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ARRIVÉE DE L’EMPEREUR A CHALONS

autrichienne et de l’armée prussienne se trouvait presque un fait accompli.

L’Empereur avait cette fois été surpris par la soudaineté de l’invasion. Ce n’est pas son activité qui lui fit défaut, — elle n’avait jamais été plus surprenante. Ce furent le temps, les armes, les vêtements et même l’argent. Les contingents levés en toute hâte n’étaient ni exercés, ni armés, ni habillés. Tous les approvisionnements se trouvaient en Allemagne. Il manquait un fusil sur trois. La garde nationale ne possédait que de mauvais fusils de chasse, et le 26 février mille gardes nationaux durent s’armer sur le champ de bataille avec les fusils de l’ennemi. Pour comble de malheur, deux partis en France, les libéraux et les royalistes, pactisaient plus ou moins ouvertement avec l’étranger. Le peuple des villes et des campagnes, fatigué par vingt ans de guerre, supportait mollement l’invasion, et il fallut pour lui rendre son énergie le pillage à main armée, les vols organisés, les rapines, les meurtres commis sans scrupule par les bandes de Prussiens et de cosaques. C’est dans ces conditions désespérantes que l’Empereur quitta Paris le 25 janvier au matin pour se rendre à l’armée. Il arriva à Châlons le soir même, et prit le commandement des troupes qui se composaient de quelques divisions de la garde et de nouvelles levées, à peine cinquante mille hommes. La brillante mais stérile campagne de 1814 allait commencer.

Cette campagne de France, au cours de laquelle Napoléon retrouva les inspirations géniales de ses plus belles années et tint en échec avec une poignée d’hommes les armées coalisées, les défit et les plaça plusieurs fois dans une situation tellement critique qu’elles durent un moment envisager l’idée de la retraite, est certainement la plus troublante et la plus dramatique de l’histoire militaire de cette époque. C’est aussi peut-être la plus classique et la mieux connue. Récemment encore, M. Henry Houssaye, la rajeunissant à l’éclat de son talent et aux sources nouvelles d’une érudition qui n’a laissé dans l’ombre aucun document français ou étranger, en a donné une description qui est restée la plus fidèle et la plus

passionnante de toutes celles qui ont été tracées jusqu’ici1. Je n’ai qu’à ajouter à l’admirable récit qu’il a fait de ces tragiques et superbes événements la glorieuse part de Larrey.

Celui-ci avait reçu l’ordre de suivre l’Empereur et était arrivé à Châlons pendant la nuit du 25 janvier. Il fit immédiatement ses préparatifs et rejoignit le 30 le quartier général à Brienne. Napoléon, voulant prévenir la concentration entre les Prussiens et les Austro-Russes, avait attaqué Blücher isolé à Brienne et lui avait infligé un sanglant échec. « Le vieux sabreur » faillit être pris et échappa par miracle.

Malheureusement, l’armée de Schwarzenberg était très proche, à Bar-sur-Aube, et le feld-maréchal prussien put se replier sur elle. Dans ce sanglant combat, le général Decouz et le brave contre-amiral Baste furent tués. Larrey trouva cinq cents blessés, parmi lesquels les généraux Berthier, Lefebvre -Desnouettes, Forestier et Jamin. Il passa les journées du 30 et du 31 à les panser et à les installer dans les hôpitaux civils de la ville de Brienne. Forestier succomba le 5 février aux graves lésions dont il avait été atteint. La blessure de Berthier, qui avait reçu un coup de lance de cosaque à la tète, était dénuée de gravité.

Le 1er février, les coalisés qui avaient opéré leur concentration se portèrent en masse contre la petite armée française et lui livrèrent la bataille de La Rothière, où trente-deux mille Français se battirent, — vrai phénomène de la guerre, — pendant huit heures, contre cent mille étrangers. L’armée, qui aurait dû être jetée dans l’Aube, fut sauvée par son courage et par l’indomptable énergie de l’Empereur. On lutta avec un acharnement indescriptible, sous la neige qui tombait à flocons et jusqu’à dix heures du soir. L’Empereur faillit être enlevé par les uhlans et dut dégainer pour se défendre ; il fut dégagé par son escorte. L’armée française perdit cinq mille hommes tués ou blessés. Le général Marquet fut tué.

1 i8i4, par Henry Houssaye. Perrin, Paris, 1899.

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