Skalkowski
la Pologne, a La manière dont les choses vont maintenant », y disait-il, « est pitoyable, les autorités se croisent, tout le monde veut gouverner, personne ne veut obéir ; c'est un vrai chaos. «Pour remédier à cet état de choses, il faudrait nommer un Conseil suprême provisoire, ayant une autorité suprême surtout le pays et composé de quatre chefs de départements (de l'intérieur, des finances, de la guerre et de la police), d'un président, d'un vice-président et de 8 membres. La voix décisive appartiendrait aux six premiers membres du Conseil ^ Napoléon envoya ce mémoire à Maret, qui, après l'avoir comparé avec celui de Potocki, choisit ce dernier, en le complétant sur certains points. Le gouvernement provisoire devait se composer d'un Comité, investi du pouvoir suprême, élevé au-dessus des chefs de départements de l'administration publique et de toutes les autorités du pays.
Ne voulant pas agir arbitrairement, Maret s'adressa àMalachowski, Gutakowski, Potocki, Wybicki, Dzialynski, Batowski, Zayonchek, en leur proposant de désigner des candidats pour les postes des membres du Comité. Puis il choisit ceux qui avaient recueilli non seulement la majorité de suffrages, mais qui jouissaient aussi, d'après l'avis de ses interlocuteurs, d'une plus grande considération. C'étaient donc Malachowski, maréchal de la Diète de quatre ans « excellent citoyen, homme probe et s'attachant aux meilleurs avis » ; « dans la vie privée et publique sans tache ni reproche, » ayant pour lui l'opinion générale, « car il fût immuablement fidèle à sa patrie ; cependant son grand âge le rend peu propre aux affaires. » C'était Gutakowski, grand Chambellan de Lituanie « homme sage, bon Polonais et ne manquant ni de connaissance, ni de tact, » portant dans les affaires un jugement très sain et «un esprit de conciliation très remarquable »; c'étaient Stanislas Potocki, Wybicki, Dzialynski, « homme très instruit et très intelligent, très actif », Bielinski président de la Chambre de Kalisz et Sobolewski, Staroste de Varsovie, « toujours en fonction, rempli de bonne volonté et de capacité^».
■2. AVybicki, 216, Arch. Nat. A. F., IV, 1687, dos. Pologne, n°» 14, 16-27.
Le décret qui organisait définitivement la « Commission régnante » ou « Commission de Gouvernement », comme on l'appelait dans les documents officiels, fut signé le 14 janvier 1807. » Jusqu'à ce que le sort de la Pologne prussienne ait été fixé par la paix définitivp, elle sera gouvernée par un gouvernement provisoire, n annonçait Napoléon. Le 16, la Commission recevait une lettre de Maret, dans laquelle le ministre secrétaire d'État disait qu'une faute s'était glissée dans le texte du décret, qu'au lieu de la « Pologne prussienne » il fallait lire : « la Pologne conquise sur le Roi de Prusse » ; que cette expression était d'autant plus convenable que la France n'avait jamais reconnu les partages de la Pologne'. C'était encore là une marque de la discrète attention du ministre et de ses sentiments envers la Pologne.
La Commission de Gouvernement, par ce décret, était « investie de toute l'autorité nécessaire pour sanctionner et faire promulguer, sur la proposition de chaque directoire de chaque département, des lois et ordonnances relatives à l'administration de la justice, de l'intérieur, de finances, de l'armée et de la police générale ». Des directeurs étaient nommés pour diriger les différentes branches de l'administration publique. Ces directeurs devaient travailler en commun avec la Commission du Gouvernement, les décrets devaient être promulgués à la majorité des voix. Le pays devait être divisé comme auparavant en six départements (ceux de Varsovie, de Posen, de Kalisz, de Bromberg, de Plock et de Bialystok^j.
Le Gouvernement se mit à l'œuvre. Le comte Malachowski fût élu président, J. P. Luszczewski nommé secrétaire de la Commission. Les membres de la Commission se partagèrent les différentes branches de l'administration : la justice fut confiée à Dzialynski, l'intérieur à J. Wybicki, les finances à Gulakowski, la guerre à Potocki, la police à Bielinski, la direction de la chancellerie à Sobolewski. Le Gouvernement nomma, d'accord avec Maret, les directeurs : Félix Lubienski pour la justice, Breza pour l'intérieur, Jean Nepomucène
i. Rembowski, Z. Zycia Konstylucyjneqo, 6.
2. Corresp. de Nap., XVI, 239-40, n» 11.630; Angeberg, 457-8.
Malachowski pour les finances, u daprès la volonté de Napoléon» Poniatowski pour la guerre, et Alexandre Potocki pour la police. Le 18 janvier, la Commission publia une proclamation, dans laquelle elle insérait le décret de Napoléon, qui proclamait son avènement.
Il ne nous appartient pas d'expliquer tous les eftorts de cette Commission pour organiser le pays, pour y introduire un nouvel ordre politique et civil, assurer les subsistances de l'armée, former une armée nationale; ce n'est pas non plus l'objet de notre étude de suivre jour par jour la vie de ce nouvel organisme politique. Cette tâche a été accomplie dans un très intéressant ouvrage par M. Konic.
Nous allons nous borner à indiquer ici ses deux préoccupations dominantes. C'était avant tout l'armée. La Commission lit d'abord appel à l'armée du u pospolite ruszenie r> dans une proclamation du 21 janvier', et entreprit ensuite de former une armée régulière. D'après un projet de Poniatowski qui devenu directeur, déployait une grande énergie, l'armée devait compter 39 000 hommes. Elle fut divisée en trois légions, sous les ordres du directeur de la guerre, de Zayonchek, et de Dombrowski. Le deuxième souci, qui n'était pas des moindres, était d'assurer les subsistances de l'armée française. L'état des finances polonaises rendait cette question particulièrement compliquée. Un décret de Napoléon du 29 janvier établit que tous les revenus devaient être perçus désormais par les soins de la Commission et versés dans ses caisses. En outre le Gouvernement impérial fit au Gouvernement polonais un prêt d'un million de francs, dont 600 000 devaient être payés au 15 février-. En fait, 200 000 furent péniblement versés le 17. Le 6 février on adopta le projet d'une