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DEPART POUR LA CAMPAGNE DE RUSSIE

Larrey partit le 24 février 1812 pour se rendre à Mayence, où devait être établi le quartier général de l’armée. Il y arriva le 1er mars. A ce moment, la plus grande partie des troupes avait déjà franchi le Rhin et marchait à grandes journées vers la Prusse. Quoique les hostilités ne fussent pas déclarées, — elles ne devaient l’être qu’au dernier moment, — l’Empereur poussait activement vers les frontières russes cette immense agglomération d’hommes qui devait constituer la Grande Armée. Un fait qui paraîtra surprenant, c’est que le but de cette guerre, prévue par tous les observateurs en Europe et en France depuis la campagne de 1809, et surtout depuis le mariage de l’Empereur avec une archiduchesse autrichienne, et rendue inévitable par les exigences de Napoléon, les intrigues de l’Angleterre, que seule elle pouvait encore sauver, la froide résolution d’Alexandre et les armements considérables auxquels les deux Empereurs s’étaient livrés, ait pu encore, à cette époque, être gardé secret1.

L’Empereur, en annonçant à Larrey qu’il était nommé chirurgien en chef de l’armée, ne lui avait pas révélé l’objet de la campagne. « On ne savait pas, dit Larrey, où on allait. On pensait généralement qu’on s’embarquerait sur la Baltique pour passer en Angleterre, ou dans d’autres contrées plus éloignées 2. » 11 semble cependant bien extraordinaire qu’un homme comme le chirurgien en chef de la garde, qui vivait à l’état-major impérial et suivait de près la politique générale, ne fût pas fixé sur la portée de l’immense événement qui se préparait et qui tenait certainement l’Europe en suspens.

1 « Dès la fin même de 1810, Alexandre avait rassemblé la majeure partie de ses forces sur la frontière occidentale de son empire. » (Baron Fain, Manuscrit de 1812, p. 2.)

2 Larrey, Mémoires et campagnes , t. IV, p. 2.

Larrey et Des Genettes, organisant sur leur route les hôpitaux d’évacuation, se rendirent de Mayence à Berlin, en passant par Erfurt et Magdebourg. Arrivé à Berlin le 2 avril, Larrey rassembla tous les chirurgiens de l’armée pour les classer et les distribuer dans les ambulances. Comme toujours, beaucoup de jeunes chirurgiens militaires, — tout en ayant des connaissances théoriques suffisantes, — laissaient à désirer au point de vue des notions pratiques. Il ouvrit un cours de chirurgie de guerre destiné à compléter leur instruction. Ces cours, accompagnés d’exercices pratiques, furent suivis non seulement par tous les chirurgiens de l’armée, mais aussi par tous les officiers de santé de l’Académie militaire de Berlin. Larrey était assisté dans cette tâche par Gœrck, chirurgien général des armées prussiennes, avec lequel il s’était lié dans ses précédents séjours en Prusse, par Hufeland, qui était alors premier médecin du roi, et par Grœfe, professeur de chirurgie. Tous trois entourèrent le médecin français des plus grands égards pendant son séjour à Berlin. Ces démonstrations de médecine opératoire furent continuées pendant la route parles chirurgiens-majors des corps d’armée. Ainsi Larrey procédait avec ses jeunes médecins comme Napoléon prescrivait qu’on procédât avec les soldats récemment levés en France, auxquels on faisait apprendre l’exercice pendant qu’ils se rendaient à leurs corps.

Après avoir organisé le service chirurgical de la campagne et créé six divisions d’ambulances volantes, composées chacune de huit chirurgiens, Larrey quitta Berlin le 30 avril pour se rendre à Posen, où il retrouva le quartier général, et de là à Thorn, où il arriva le 2 juin. Des Genettes voyageait avec lui. Les deux inspecteurs généraux visitèrent les hôpitaux situés sur les lignes de l’armée, et prescrivirent les dispositions nécessaires pour la réception des malades et des blessés. Ils ne prévoyaient guère, ni l’un ni l’autre, les désastres qui allaient fondre sur les magnifiques troupes dont l’Empereur pressait la marche en avant. Mais déjà, en arrivant sur la Vistule, les rapports des chefs de service

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