MAUVAIS TRAITEMENTS INFLIGÉS A LARREY
Mais c’est vis-à-vis de Larrey qu’ils se montrèrent le plus odieux. Nul personnage n’était plus connu parmi les Allemands que l’ancien chirurgien de la Grande Armée. La plus grande partie de sa carrière depuis 1793 s’était écoulée au milieu d’eux, et il avait toujours fait son possible pour leur adoucir les charges de la conquête ou de l’occupation française. Le roi Guillaume l’honorait d’une estime toute spéciale. Gœrke, le chirurgien en chef de l’armée prussienne à qui il avait rendu toutes sortes de services, était son ami. Beaucoup de médecins prussiens avaient été ses élèves à son école de chirurgie de Berlin ou avaient servi sous ses ordres, et la Faculté d’Iéna lui avait décerné solennellement le titre de docteur. La plupart des officiers généraux, Blücher, Bulow, Gneisenau, Rôder, Müffling, Massembach, un grand nombre de chefs de corps et d’officiers avaient eu avec lui des relations de service, de reconnaissance ou de courtoisie. Il n’était pas une division allemande qui n’eût dans ses rangs des soldats guéris par ses soins et obligés ensuite de sa bourse ou aidés de son influence. Il était en un mot considéré dans toute l’armée alliée comme un modèle de science, de haute sagesse, d’humanité et de philanthropie. Or voici comment il fut traité.
Aussitôt pris, il est entouré et frappé. En un clin d’œil, il est dépouillé de ses vêtements, de sa montre, de sa bague, ce talisman que lui avait donné avant de mourir le mameluk de la bataille des Pyramides, — de son argent, de ses armes, entre autres du fameux damas que lui avait offert Bonaparte à Aboukir et qui ne lui fut jamais rendu. On lui enlève ses bottes, on lui lie les mains, et c’est à demi vêtu, sans chaussures, tout sanglant de ses blessures avivées par les mauvais traitements dont il vient d’être l’objet, qu’il est conduit auprès du général commandant l’avant-garde.
Sa taille qui est à peu près celle de l’Empereur, une redin-
pendanl l’occupation de Paris, le 3 avril, le jour de la fête de leur roi, les soldats prussiens casernes à l’École militaire enfoncèrent les portes des maisons voisines du Champ de Mars, envahirent les appartements, les pillèrent et se portèrent sur les paisibles habitants aux excès les plus odieux.
LES CENT-JOURS
gote grise qu’il porte comme lui par-dessus son uniforme, et surtout son sabre sur lequel est gravé le nom de Bonaparte, font penser aux Prussiens que c’est Napoléon luimême qui est tombé entre leurs mains.
Arrivé auprès du commandant de l’avant-garde, Larrey qui parle un peu l’allemand essaye de démontrer l’erreur des soldats, décline son nom et ses fonctions. Il explique et prouve que l’inscription gravée sur son sabre est un hommage rendu par le général Bonaparte à sa conduite en Égypte. Hésitant, mais non convaincu, celui-ci l’envoie au général qui commande la division prussienne. Cet officier, dont Larrey, — et c’est profondément regrettable, — ne nous a pas laissé le nom, connaît l’Empereur, et il n’a pas de peine à se rendre compte qu’il n’est pas devant lui. Mais irrité de sa déception, sourd aux explications que lui donne Larrey, il donne l’ordre de l’emmener et de le faire passer par les armes.
Notons-le en passant : on a nié que les Prussiens aient fait fusiller les prisonniers. Évidemment, ils n’ont pas rédigé et publié les procès-verbaux de leurs exécutions sommaires et iniques ; les Français qui furent ainsi exécutés contrairement aux lois de la guerre sont compris dans la catégorie de ceux qui moururent sur le champ de bataille. Mais on voit par le fait du général Durrieu cité plus haut, et par l’histoire de Larrey, que l’accusation portée contre eux est justifiée.
Larrey est donc amené devant le peloton d’exécution. Un médecin militaire s’approche de lui pour lui appliquer sur les yeux un bandeau agglutinatif. Tout à coup il recule de surprise, il a reconnu Larrey. Il se trouve être précisément un des chirurgiens qui suivaient ses cours à Berlin. « On ne peut cependant, s’écrie-t-il, fusiller le chirurgien en chef de l’armée française. » Il demande un sursis et court protester auprès du général qui a donné l’ordre de l’exécuter. Celui-ci ennuyé l’envoie au grand prévôt de l’armée, le général Bulow, pour qu’il en fasse ce qu’il voudra. Peut-être espérait-il qu’il reprendrait son œuvre, comme c’est le rôle de tout bon grand prévôt. Larrey était au contraire sauvé. Bulow, qui avait eu des rapports de service