‹ Napoléon et LarreyChapitre 157 sur 319 · NAISSANCE D’HIPPO LYTE LARREY · texte numérisé non relu

NAISSANCE D’HIPPO LYTE LARREY

nouvelle de la mort de son mari, s’étant répandue tout le long de la ligne de l’armée , était parvenue à Paris et lui avait été apportée à l’improviste. Sa délivrance eut lieu au milieu de redoutables crises nerveuses. Ribes la soigna avec le dévouement d un ami et la science d’un maître ; mais elle fut longtemps malade. On cacha à son mari cet accident, qu’il n’apprit que plus tard. Larrey reçut la nouvelle de l’événement à Vittoria, le 26 septembre. Ce fut une lettre de sa fdle qui lui apprit la naissance d’un garçon « beau, dit-elle, comme un ange ». Il désirait depuis longtemps avoir un fils, et nous savons avec quelle joie peut être accueillie, dans une famille, la naissance longtemps attendue d’un enfant mâle. Mais les transports de Larrey dépassèrent tout ce qu’on peut imaginer, et ces témoignages de sensibilité extrême , — éclatant chez un homme d’action aussi intense, — déroutent toute psychologie. A peine a-t-il lu la lettre d’Isaure, qu’il éprouve une violente commotion et perd l’usage de ses sens ; il revient a lui, et cet ancien volontaire de 1792 tombe aussitôt à terre pour remercier Dieu. Mais il ne peut rester dans sa maison, il faut qu il sorte et qu’il fasse part de son bonheur à ses amis, et le voilà dans les rues de Vittoria, arrêtant tous ceux de ses camarades qu’il rencontre, allant frapper aux portes de ceux qu’il ne rencontre pas. Il se dirige même vers la résidence du roi Joseph pour lui apporter, à lui aussi, la lettre d’Isaure. Sur le seuil du palais, il est arrêté par l’étiquette, qui veut qu’on ne dérange pas un roi d’Espagne à l’heure de la sieste.

Cet événement fut un rayon de bonheur dans l’existence de Larrey, pendant cette fatale guerre d’Espagne , et l’aida à supporter jusqu’à la fin les épreuves de la campagne.

Correspondance privée. Larrey à sa fille Isaure , Vittoria , 28 sept. 1808.

GUERRE D’ESPAGNE

Les opérations de guerre qui se [traînaient péniblement depuis la retraite de Madrid allaient du reste entrer dans une phase active avec l’arrivée de l’Empereur. Larrey l’attendait avec impatience. « Je ne suis tranquille, écrivait- il, que lorsque l’Empereur est avec nous. Il me semble qu’il ne peut rien nous arriver quand il est là à la tête de l’armée ! »

Napoléon venait d’avoir avec Alexandre l’entrevue d’Erfurt. Croyant s’être assuré la tranquillité en Allemagne par les concessions qu’il fit à ce souverain1, il entra en Espagne le 4 novembre et arriva le 7 à Vittoria. Une partie de la Grande Armée l’avait déjà précédé. C’était une masse de cent cinquante mille hommes de vieilles troupes, qui, jointe aux cent mille soldats déjà entrés dans la péninsule, présentait le total énorme de deux cent cinquante mille combattants. Voilà à quel effort immense était réduit l’Empereur dans une entreprise qu’il avait considérée au début comme une promenade militaire. L’armée espagnole, divisée en plusieurs corps d’armée, pouvait, de son côté, atteindre le chiffre de cent mille hommes, soldats disciplinés, volontaires, étudiants et prêtres, auxquels il faut ajouter les troupes anglaises alliées, comprenant environ trente mille soldats qui à eux seuls valaient toute l’armée espagnole.

Dès l’arrivée de Napoléon, les opérations, qui trop longtemps avaient langui, incertaines et timides, sous le vague commandement du roi Joseph, changèrent de face, et les Espagnols apprirent sa présence par la soudaineté et la vigueur des coups qui les frappèrent. Il enfonça le centre de leur armée à Burgos et s’empara de cette ville le 10 novembre. Le lendemain, le

1 II lui avait déjà permis de conquérir la Finlande. Il lui promit encore les provinces danubiennes. Alexandre devait reconnaître les événements accomplis en Espagne et contenir l’Autriche.

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