‹ Napoléon et la Pologne, 1806-1807Chapitre 89 sur 182 · Dembowski · texte numérisé non relu

Dembowski

du Gouvernement provisoire, exception faite lorsqu'il s'agissait des questions militaires ou lorsque le Gouvernement s'adressait directement à lui.

C'est ainsi qu'il ordonna de soustraire le département de Plock à l'administration habituelle et de le coniier à l'administration absolument indépendante d'un des membres de la Commission pour rendre le ravitaillement plus facile. Talleyrand, sur l'ordre de l'Empereur, communiqua ce vœu à la Commission. Les pouvoirs du délégué devaient être « les plus illimités, afin que l'on put prendre sur toutes les matières d'administration et de haute police les mesures que les circonstances rendraient nécessaires. L'intention de S. M., disait Talleyrand, est de donner ainsi plus de rapidité à l'action du Gouvernement sur le point oili se trouve réunie la plus grande partie des troupes polonaises, dans un district qui, par sa position sur la rive droite de la Vistule,est plus exposé que tout autre aux accidents de la guerre et qui sert de passage à toutes nos communications avec le quartier général et aux transports des subsistances et des approvisionnements de l'armée» (le 17 mars) ^ Une séance extraordinaire de la Commission fût convoquée la même nuit. On décida de confier cette mission àWybicki qui « avait donné tant de preuves de zèle, de patriotisme et d'activité, et qui avait été un des premiers honoré dans ce pays des marques de la confiance de S. M. » La décision fût communiquée à Talleyrand par une lettre du 18 mars ; le jour même on s'occupa des préparatifs du départ de Wybicki. Talleyrand écrivit également le même jour à Napoléon : « Le Gouvernement, sur la demande reitérée que je lui ai faite, s'est décidé » à envoyer AVybicki. Il exprimait ainsi très injustement son mécontentement dû à la lenteur qu'il estimait avoir été mise à l'exécution de l'ordre de l'Empereur ^ La tache de Wybicki était difficile : il la remplit avec succès. Il s'occupait du ravitaillement, des cantonnements, des hôpitaux, des impôts, sans toutefois perdre de vueTadministration proprement dite de la province et l'organisation de la justice; tou- ^

\. Aff. E(r. Polof/ne, Corresp., 324, l'' lOo (minute). 2. Extrait de séance. A/f. Etr. Pologne, Corresp., 32'i, f" 106, Lellres de Talleyrand, 369, n' 266.

jours en mouvement, plein d'énergie, mais non sans une pointe d'orgueil et d amour-propre. Il réussit à satisfaire Napoléon sans trop surcharger le pays déjà épuisé *.

Quant au Gouvernement, il ne s'adressait à l'Empereur qu'à la dernière extrémité, lorsque ses forces ne lui permettaient plus de subsister, comme nous l'avons vu à propos des embarras financiers, dont la solution fut confiée à Maret.Il y avait encore d'autres affaires, comme par exemple la levée du séquestre sur les marchandises anglaises-, affaire vitale pour une partie de la nation polonaise, qui traînait en longueur et que le Gouvernement polonais était impuissant à résoudre sans l'intervention de l'Empereur.

Si Napoléon ne se mêlait pas en général des affaires intérieures du nouvel État, cela ne veut pas dire qu'il s'en désintéressait complètement, surtout lorsque la chose avait quelque importance : c'est ce qui se produisit à propos de la démission du prince Poniatowski, qui n'eût pas lieu, mais qui avait été presque décrétée. La responsabilité de tout ce qui ne réussissait pas dans l'armée, réjaillissait en effet toujours sur le directeur. Napoléon était sans cesse excité par des intrigues et le mécontentement des ambitieux. C'était avant tout Zayonchek, officier indiscipliné et mauvais citoyen, qui accusait son chef et cherchait à se soustraire à son autorité, ce même Zayonchek qui bien que Polonais se disait Français « commandant les Polonais, parce, queS.M. l'Empereurl'avait voulu ». Le 29 avril Napoléon communiquait sa pensée à Talleyrand : « les Polonais ne veulent point de Poniatowski. Si l'on pouvait mettre Dombrowski au ministère de la guerre et appeler Poniatowski à l'armée, ce serait bien ». Tout semblait être préparé déjà pour réaliser cette pensée de l'Empereur. C'est sans doute grâce à l'influence du Ministre des afl'aires étrangères que la situation du directeur de la guerre resta sans changement^Cequ'ilyadeplus intéressant dans cette afl'air?.

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