‹ Napoléon et LarreyChapitre 216 sur 319 · RECONSTITUTION DE LA GRANDE ARMÉE · texte numérisé non relu

RECONSTITUTION DE LA GRANDE ARMÉE

et de la Vistule sur l’Elbe. Le vice-roi d’Italie avait encore, il est vrai, un corps de vingt-huit mille hommes à Berlin avec Augereau et Grenier, et des garnisons à Dantzig et dans les places fortes de la Vistule comportant environ cinquante- quatre mille hommes. Mais qu’étaient-ce que ces forces insignifiantes, — débris sans prestige d’une armée vaincue et dissoute, — en face de l’Allemagne, prête à se soulever tout entière, et de la coalition de la Russie et de la Prusse reformée contre la France? La situation eût été désespérée avec un autre que Napoléon. Nous avons vu qu’il était parti de Smorgoni le 5 décembre; il traversa en quelques jours toute l’Allemagne, et arriva à Paris le 18 h Trois mois lui suffirent pour refaire, grâce à d’extraordinaires prodiges d’activité, une armée nouvelle de deux cent mille hommes. C’est avec cette armée, très bien organisée en infanterie et en artillerie, — manquant malheureusement de cavalerie, — qu’il ouvrit, — le 31 avril, — la campagne de 1813 par sa jonction à Mersebourg avec les troupes du prince Eugène. Le 1er mai, il était à Lutzen. En face de lui se trouvaient les coalisés, qui avaient mis en ligne cent dix à cent douze mille hommes. Quoique son armée ne se composât que de jeunes soldats, supérieurement encadrés, — il est vrai, — dans un corps incomparable d’officiers, et quoiqu’il n’en eût que la moitié sous la main, quatre -vingt -cinq mille hommes environ, il n’hésita pas à attaquer le lendemain 2 mai.

Ce ne fut pas une de ces brillantes actions de guerre, comme celles d’autrefois, qui avaient pour résultat la destruction où la capture d’une armée entière, — l’absence de cavalerie ne permettait pas de semblables faits d’armes; — mais

î II partit en traîneau avec le duc de Vicence sous le nom de M. de Reyneval , ancien secrétaire de la légation de Caulaincourt. Il prit , en passant à ilna , le duc de Bassano, et, sans discontinuer sa route, lui donna les instructions qu’il devait transmettre à Murat sur le ralliement des troupes à Wilna , et les mesures à prendre pour ses cantonnements d’hiver. Il s’arrêta le 10 à Varsovie, pour conférer avec son ambassadeur, de Pradt; à Dresde, où il vit le roi de Saxe; à Erfurt, où il trouva Saint- Aignan, son ministre; enfin à Weimar, et de là partit en voiture pour Paris. Le 18, à onze heures du soir, il était aux Tuileries. 11 faillit être arrêté en Silésie et à Dresde ; mais la rapidité de sa marche ne laissa pas le temps à ses ennemis de concerter une mesure aussi grave.

ce fut cependant une victoire qui fit le plus grand honneur à ces jeunes troupes, — menées au feu pour la première fois, — et qui eut pour résultat de forcer l’armée russo-prussienne à reculer derrière l’Elbe et à aller se retrancher sur Bautzen.

Larrey était, nous le savons, à l’armée de Beauharnais. Après la jonction du vice-roi avec Napoléon, les deux étatsmajors furent réunis, et il reçut le 1er mai l’ordre de rejoindre le grand quartier général à Lutzen. Il partit de Mersebourg avec ses ambulances légères et parvint à Lutzen le 2 mai, à deux heures du matin. En arrivant, il apprit la mort du maréchal Bessières, qui commandait la cavalerie de la garde. Bessières était son compatriote et son chef. Il ne semble cependant pas que sa mort l’eût douloureusement affecté. Il avait, en effet, à se plaindre de lui. Fils d’un humble praticien de campagne, parvenu par son courage et son bonheur à la guerre aux plus hauts grades de l’armée et aux dignités les plus enviées de l’Empire, maréchal de France et duc d’Istrie, Bessières semblait avoir renié ses modestes origines et témoignait aux chirurgiens de l’armée l’hostilité la plus blessante. Infiniment présomptueux, dit Larrey, supportant difficilement toute supériorité ou toute rivalité, passionnément jaloux de toute influence susceptible de mettre la sienne en échec auprès de l’Empereur, il profitait de sa situation pour combattre le crédit du chirurgien de la Grande Armée et faire échouer ses propositions de récompenses en faveur de ses collaborateurs, ou pour ruiner les projets de réforme du service de santé qu’il présenta successivement.

Quoique Larrey l’eût pansé au milieu de la mêlée à la bataille de Wagram et qu’il eût avec lui des rapports journaliers de service, il ne cessa de lui donner des marques d’hostilité, et un jour que le vieux docteur Bessières, son père, était venu rendre visite à son confrère à l’hôpital de la garde, il lui fit enjoindre de ne plus y retourner1.

1 « Le maréchal Bessières, que j’ai pansé dans la mêlée à la bataille de Wagram, fds d’un chirurgien de campagne, voyait avec peine et jalousie la faveur

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