CHUTE GRAVE DE LANNES
maréchal Victor défit leur aile gauche à Espinosa, et le 23 novembre Lannes remportait sur Castanos, le vainqueur de Baylen, et sur Palafox, qui commandaient l’aile droite, la victoire de Tudela. L’Empereur se dirigea alors sur Madrid par la route de Buytrago.
Larrey avait remis à Percy la direction du service chirurgical de l’armée et avait repris ses fonctions dans la garde. Il était avec celle-ci et l’Empereur à la bataille de Burgos. Cette victoire n’occasionna à l’armée que des pertes peu importantes. Larrey parle d’une centaine de blessés seulement1. Mais les Espagnols, qui ne tenaient pas en rase campagne et qui s étaient débandés au premier choc de l’infanterie française, furent sabrés dans leur fuite par les cavaliers de Lassalle et de Milhaud, et, malgré leur étonnante agilité, jonchèrent le champ de bataille et ses environs de leurs morts et de leurs blessés. Larrey évalue à plus de deux mille le nombre de ceux qui furent ainsi mis hors de combat. Il fit ramasser les blessés, pansa tous ceux qui n’avaient pas reçu de secours et les plaça dans les hôpitaux de Burgos.
Quelques jours avant la bataille, Lannes, suivant à franc étrier l’Empereur qui, comme toujours, allait à une vitesse vertigineuse, fut désarçonné. La chute, qui eut lieu sur la route de Vittoria à Burgos, sur une pente dure, couverte de neige glacée, fut excessivement grave. Le cheval, en faisant un effort pour se relever, retomba sur la poitrine du maréchal et lui fit de nouvelles blessures. On le rapporta à Vittoria dans un état alarmant, couvert d’ecchymoses, offrant des signes de désordres graves dans la poitrine et dans les entrailles, le pouls petit, la face grippée, les extrémités froides. Le traitement que lui fit subir Larrey est loin d’être banal, et rappelle la thérapeutique primitive des âges les plus reculés. Comme la plupart des médications empiriques qui reposent sur des observations séculaires, elle était cependant loin d’être dénuée de bon sens et réalisait une indication pressante, celle de ranimer la calorification du blessé.
1 Corresp. offic. Ms. 7874, p. 50. Ë. N. F, F. N. Acq.
GUERRE D’ESPAGNE
Il se rappela avoir vu, dans sa campagne de Terre-Neuve sur la Vigilante, des naufragés de la frégate, jetés à demi morts sur la côte, parfaitement guéris par les Esquimaux, grâce à un procédé qui l’avait vivement frappé. C’est cette médication qu’il appliqua au duc de Montebello. 11 fit écorcher vivant un énorme mouton et enveloppa le corps du maréchal de la dépouille fumante de l’animal. Il la croisa exactement et en fixa les bords; appliqua des flanelles chaudes sur les membres et lui fit prendre quelques cordiaux. Au bout de quelques heures, Lannes revint à la vie; une transsudation abondante se déclara, le pouls se releva, et au malaise et à la faiblesse du malade succédèrent un calme et un bien-être de bon augure1. Évidemment, Larrey s’était proposé le même but que nous recherchons aujourd’hui, quand nous entourons de feuilles d’ouate des pieds à la tête un opéré ou un malade dont la température s’est abaissée; mais, quoique plus extraordinaire, son procédé emprunté aux indigènes de Terre-Neuve était aussi plus énergique. Il acheva la guérison de Lannes par des moyens appropriés, et le huitième jour, celui-ci était en état de suivre de nouveau l’Empereur à cheval et de remporter, peu de temps après , la bataille de Tudela.
Le 29 novembre, Napoléon marcha sur Madrid et arriva dans la journée au pied du Guadarrama, à Bocequillas. Larrey était avec l’avant-garde, commandée par Savary. Les Espagnols se flattaient d’arrêter l’armée française dans les gorges de la montagne, et avaient réuni au défilé qui porte le nom, devenu célèbre, de Somosierra, un corps de douze à treize mille hommes et treize pièces d’artillerie. Il leur paraissait impossible que ce passage difficile, ainsi défendu, pût être forcé. Ils ne connaissaient pas encore l’Empereur. Il fit enlever la gorge par les lanciers polonais commandés par Montbrun.
Ce fut, dit Larrey, un des plus beaux faits de guerre auxquels il eût assisté. A la tête de ses escadrons, Montbrun
1 Larrey, op. cit., t. III, p. 246.