‹ Napoléon et LarreyChapitre 125 sur 319 · BATAILLE D’IENA · texte numérisé non relu

BATAILLE D’IENA

reur des Français. Le Tyrol et la Souabe étaient donnés à la Bavière érigée en royaume, et le Saint-Empire romain remplacé par la Confédération du Rhin, dont Napoléon devenait le protecteur. Après avoir assisté à Munich, où l’avait rejoint Joséphine, au mariage d’Eugène de Beauharnais, devenu vice -roi d’Italie, avec la fille du roi de Bavière, l’Empereur rentra en France le 26 janvier. Larrey le suivit à quelques semaines de distance. Il inspecta sur sa route les hôpitaux de la ligne d’évacuation, et arriva à Paris à la fin de février.

Son séjour n’y fut pas de longue durée. L’armée d’Autriche n’était pas encore dissoute, que la guerre se ralluma entre la Prusse et la Saxe, auxquelles se joignit la Russie d’un côté et la France de l’autre. Ce fut le point de départ de la fameuse campagne de 1806-1807, qui fut marquée par les batailles d’Iéna, d’Eylau et de Friedland, et qui se termina par l’entrevue et la paix de Tilsitt.

Les premiers coups de cette campagne furent soudains comme la foudre. L’armée française était encore cantonnée au cœur de l’Allemagne, en Franconie. La garde impériale, qui était rentrée à Paris, la rejoignit, l’infanterie en poste, grâce à des relais de charrettes échelonnés sur sa route , la cavalerie et l’artillerie à étapes forcées. Larrèy était avec la cavalerie. L’Empereur, parti de Paris à la fin de septembre, était le 29 à Mayence et le 30 à Wurtzbourg, au milieu de sa garde. Le 14 octobre, l’armée française se trouvait en présence de l’armée prussienne à Iéna. Cette journée fameuse est trop connue pour être racontée, même par Larrey. On sait comment les deux moitiés de l’armée prussienne, enveloppées par Napoléon, furent défaites, l’une par l’Empereur luimême à Iéna, l’autre par Davout à Auerstædt. Bernadotte faillit compromettre le succès de cette dernière victoire en refusant son concours à Davout. L’énergie de ce général, l’extraordinaire bravoure de ses troupes, lui permirent seuls de compenser la criminelle inertie du futur roi de Suède. Les Prussiens perdirent trente -deux mille hommes tués ou blessés, vingt- cinq mille prisonniers, soixante drapeaux et trois

cents pièces de canon. Le prince Louis de Prusse , neveu du grand Frédéric, qui avait été, avec la reine, un des plus ardents instigateurs de la guerre, fut tué. Le corps qu il commandait avait été défait par Lannes, le prince fut poursuivi par un sous-officier de hussards, qui le somma de se rendre; il lui répondit en lui coupant la figure d’un coup de sabre ; le cavalier français riposta en lui passant sa longue latte au travers du corps b

La reine Louise, la mère de l’empereur Guillaume, notre vainqueur de 1870, que sa beaute, son intelligence, son ardent patriotisme et ses malheurs rendirent l’idole de son armée et de son peuple, faillit être capturée. Elle avait suivi les troupes sur le champ de bataille. Coiffée d’un casque en acier poli., d’une riche tunique couverte de broderies, sur laquelle elle portait une cuirasse resplendissante d’or et d’argent, chaussée de bottes rouges éperonnées d’or, elle parcourait dans cet appareil romanesque, — qui la faisait ressembler à une héroïne de poème épique, — les rangs de l’armée, dont sa présence surexcitait l’enthousisme 2. tylais ce costume éclatant la mit à deux doigts de sa perte , en la désignant à l’attention des soldats français; et quand l’armée royale fut, en effet, mise en déroute, deux hussards, l’apercevant dans un groupe de jeunes Prussiens qui l’entouraient, tombèrent sur elle le sabre haut. Elle prit la fuite, se dirigeant sur Weimar de toute la vitesse de son cheval. Mieux montée que les cavaliers français, elle les distança, mais elle fut serrée de très près et put entendre les propos et les quolibets plus que lestes que lui adressaient les hussards. Les dragons de Klein, arrivant à ce moment sur le terrain, se lancèrent, à leur tour, à sa poursuite à toute bride , et elle allait être atteinte , quand elle arriva à la porte de Weimar. Celle-ci s’ouvrit aussitôt et se referma sur elle. L’Empereur réprimanda les hussards pour les propos inconvenants qu’ils avaient adressés à la

1 « J’ai connu ce sous-officier, qui s’appelait Guindé. Il devint capitaine de la garde et fut tué en 1813, à la bataille de Hanau. » (Larrey, Note.)

2 Le Bulletin de l’Empire la compara, en effet, à l’Armide de la Jérusalem délivrée : « Il semble voir Armide, dans son égarement, mettre le feu à son propre palais. »

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