‹ Napoléon et LarreyChapitre 241 sur 319 · CAPITULATION DE DRESDE · texte numérisé non relu

CAPITULATION DE DRESDE

de troupes excellentes, dont le concours eût singulièrement modifié le sort de la campagne qui allait s’ouvrir. On eût pu rêver que la garnison de Dresde, forte de vingt -cinq mille hommes, ayant le maréchal Saint- Gyr à sa tête, forcerait le blocus établi autour de la place, se réunirait en les délivrant aux garnisons voisines de Torgau (dix-huit mille hommes), de Wittemberg (dix mille hommes), de Magdebourg (dixhuit à vingt mille hommes), et qu’arrivés à Hambourg, ces troupes, réunies avec celles de Davout, constitueraient, sur les derrières des envahisseurs, une armée redoutable de cent mille soldats. Aux temps héroïques de la République et du Consulat et même de la première période impériale, ce n’eût pas paru impossible, et en tous cas il ne se fût pas trouvé un général pour rester enfermé, sans essayer d’en sortir à tout prix, dans un coupe-gorge comme celui de Dresde; mais ni les caractères, ni les circonstances n’étaient les mêmes : les maréchaux, las de la guerre, ne faisaient plus de zèle et n’obéissaient plus guère qu’à leurs convenances. On n’était plus au temps où la Convention ne leur laissait d’autre alternative que la victoire ou la mort.

Saint- Cyr démontra que s’il avait été un vaillant homme de guerre , il ne savait pas , dans les circonstances difficiles , élever son âme à la hauteur des grandes conceptions militaires. Il n’avait que vingt-cinq mille hommes devant lui, et, de l’aveu de tous les écrivains spéciaux, rien n’était plus facile que de se faire jour. Au lieu de prendre cette résolution virile, le maréchal adopta le système des généraux dont les idées de reddition hantent l’esprit ; il hésita , tergiversa , réunit un conseil de guerre destiné à couvrir ses défaillances , fit faire un simulacre de sortie avec des forces insuffisantes, ménagea les habitants au mépris de son armée1 qui commençait à souffrir du typhus et de la famine , négocia alors ,

1 « Jamais général assiégé ne molesta moins les habitants. Que d’infortunés jeunes gens expiraient chaque jour faute d’un bouillon ou d’un cordial, tandis que les boucheries saxonnes sont approvisionnées et que les caves ont assez de vin pour fournir aux assiégés pendant deux ans! » (Fantin des Odoarts, Mémoires , p. 402.)

et finalement capitula le 11 novembre. Mais Saint-Cyr, qui par cet acte jetait une ombre fâcheuse sur sa glorieuse réputation militaire, n’en obtint pas les résultats qu’il espérait.

La capitulation consentie par Klénau, — ce même Klénau que Thiers nous montre si humble devant Bonaparte au moment de la reddition de Mantoue, — assurait la rentrée en France à la garnison. Elle fut annulée par Schwarzenberg , et l’armée retenue prisonnière. Toutes les autres forteresses, Dantzig, Stettin, Torgau, Zamosk, Modlin, Erfurt, Wittemberg, tombèrent aussi au pouvoir de l’ennemi. Seules, Hambourg, où était renfermé Davout, et Magdebourg, où commandait le brave Lemarois , aide de camp de Napoléon, résistèrent jusqu’à la fin de la guerre. Sur d’autres points de l’Empire les conditions étaient aussi désastreuses. Soult, qui commandait en Espagne, se voyait obligé de reculer devant l’armée anglo- espagnole de Wellington et d’opérer sa retraite sur les Pyrénées. La Hollande, qui était dégarnie de troupes et agitée par l’esprit d’insurrection, était facilement occupée par les Alliés. Enfin le roi de Naples, Murat, entrait dans la coalition, et le prince Eugène, qui commandait l’armée d’Italie, était forcé de repasser l’Adige. Ainsi, au commencement de 1814, nous avions perdu l’Allemagne, l’Espagne, la Hollande, une grande partie de l’Italie, et quatre cent mille coalisés arrivaient sur le Rhin.

Les premières colonnes franchirent le fleuve du 21 décembre au 1er janvier, refoulant devant elles les petits corps échelonnés sur la frontière, commandés par Marmont, Ney, Macdonald et Victor. Ceux-ci n’avaient pas plus de quarantesix mille hommes, pendant que Schwarzenberg et Blücher entraient en France avec une armée de première ligne qui ne comptait pas moins de deux cent cinquante mille combattants. Devant cette masse d’hommes, les maréchaux français ne pouvaient que se replier en évitant tout engagement un peu important. Aussi les Alliés pénétrèrent- ils, sans coup férir, jusqu’au cœur de la France. Ils étaient, le 26 janvier, entre la Marne et la Seine, et la concentration de l’armée

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