MORT DE BRUNSWICK
reine, mais les récompensa pour leur brillante conduite sur le champ de bataille.
A la bataille d’Iéna, on retrouve, du côté allemand, la plupart des principaux acteurs de la campagne de 1793 sur le Rhin. Brunswick, Kalkreuth, Hohenlohe, Rüchel. Mais les temps étaient bien changés. Brunswick, le général de la première coalition de 1792, termina là sa carrière : grièvement blessé à Auerstædt, il se fit transporter à Altona, où il arriva le 29 octobre. Son entrée dans la ville ne ressembla guère aux brillantes chevauchées de sa jeunesse. Ce vieillard, qui avait possédé une immense réputation militaire et joué un si grand rôle dans les événements de son temps, arriva porté sur un brancard , sans escorte , n’ayant avec lui ni un officier, ni un aide de camp, et suivi seulement d’enfants et de vagabonds. Déposé dans une misérable auberge, il succomba à ses blessures peu de jours après1.
Hohenlohe, que nous avons vu, dans les récits de Larrey, poursuivre Custine et l’expulser du Palatinat, et qui commandait à Iéna l’armée royale, en avait réuni ce qu’il en restait et se retirait à marches forcées. Poursuivi par Murat, battu, cerné par sa cavalerie, il fut obligé de se rendre.
Rüchel, l’intrépide soldat qui, en 1793, sauva Coblentz des entreprises de Custine par une marche d’une rapidité extraordinaire et qui eut un rôle prépondérant dans la reprise de Francfort par l’armée prussienne, vit le corps de vingttrois mille hommes qu’il commandait taillé en pièces, et luimême fut blessé. Du côté des Français, la consommation des généraux avait été plus grande, et il restait peu des grands meneurs des luttes de 1793. La Révolution avait elle -même fauché la plupart d’entre eux ; parmi ceux qu’elle avait épargnés, Desaix, Hoche, le général Meynier, étaient morts. Larrey rencontra Massembach, l’aide de camp de Hohenlohe, qu’il avait autrefois connu dans le Palatinat et qui venait de traiter avec Murat de la capitulation des tristes débris de l’armée prussienne, à Prentzlow. Ils échangèrent quelques
1 Bourrienne, Mémoires , t. VII, p. 160.
propos sur les vicissitudes de la fortune. <r Quelle différence, lui dit Massembach, avec votre situation en 1793! Vous rappelez-vous de Mayence et de Wissembourg? Vous autres, Français, il vous faut un homme, et, quand vous l’avez trouvé . vous êtes capables d’actions extraordinaires ; mais prenez garde, si cet homme disparaissait, votre puissance s’envolerait. Quant à nous, si bas que nous soyons aujourd’hui, nous nous relèverons, j’en ai la certitude, des tristesses et des humiliations de l’heure présente1. » Larrey nota ces paroles, qui devaient recevoir un jour des événements une aussi exacte confirmation. A peu près, au même moment, à l’autre extrémité de l’Allemagne, Blücher, — alors chef de partisans, — était fait prisonnier par Bernadotte à Lubeck. Il fut envoyé à Hambourg et confié à la garde de Bourrienne. L’ancien secrétaire de Napoléon combla de prévenances ce soudard qui devait traiter si brutalement les vaincus de Waterloo. Il le reçut à sa table et enregistra ses confidences. Blücher lui tenait le même langage que Massembach à Larrey, et prédisait, en termes enflammés, la fin de la fortune de l’Empereur et le triomphe des puissances coalisées contre lui2.
La garde impériale n’ayant pas pris part à la bataille d’Iéna, Larrey n’eut pas à s’occuper des blessés, dont le soin concernait Percy. Celui-ci les fit transporter à Naumbourg et à Weimar, où ils furent répartis dans les hôpitaux et les églises3. Larrey, avec la garde, suivit Napoléon, qui se dirigea sur Berlin en passant par Hall et Wittemberg. Pendant ce parcours survint un incident qui offrit à l’Empereur l’occasion d’un de ces actes spontanés de générosité et de justice qui furent loin d’être rares dans sa carrière. Sur la frontière de Saxe, la colonne fut surprise par un orage épouvantable. Ordinairement Napoléon supportait sans sour-
1 Larrey, note
2 Bourrienne, Mémoires , t. Vil, p. 206.
3 A iéna furent blessés les généraux Morand, Gudin, Lemarois, qui assurèrent par leur magnifique fermeté le succès de la bataille d’Auerstædt, Victor, Conroux, Graindorge, Ledru des Essarts, Viala, Gauthier, Petit, Bonnet d’Hunières. Il n’y en eut pas de tués.