‹ Napoléon et LarreyChapitre 150 sur 319 · LA MONARCHIE ESPAGNOLE ET NAPOLÉON · texte numérisé non relu

LA MONARCHIE ESPAGNOLE ET NAPOLÉON

maîtres et les élèves lui firent une réception triomphale. On lui demanda, comme au temps de sa jeunesse, de faire une leçon dans l’amphithéâtre. Il exposa le système de Gall, qui occupait alors les esprits novateurs, et donna une belle démonsti ation de la physiologie et de l’anatomie du cerveau. De Toulouse les voyageurs gagnèrent Baudéan, où Larrey embrassa sa vieille mère, et se rendirent à Bayonne. Murat s’y trouvait déjà. Il lui donna l’ordre de prendre, en sa qualité d’inspecteur général, la direction du service de santé de son armée et d’inspecter les hôpitaux de la ligne, depuis Bayonne jusqu’à Burgos, et plus tard jusqu’à Madrid.

Le grand-duc de Berg commandait une armée de cent mille hommes, échelonnée de Bordeaux à Burgos, ayant sa pointe vers Valladolid. Officiellement, cette armée devait aller renforcer en Portugal l’armée de Junot. En réalité, elle était destinée à occuper militairement les places fortes de l’Espagne et à s’emparer du trône de Charles IV. Les circonstances paraissaient, en effet, favorables à l’Empereur pour compléter la ceinture d’États vassaux dont il voulait entourer la France.

La vieille monarchie espagnole semblait devoir sombrer dans des intrigues de palais. Le roi Charles IV, faible et inintelligent, avait abandonne le pouvoir au favori de la reine, Godoi, prince de la Paix, petit gentillâtre de province que sa bonne mine, son esprit, son talent de musicien avaient fait remarquer de Marie-Louise, et que son ambition et son audace maintenaient au gouvernement. La nation le détestait, et l’héritier de la couronne, Ferdinand prince des Asturies, jeune et ambitieux, mais sournois et timide, était son adversaire et semblait incarner les haines, les rancunes et les espérances du parti populaire. Il essaya de le renverser, mais le favori le prévint.

Le soir du 17 octobre 1807, Charles IV, poussé par Godoi, faisait arrêter son fils, et le livrait aux tribunaux sous l’inculpation de haute trahison. Quelques notes, la copie d’une lettre à Napoléon, un mémoire au roi, où il lui révélait l’origine de la fortune du favori, saisis chez lui, étaient les

GUERRE D’ESPAGNE

pièces sur lesquelles s et9.Y9.it le procès. Bans tout le royaume l’indignation fut immense, et le tribun9l dut acquitter Ferdin9nd. Mais ces f9its graves p9rvinrent à l’Empereur et l’encouragèrent d9ns ses projets. Il se flatta que lu n9tion espagnole, lusse de ses princes uvilis, se jetterait duns ses bras ; et cette fuusse conception du tempérament de ce peuple fut une des cuuses de lu guerre néfuste qui plongeu lu péninsule duns de sungluntes culumités, et devint le prélude des désustres duns lesquels devuit être englouti l’Empire.

Murat entra en Espugne le 8 murs, amenunt avec lui Larrey, et établit, le 13, son quartier général à Burgos. Après un court séjour dans cette ville, il continua sa route sur Madrid, où il fit son entrée, le 23, à la tête du corps d’armée du général Moncey. C’était au moment où venait d’éclater le soulèvement d’Aranjuez. Effrayés par la marche de l’armée française, incertains des dispositions de l’Empereur, le roi, la reine et Godoï se préparaient à fuir en Amérique. Au fond, c’était le désir de Napoléon, qui, se trouvant en face d’un trône vacant, aurait ainsi pu espérer en disposer sans violence. Malheureusement, le prince des Asturies refusa de suivre le roi et la reine. Une émeute, organisée par ses amis politiques, s’opposa à leur départ. Le prince de la Paix fut arrêté et maltraité ; sans l’intervention de Murat il aurait été assassiné. Craignant pour sa propre vie et dans le but d’apaiser la multitude, Charles IV abdiqua en faveur du prince des Asturies, qui fut proclamé roi d’Espagne sous le nom de Ferdinand VII h On sait ce qui suivit : Murat refusa de reconnaître ce prince et en référa à Napoléon. Ferdinand, inquiet sur la manière dont l’Empereur apprécierait son avènement, reçut le conseil de se rendre auprès de lui pour plaider sa cause. Les vieux souverains avaient pris le même parti. Comme s’il prévoyait la facile et complète réalisation des événements qu’il avait préparés, l’Empereur s’était rendu à Bayonne. A la fin

1 « J’ai beaucoup connu ce prince, auquel j’ai trouvé une similitude parfaite, au moral comme au physique, avec le duc d’Angoulême. .» (Larrey, Fiche.)

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