mesures qui dépendent de lui pour remplir les intentions de S. M.

Les régiments de la 1^^ légion ne sont point portés au complet jusqu'à présent par les raisons que je vais déduire à V. A.

Je sais qu'ordinairement les dépôts ne sont point compris dans le complet des régiments ; mais en vertu de l'organisation dont S. M. l'Empereur a bien voulu communiquer les bases àla Commission de Gouvernement et qui a été arrêtée conformément à ses intentions, les dépôts ont dû faire partie du complet des régiments.

Quant aux malades, il a été toujours d'usage, dans le service polonais, de les compter dans le complet des corps, d'autant que leur nombre n'étant pas aisé à déterminer d'une manière fixe, celui des hommes de remplacement ne pouvait que difficilement suivre les variations journalières des listes d'hôpitaux. Je n'ai dans toute ma légion que 14 à l.'iOO prisonniers russes. Si les maladies se sont étendues également sur tous les individus qui en font partie, c'est que le dénuement absolu de tout dans lequel ils se sont trouvés pendant la plus grande partie de l'hiver, le service actif qu'ils ont fait dans cet état, exposés aux rigueurs de la saison et l'irrégularité du service des vivres, ainsi que la mauvaise qualité qu'en fournissent très souvent les manutentions françaises, ont du nécessairement entraîner cette conséquence.

Si la V* légion en formation à Varsovie se complète difficilement malgré toute l'aclivité des soins qu'on y apporte, c'est : 1° qu'elle a commencé à s'organiser la dernière ; son quatrième régiment, par les raisons dont je n'ai pas manqué de rendre compte en son temps à S. A. S. le prince de Neufchàtel n'est en

formation que depuis peu de semaines; 2° que les départements qui composent son cantonnement, déjà très peu peuplés par euxmêmes, épuisés par les transports, les réquisitions de tout genre ^t l'émigration des paysans, ont encore été privés du peu de ressources qui s'y trouvaient par les recrutements forcés pour l'armée prussienne; 3° que le déparlement de Piock, qu'on regardait comme devant suppléer en moyens de toutes espèces, soit en hommes, xîhevaux. de cavalerie et d'artillerie, à l'insuffisance des autres, se trouvant, à la suite de dispositions supérieures motivées par l'urgence des circonstances, obligé de les fournir ailleurs, il doit nécessairement en résulter pour la 1'* légion un manque de ressources, dont sa prompte organisation se ressent.

Malgré toutes ces entraves, mes efforts seront constants pour porter au complet le corps qui m'est confié.

Je ne doute nullement que, de son côté, le Gouvernement n'emploie tout ce que la mesure bornée de ses moyens lui permettra pour effectuer l'augmentation nécessaire au complet dont V. A. m'a confié les principes.

Agréez, etc.

(Arc/i. Sat. A. F. IV. 1687, dos. Pologne, n-ol.)

b) Varsovie, le 10 avril 180*.

Monseigneur, j'ai reçu la lettre que V. A. m'a fait l'honneur de m'adresserendatedhier. Jenedoutenullementquedèsque le décret de S. M. l'Empereur relatif à la nouvelle levée de 15.000 hommes -sera parvenu à la Commission de Gouvernement, elle ne s'empresse de prendre toutes les mesures qui seront en son pouvoir «t que les circonstances rendront possibles, pour remplir les vues de S. M. De mon côté, je ferai usage, pour seconder ses efforts, de tous les moyens que pourra me suggérer mon zèle et mon désir de me conformer en tout aux volontés de S. M. Je ne manquerai pas de suivre les dispositions que V. A. m'a fait l'honneur, de me transmettre, relativement au complètement tant du régiment des lanciers, que de la légion polonaise à pied, qui revienneni dltalie, dès que ces corps seront arrivés. Je supplie V. A. de demander pour moi à S. M. l'Empereur les instructions dont j'aurai

besoin à cette époque, tant sur le mode de recrutement que sur les cantons où il doit être effectué. V. A. trouvera dans l'état de situation ci-joint de la 1'° légion, ainsi que dans les copies de ceux qui m'ont été envoyés par les autres divisions, les détails nécessaires pour répondre aux questions qu'elle m'a fait l'honneur de m'adresser, relativement à l'emplacement, au complet, à TefTectif des différents corps qui composent l'armée polonaise ainsi qu'au nombre d'hommes qu'ils ont présents sous les drapeaux.

Si je me trouve hors d'état de présenter un tableau plus complet delà 2* et de la 3* légion, c'est que malgré les demandes réitérées que je ne cesse d'adresser à ce sujet aux généraux qui les commandent, ils croient pouvoir, en ceci comme en beaucoup d'autres dispositions relatives au bon ordre, se dispenser d'obéir en motivant leur résistance par les ordres qu'ils prétendent recevoirdirectement de la part de S. M. l'Empereur et l'inutilité de^ me faire pai^venir des notions, qu'ils disent avoir déjà portées à sa connaissance (c). Il est impossible de déterminer avec précision l'époque depuis laquelle les différents corps sont à la solde du Gouvernement, ces corps étant tous de nouvelle formation, les individus qui les composent ont été payés à mesure de leur arrivée. Une partie des levées a apporté, d'après les ordres du Gouvernement, en joignant les corps, un mois de solde fourniepar les propriétaires des terres formant les cantons.

La première légion a des fonds pour subvenir à la solde jusqu'au 15 d'avril. Si quelques corps ont des arrérages peu considérables à recevoir, cela vient de leurs fréquents déplacements et de la difficulté de leur faire parvenir les sommes nécessaires à mesure de leur rentrée.

La deuxième légion à laquelle, d'après les ordres de S. M. l'Empereur, il a dû être payé 200 mille francs, n'en ayant reçu que 30 mille n'a pu être payée que jusqu'au 15 février et a reçu depuis quelques acomptes pour le mois de mars.

La troisième légion est payée jusqu'au l^'" d'avril.

Pour effectuer le complètement de la solde, le Directeur desfinances attend de Breslau des fonds qui seront appliqués à cet objet.

Le Gouvernement n'a cessé de s'occuper, avec une activité à la-

quelle je dois rendre justice, de tous les moyens de pourvoir à la paye des troupes ; mais les rentrées de fonds n'étant que successives et les recouvrements se faisant lentement, vu l'état épuisé du pays, les payements doivent suivre nécessairement la mesure des fonds sur lesquels ils sont assignés. Agréez, etc., ^

1. Les lettres de Talleyrand à Poniatowski du 1 et 9 avril 180*. (en. minute). Aff. Etr. Pologne Corresp. 321 f. 117 et 120-121.

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