‹ Napoléon et LarreyChapitre 214 sur 319 · LES DÉSASTRES DE WILNA · texte numérisé non relu

LES DÉSASTRES DE WILNA

bien de fois les Russes depuis la Révolution avaient-ils euxmêmes, sans provocation, attaqué notre pays! R semble que dans ces terribles périodes de la guerre du commencement du siècle, où tous les peuples se ruèrent tant de fois sur la France, chacun en dernière analyse n’avait rien à lui reprocher.

L’esprit reste encore plus troublé, quand on réfléchit que ces derniers désastres de Wilna eussent pu être facilement évités. Ici ce fut la faute du commandement, qui négligea de faire venir pour couvrir Wilna le prince de Schwarzenberg et Reynier, qui se morfondaient dans l’inaction avec des troupes en bon état ; ils eussent défendu la ville contre les Russes et par suite favorisé le ralliement de l’armée. L’Empereur avait bien en partant laissé à Maret des instructions pour Murat, qui devait arrêter l’armée à Wilna, la réorganiser et lui faire prendre ses quartiers d’hiver. Mais le roi de Naples, qui, comme je l’ai déjà indiqué plus haut, fut audessous de lui- même et méconnut complètement ses devoirs de chef d’armée, était hanté par la crainte de tomber entre les mains des Russes. « Jamais, s’écria-t-il, je ne me laisserai prendre dans ce trou de Wilna. » Il se refusa à donner aucun ordre, et, arrivé le 8, il repartit un des premiers le 10.

Les pertes que l’armée subit à Wilna à la suite de cette déplorable défaillance furent peut-être plus importantes que celles qu’elle avait faites à la Bérésina, et, si elles n’ont pas laissé dans l’histoire le souvenir saisissant qui s’attache au nom de ce fleuve tristement célèbre, elles le doivent à ce qu’elles n’eurent pas la même terrible soudaineté, n’offrirent pas les mêmes scènes tragiques, et du reste ont été moins

connues.

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