JOSEPH PROCLAMÉ ROI D’ESPAGNE
d’avril, toute la famille royale était sous sa main et n’était plus libre de rentrer en Espagne. Grâce à Murat, Godoï, délivré de prison, vint le rejoindre. Dès lors, l’abdication du roi, la renonciation de Ferdinand ne furent plus qu’une affaire de négociations et d’habile pression. Charles IV, la reine et le prince de la Paix furent habiter le château de Fontainebleau. Napoléon envoya Ferdinand à Valençay, où il fut l’objet d’une surveillance rigoureuse, et invita le roi de Naples, son frère Joseph, à accepter le trône d’Espagne. Celui-ci fut proclamé à Madrid, le 22 juillet. La nouvelle royauté se heurta immédiatement au sentiment national, et le peuple entier se souleva contre elle.
Reportons-nous maintenant en arrière, en deçà de ces événements dramatiques, au moment où Larrey entra en Espagne. Nous avons vu qu’il quitta Bayonne le 8 mars, en même temps que Murat. La population recevait amicalement les Français ; elle espérait qu’ils allaient renverser Godoï et mettre sur le trône Ferdinand VII ; et les discours adressés sur sa route par les alcades au grand-duc de Berg, l’attitude des habitants, leurs conversations avec les soldats ne laissaient aucun doute à ce sujet. Mais la perfidie avec laquelle, sur l’ordre de l’Empereur, on s’empara des citadelles de Barcelone et de Pampelune et l’occupation de presque toutes les places fortes de la Catalogne ne tardèrent pas à alarmer le gouvernement et irritèrent les Espagnols, en leur laissant entrevoir le but véritable de l’invasion française.
Conformément à sa mission, Larrey inspecta sur sa route les hôpitaux situés sur la ligne de l’armée. Il trouva dans ces établissements un grand nombre de malades. Le corps d’armée qui était entré dans la péninsule comprenait beaucoup de régiments composés de jeunes soldats, dont la vue étonna les Espagnols et porta une première atteinte au prestige dont était revêtue, à leurs yeux, l’armée impériale. Ces jeunes conscrits , médiocrement aguerris et mis en route sans entraînement préalable, encombrèrent les hôpitaux au bout de quelques étapes. Les hôpitaux espagnols offraient, pour la plupart, les plus détestables conditions d’hygiène. Les
GUERRE D’ESPAGNE
salies étaient insalubres, malpropres, insuffisamment aérées, et chauffées avec des braseros qui asphyxiaient les malades sans les empêcher de souffrir du froid. Ils étaient desservis par des médecins et des infirmiers indigènes, dont nos soldats ne comprenaient pas la langue. Déjà, des signes de sourde animosité commençaient à se manifester dans la population, et à Burgos, siège du quartier général de Murat, on rapportait de temps en temps à l’hôpital un soldat avec la poitrine trouée d’un coup de couteau; en quelques mois ces assassinats se multiplièrent. Larrey informa le grand-duc de Berg de ces faits et lui demanda de défendre aux soldats de sortir seuls. Il prescrivit des mesures de salubrité dans les hôpitaux, rétablit les habitudes de propreté dans les salles, supprima les braseros et plaça auprès des malades des médecins français.
Après le départ de Murat, Larrey continua à réorganiser les hôpitaux situés sur la ligne de l’armée , et n’arriva à Madrid que dans les premiers jours d’avril. Il a rapporté ses impressions de voyage dans sa correspondance. Ses descriptions des contrées qu’il traverse, des mœurs des habitants, des courses de taureaux qu’il voit donner au moment de la proclamation à la royauté de Ferdinand VII, de ses excursions dans les- environs de la ville ont été faites trop de fois par d’autres voyageurs pour être de nouveau reproduites ici. Il est logé chez une marquise de Bogida, et est l’objet de toutes sortes de prévenances de la part de la dame et de sa maison. Galamment il lui apporte des fleurs, et son hôtesse, qui est triste, qui pleure les malheurs de son pays, les reçoit en lui disant : « Ces fleurs conviendraient mieux à votre fille Isaure. »
Il trace , dans une de ses lettres à sa fille , un court tableau de la promenade de la Puerta del Sol, et il crayonne une esquisse de ses confrères de Madrid en 1808. « Dans des carrosses qui remontent au temps de Charles- Quint sont entassés des femmes, des moines, des prêtres et des militaires. Les femmes jouent de l’éventail, les hommes rient, causent, s’arrêtent pour boire de l’eau que des porteurs vendent fort cher.