LA BATAILLE DE WAGRAM
service à l’hôpital de la garde, où il avait à soigner les cinq à six cents blessés qu’avait donnés la bataille d’Essling. Il évacua sur la France ceux qui étaient rétablis ou en voie de guérison, et prit les mesures que devait exiger la reprise prochaine des hostilités.
L’Empereur, installé à Schœnbrünn , réorganisait son armée, préparait un nouveau passage du Danube, faisait jeter des ponts sur le fleuve et faire des travaux dans l’ile , qui était devenue un immense camp fortifié. Le passage du Danube fut fixé au 5 juillet, et, le 4 au soir, toute l’armée était réunie dans l’île de Lobau. Elle comprenait les troupes arrivées d’Italie avec le prince Eugène de Beauharnais et Macdonald, les corps du maréchal Davout, de Bernadotte, du général Oudinot, de Marmont, du Bavarois de Wrède et la garde, soit cent cinquante mille hommes. En face, sur la rive gauche, l’archiduc Charles avait rassemblé des forces à peu près égales. Il survint ce jour-là à Masséna un accident de nature à contrarier Napoléon, dont il était, depuis la mort de Lannes, le plus habile et le plus intrépide lieutenant. En parcourant l’île avec lui, il fut désarçonné par suite d’un écart de sa monture et se fit à la jambe une blessure sans gravité, mais qui l’empêchait de marcher et de monter à cheval. Larrey lui prescrivit des compresses résolutives qu’on renouvelait d’heure en heure. Le maréchal ne voulant pas abandonner son commandement, Larrey lui conseilla de se rendre sur le terrain dans une calèche qui le transporterait sur tous les points où sa présence serait nécessaire1. Il lui
1 L’Empereur, prévoyant qu’il ne pourrait se transporter partout où sa présence serait indispensable , plaça auprès de lui un de ses aides de camp , le général Reille.
donna un médecin, qui, assis à ses côtés, fut chargé de veiller à son pansement. Ce chirurgien ne le quitta pas pendant la bataille de Wagram et les combats qui suivirent.
Je ne ferai que rappeler succinctement les principaux traits de cette sanglante et glorieuse revanche d’Essling.
Dans la nuit du 4 au 5 juillet, au milieu d’un orage épouvantable, Napoléon, trompant l’archiduc qui l’attendait à Essling et à Aspern, traversa le fleuve sur un autre point, sans être inquiété par lui. Une flottille de débarquement, commandée par le capitaine de vaisseau Baste, protégea le passagères troupes. Le lendemain, 5 juillet, l’armée française se déployait dans la plaine, faisant reculer devant elle l’armée autrichienne. On s’empara d’Essling, d’ Aspern et de quelques autres points, mais l’attaque contre Wagram et la position du Russbach échoua. La chute du jour vint interrompre le combat. Les soldats couchèrent sur le champ de bataille. Larrey employa la nuit à panser les blessés et l’Empereur à conférer avec ses généraux. Ce fut la neuvième nuit qu’il passa sans se coucher.
Le combat reprit vivement le 6 juillet, à la pointe du jour, et se termina le soir par la défaite des Autrichiens. Davout s’empara de l’importante position de Neusiedel, Oudinot de celle de Wagram. Masséna, qui occupait le point de retraite de l’armée, du côté du Danube, supporta l’effort considérable que fit la droite de l’archiduc pour le tourner et le couper des ponts. A un moment sa position devint inquiétante. Ses divisions faiblissaient, et lui- même, dans sa voiture découverte traînée par des chevaux blancs, devint le point de mire de l’artillerie autrichienne. L’Empereur fit alors avancer Drouot avec l’artillerie de la garde. Celleci se composait de quatre-vingts bouches à feu, qui projetèrent sur le centre de l’armée autrichienne un déluge de mitraille et de boulets. Elle recula, et le désordre se mit dans ses rangs. Macdonald et les cuirassiers de Nansouty achevèrent sa déroute, et Masséna, dégagé, reprit l’offensive. A trois heures, la victoire était complète. Elle coûta aux Autrichiens trente-quatre mille hommes tués ou blessés, douze