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MORT DE LANNES

Dès que Larrey eut organisé ses services, il se rendit à Ebersdorf auprès du duc de Montebello pour ne plus le quitter. C’était le quatrième jour. Jusqu’à ce moment, la situation avait paru favorable à l’entourage , à Yvan et à Paulet, qui passaient la plus grande partie de leur temps auprès de lui. Il était calme, lucide, faisait des projets d’avenir et avait voulu qu’on mandât Mesler, célèbre mécanicien viennois, pour qu’il lui fît une jambe articulée pouvant lui permettre de monter à cheval. L’Empereur, qui, malgré ses grandes préoccupations, venait le voir tous les jours avec Berthier, commençait à se rassurer. Mais Larrey fut moins content, et son œil exercé découvrit vite que son état restait fort inquiétant. Lannes fut pris de frissons le cinquième jour, offrit de la céphalalgie et un peu de subdélirium, premiers signes d’infection septique1. On leva l’appareil, et un peu de détente suivit ce pansement. Larrey se reprenait à avoir une lueur d’espoir. Mais le blessé, quoique plein de confiance, était irritable. Son ouïe était restée très fine, et, ayant entendu deux des chirurgiens de garde auprès de lui se dire à voix basse que son rétablissement était très incertain, il entra dans une violente crise de colère, les chassa et dit à l’Empereur qu’on devrait les pendre. Dans la nuit du cinquième au sixième jour, il se déclara un violent accès de fièvre suivi de délire et d’une agitation intense. Son délire revêtit la forme professionnelle. Le maréchal livrait bataille aux Autrichiens à la tête de ses troupes; il appelait ses aides de camp par leurs noms, les envoyait comme à Essling porter ses ordres sur le terrain. Il gourmandait ses chefs de corps, faisait avancer l’artillerie et charger les cuirassiers. Ce fut là le dernier combat de ce grand et vaillant homme de guerre.

En vain Larrey provoqua une nouvelle consultation de Lanefranque, Paulet et Yvan; en vain il s’associa Franck, le cé-

1 I.arrey prétend qu’il fut atteint du typhus qui régnait alors dans l’armée, et que sans cette complication il eût été guéri. Cependant il paraît plus logique de penser qu’il fut enlevé par l’infection purulente, qui, à cette époque et longtemps encore après , fit périr un grand nombre de blessés.

lèbre médecin viennois : les accidents allèrent en s’aggravant, et Lannes succomba le 30 mai au point du jour; c’était le huitième jour de la maladie. Il était à peine âgé de quarante ans. Peu d’instants après sa mort, l’Empereur survint avec Berthier. Marbot, l’aide de camp favori de Lannes, voulut l’empêcher de pénétrer dans l’appartement; il l’écarta et s’avança jusqu’auprès du corps, qu’il embrassa à diverses reprises. Il resta plus d’une heure assis auprès de lui, en proie à une profonde douleur; il fallut, pour le décider à s’éloigner, que Berthier lui rappelât qu’il était attendu pour un travail important par une commission d’officiers du génie. Avant de partir, il prescrivit à Larrey d’embaumer le corps du maréchal et de l’envoyer ensuite en France.

Le chirurgien de la garde procéda, à Schœnbrünn, à cette opération , avec le concours de Cadet de Gassicourt , pharmacien de la maison de l’Empereur et chimiste célèbre. Il suivit le procédé qui avait été adopté pour le colonel des chasseurs de la garde Morland, tué à Austerlitz, et que j’ai décrit plus haut. L’embaumement terminé, le corps du maréchal, plongé dans un bain de sublimé, fut dirigé sur Strasbourg. Là, il fut extrait de son cercueil et enseveli à l’égyptienne, c’est-à-dire séché sur un filet et entouré de bandelettes, comme les momies. Il fut ensuite placé dans un nouveau cercueil, le visage découvert, et déposé dans une salle basse de la mairie de Strasbourg.

En 1810, la duchesse de Montebello, passant par Strasbourg, voulut revoir le corps de son mari. Fortin, jeune pharmacien militaire, élève de Gassicourt, qui avait procédé aux dernières opérations de l’embaumement à Strasbourg, fut invité à l’accompagner. Quand il découvrit le cercueil, le cadavre apparut parfaitement conservé. La malheureuse femme s’évanouit à son aspect. Revenue à elle, elle l’arrosa de ses larmes et on eut beaucoup de peine à l’entraîner au dehors h

Après avoir accompli ce pénible devoir, Larrey reprit son

1 Fortin, Lettre à Cadet de Gassicourt.

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