‹ Napoléon et la Pologne, 1806-1807Chapitre 72 sur 182 · Barante, I · texte numérisé non relu

Barante, I

Napoléon, qui par ses généraux et par les Polonais organisait la Pologne séparément dans chaque partie, qui dirigeait* ainsi la révolution, arriva enfin lui-même à Varsovie. Il vit le résultat obtenu par l'administration actuelle. Il sentit la nécessité de changer l'organisation de la Pologne. Ce qu'avaient fait Murât et Wybicki était une esquisse incomplète et très imparfaite, insuffisante pour accomplir les grandes tâches qui devenaient imminentes, surtout après les combats de décembre. Cela était d'autant plus nécessaire qu'une centralisation du gouvernement pouvait lui donner des avantages considérables tant techniques que mihtaires. Au lieu de se fier à plusieurs administrations locales, il aurait sous sa main une organisation centrale, responsable de tout ce qui se passait en Pologne. Il aurait un instrument qui, dirigé par l'intermédiaire d'un résident à Varsovie, pourrait agir vite, accomplir simultanément toutes les besognes d'approvisionnement et de levée des recrues dans toute l'étendue du paysconquis. C'était enfin son habitude d'organiser ainsi les provinces occupées. C'est justement dans ce but que Daru et Clarke résidaient à Berlin. Une pareille organisation pouvait avoir une grande valeur politique. Les Polonais, qui attendaient toujours, qui espéraient la proclamation de leur indépendance, devaient voir nécessairement, dans la centralisation de leur pays, une mesure préliminaire, la réalisation d'une partie des engagements que Napoléon semblait contracter envers eux. Cette réalisation devait fortifier leur dé vouement et les attacher davantage à la personne de l'Empereur. C'est pourquoi il résolut de donner à la Pologne un gouvernement provisoire.

Maret fut chargé de l'organisation et eutà cet eifet une liberté complète d'agir '. Ce ministre des affaires étrangères sans portefeuille, sans compétence strictement définie, toujours

l. Sor., Leduc de Bassano, 183.

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proche de Napoléon, dont il était en même temps l'instrument et le conseiller, était toujours en antagonisme plus ou moins ouvert avec Talleyrand. C'était un ami des Polonais et de la Pologne, un ami lidèle et discret qui voyait, dans la restauration de la Pologne, un devoir et en même temps un grand avantage pour la France *.

Intimement lié avec Stanislas Potocki, Maret était inspiré par ce grand homme d'État et, par son intermédiaire il savait toujours agir sur une partie de l'opinion publique polonaise. Il est très probable que c'est dans cette amitié qu'il faut chercher linitiative de l'organisation future de la Pologne, et que c'est le comte Potocki qui présenta un mémoire dans lequel il demandait la formation d'un Comité central. Ce comité devait agir au nom de l'empereur et représenter le pouvoir suprême; il devait avoir sous ses ordres les quatre bureaux de la force armée, de la police, de la justice et du culte et de l'éducation nationale. Ce Comité devait en outre avoir l'autorité nécessaire pour prendre des résolutions valables-. Ce projet avait d'autant plus de chances d'aboutir qu'en même temps le prince Poniatowski s'adressait à Napoléon pour lui proposer de rétablir l'État Polonais et la Conslitution du 3 mai 1791, et de se proclamer Roi de la Pologne prussienne et russe, ou de lui donner comme Roi un membre de sa famille ^ ; le général Zayonchek présentait presque en même temps un mémoire à l'Empereur, où il disait, qu' « il faut à ce pays une Constitution française, un Code civil et criminel français, et surtout un Roi français* ». Le besoin d'un pouvoir central se faisait généralement sentir.

Le frère du général Zayonchek, informé par celui-ci (luimême l'avait appris de Potocki) ^ que l'Empereur voulait établir un gouvernement provisoire, remit à Napoléon un mémoire, un projet complet d'organisatiom concentrée de

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